12/23/2014

En pratique

C'est une petite Pravda comme il en existe quantité d'autres aujourd'hui, dit le Cuisinier. Mais très typée. Elle assume des tâches de désinformation courantes: cacher ce qu'il y a lieu de cacher, procéder à des amalgames, encenser  l'…, vitupérer M. Poutine, etc. Faute de lecteurs en nombre suffisant, elle est en déficit chronique, ce qui l'oblige assez régulièrement à se re-capitaliser. Mais ce n'est pas en soi un problème. Outre ses tâches habituelles, celles qu'on vient de rappeler, elle sait se rendre utile en répondant à un certain nombre de demandes ponctuelles : l'aide au fuitage d'informations confidentielles, par exemple. La violation du secret de fonction est un délit grave, en principe il peut t'envoyer en prison. En principe, car en pratique les dirigeants ne se gênent pas pour faire ce qu'en principe ils n'ont pas le droit de faire. Les informations en question sont d'ordre fiscal, administratif, judiciaire, etc. L'objectif est de nuire à certaines personnes, parfois aussi, tout simplement, de les intimider. C'est un instrument de pouvoir. Les victimes renoncent, le plus souvent, à déposer plainte, car les plaintes éventuelles sont classées sans suite. Par scrupule éthique, les journalistes se refusent en outre à révéler leurs sources. En l'espèce, ils ont probablement été instrumentés par l'Anguille, agissant elle-même à l'instigation de la Belette. Mais on n'en aura jamais la preuve.




12/20/2014

Be polite

Il y a ce que tu dis, cette sorte d'indifférence, mêlée d'apathie, dit l'Ethnologue*. Mais il y a aussi la peur. Pensez  à ce qui s'est passé le mois dernier à l'aéroport de Moscou. C'est vrai, dit le Double. Un accident est si vite arrivé. Je ne comprends pas, dit la Poire. A ce qu'on raconte, la victime ne voulait pas régler ses factures en dollars mais en euros, dit l'Auditrice. Elle n'aurait peut-être pas dû: je veux dire, pas dû le vouloir**. Vous croyez, dit la Poire? Et leurs drones, dit l'Etudiante. C'est très efficace, un drone. Enfin, c'est ce qu'on dit, Je ne suis pas spécialiste. Ils ont leurs méthodes, dit l'Ethnologue: "Be polite, be professional, but have a plan to kill everybody you meet". Le problème est que les gens qu'ils tuent sont très souvent remplacés par d'autres qui font la même chose, dit le Double. C'est bête. Comme tu le dis, très souvent, dit l'Ethnologue. Tu crois qu'en l'espèce, il en ira différemment, dit le Double? C'est leur voeu le plus cher, dit l'Ethnologue. Ce sont des humanistes, des descendants des Lumières. Ils croient à la bonté naturelle de l'être humain. Et si leurs espoirs sont déçus, dit le Double? "Be polite, be professional, etc.",  dit l'Ethnologue.

* Voir "Hébétude", 14 décembre 2014.
** Voir "Qu'imaginez-vous faire?", 6 juin 2014.


12/15/2014

Scénarios

Il y a deux scénarios possibles, dit le Colonel. L'un serait que les Russes, à un moment donné, déclenchent une contre-offensive. Car jusqu'ici ils ne l'ont pas fait. Ils se sont contentés de temporiser, d'échanger de l'espace contre du temps. Aujourd'hui encore, ils sont sur cette ligne. Notez à ce sujet l'extrême prudence de M. Poutine, le soin particulier qu'il met à ne pas répondre aux provocations du camp d'en face. Or, ne l'oubliez pas, il défend sa frontière. C'est le premier scénario. L'autre s'articule au fait que Russes et Américains n'ont pas le même rapport au temps. Alors que les premiers, traditionnellement au moins, ont pour principe de laisser le temps au temps, les seconds, au contraire, se plaisent à le comprimer: Time is money. De plus, il y a la crise. Il faudrait ici citer saint Paul: "Le temps est écourté"*. Entre un nouveau krach bancaire, celui, précisément, qu'on voit aujourd'hui se profiler à l'horizon, et la guerre, certains, au sein de la suprasociété états-unienne, pourraient être tentés de choisir la guerre. D'une manière générale, la guerre a toujours été considérée comme un bon moyen de relancer l'économie. En l'espèce, je pense, il s'agirait d'une attaque surprise, avec utilisation d'armes de destruction massives (preemptive strike). Il y aurait bien sûr une riposte (second strike: les SNLE russes), mais les Américains n'en ont cure. Comme nous l'avons déjà relevé, ils ne se laissent plus aujourd'hui dissuader par rien**.

* I Cor, 7, 29.
** Voir "Par rien", 21 juillet 2014.

12/14/2014

Hébétude

Lentement mais sûrement, l'Europe est en train de basculer dans la guerre, dit le Cuisinier. Or très peu de gens en ont conscience. Les mouvements anti-guerre sont muets, on se demande même s'ils existent encore. On compte sur les doigts d'une main les intellectuels ou responsables politiques européens se hasardant, ô combien prudemment d'ailleurs, à critiquer les initiatives états-uniennes à l'Est. Aucun appel, non plus, à manifester dans la rue, comme ce fut encore le cas lors de la guerre en Irak, en 2002. A quoi cela tient-il? Pour une part, sans doute, au sentiment de fatalité. Les gens pensent que l'histoire se fait désormais sans eux, qu'ils n'ont plus prise sur rien. Ils pensent également qu'il n'y a aucune alternative à rien: ni aux Américains, ni au reste. Les choses se font parce qu'elles doivent se faire, de la manière aussi dont elles doivent se faire. Etc. Les gens sont aujourd'hui habitués à penser ainsi. Ils sont fatalistes, mais aussi apathiques. N'importe quoi aujourd'hui pourrait se produire, rien ne les arracherait à leur hébétude profonde, hébétude, faut-il le dire, habilement entretenue. On les dirait sous anesthésie. Bref, jamais le système n'est apparu aussi verrouillé, cadenassé. Quant aux médias, ils trouvent naturellement tout cela très bien.







12/07/2014

Singularité

C'est une singularité française, dit le Double. En France, quand tu en a marre de la ville, tu as toujours cette possibilité-là: te retirer à la campagne (en Ardèche, dans les Cévennes, etc.). Cela exige une certaine inventivité, de la débrouille, mais c'est faisable. Les gens achètent des maisons à bas prix dans des endroits reculés pour, ensuite, les transformer en lieux de vie alternatifs: fermes, écoles aux champs, alterentreprises, etc. C'est très bien décrit dans ce livre*. Ce qu'en revanche l'auteur ne dit pas, c'est que cela n'existe qu'en France. Ailleurs, ce n'est même pas envisageable. Ou alors tu disposes de gros moyens. J'ouvre ici une parenthèse. Un film passe à l'heure actuelle sur les écrans, il raconte l'histoire (vraie) d'un homme et de ses deux enfants disparaissant un jour dans la clandestinité. Au bout de onze ans ils ré-émergent**. C'est un peu extérieur au sujet, mais moins qu'il n'y paraît. La France est encore un pays où il est possible de prendre le maquis. Dernière remarque enfin. Au nombre des raisons qui poussent aujourd'hui les gens à quitter les villes, la moindre, on le sait, n'est pas celle liée à l'… de masse. L'auteur n'en parle guère, mais c'est une des dimensions aussi du problème. "Voyage dans la France qui innove vraiment", dit le sous-titre du livre. La France qui "innove vraiment", si je puis me permettre, est aussi une France qui se regroupe.

* Eric Dupin, Les défricheurs: Voyage dans la France qui innove vraiment, op. cit. (voir "Bérésina", 30 novembre 2014).
** La vie sauvage, film de Cédric Kahn (2014).

11/30/2014

Bérésina

Tenez, dit la Poire, voilà ce qu'il en reste de votre initiative: elle est rejetée à plus de 75 %. Une vraie Bérésina. C'est sans doute beaucoup vous demander, dit le Cuisinier: mais plutôt que de ne faire que  répéter ce que vous entendez à la radio, peut-être pourriez-vous réfléchir à ceci. Effectivement, comme vous le dites, une majorité de votants a rejeté l'initiative. Tirez-en les conclusions que vous voudrez. Mais en contrepartie, 25 % des votants l'ont approuvée. 25 %, c'est un score très honorable. 25 % de gens qui désobéissent, cela n'arrive pas tous les jours. Elargissons un peu maintenant la perspective. Un sondage de 2006 évaluait à 17 % la proportion des personnes, ici même en France, remettant en cause l'actuelle course à la croissance, la remettant en cause non simplement en paroles, mais dans leurs choix de vie concrets: consommant autrement, travaillant autrement, parfois, même, habitant autrement, etc.* C'est très intéressant comme chiffre. Il rejoint peu ou prou le chiffre suisse. Il y a dans nos sociétés entre 15 et 25 % de gens qui ne se sentent pas à l'aise dans le système économique actuel, et donc ont fait défection. Ils aspirent à autre chose: autre chose que le "toujours plus" productiviste et consumériste. Au bout du compte, c'est pas mal de monde. La course à l'abîme des dirigeants n'en est en rien freinée, on est bien d'accord. Mais je ne m'occupe pas ici des dirigeants.

* Cité par Eric Dupin, Les défricheurs, Voyage dans la France qui innove vraiment, La Découverte, 2014, p. 9.

11/20/2014

Correctif

Les Suisses sont appelés dans quelques jours à se prononcer sur une initiative constitutionnelle appelée "Ecopop", dit le Cuisinier. Cette initiative vise à stabiliser le nombre actuel des habitants du pays. On a atteint aujourd'hui un certain volume de population, on voit bien déjà les problèmes que cela soulève. L'initiative propose d'en rester là, d'empêcher tout accroissement supplémentaire. Plafonner la population, ce n'est pas exactement nouveau comme idée, dit le Visiteur. C'est ce que préconisaient autrefois déjà les philosophes grecs. Tous insistaient sur le fait que la cité, pour se maintenir en bonne santé, ne devrait pas excéder une certaine taille. Au-delà elle courait des risques. C'est le bon sens même. Ce n'est pas ce que pensent les dirigeants, dit le Cuisinier. Le premier instant de stupeur passé, ils ont décrété l'état d'urgence. Les partis officiels serrent les rangs, en appellent à l'union sacrée. Et je ne vous parle pas même des médias. Tous les congés ont été suspendus. Soyons clair, dit le Visiteur. L'utilité de telles procédures (élections, votations, référendums d'initiative populaire, etc.) n'est pas, comme on le croit parfois, de corriger l'Etat total : c'est une erreur que de le penser. Elle est au contraire de montrer qu'aucun correctif, justement, n'est seulement même envisageable (sauf à enfreindre les lois existantes). Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. Tout à fait, dit le Cuisinier.













11/15/2014

Réflexion

C'était l'autre jour sur France Inter, dit l'Auditrice*. Un officiel défendait le projet de futur zone de libre-change transatlantique. Le traité, a-t-il dit, sera de toute façon soumis au vote du Parlement. Pas de souci donc, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Je laisse de côté le traité, chacun sait ce qu'il en est. C'est une exigence américaine, personne n'imagine même seulement qu'il ne soit pas, le moment venu, adopté**. Je me suis en revanche fait cette réflexion. En France, comme on sait, deux partis occupent le devant de la scène, l'UMP d'un côté, le PS de l'autre. Deux partis pro-américains, soit dit en passant. Le mode de scrutin leur assure un quasi-monopole d'accès à l'Assemblée nationale, alors même qu'ils ne rassemblent, à eux deux, qu'entre 30 et 40 % des électeurs. C'est très étrange comme situation, mais on y est maintenant habitué. Tout le monde trouve cela normal. Et en y réfléchissant bien, c'est normal. Comme le sont toutes sortes d'autres choses encore: le meurtre d'un manifestant par la police, par exemple. Normal encore qu'un pays exsangue et désargenté envoie ce qui lui reste d'armée guerroyer aux quatre coins de la planète, alors même qu'il éprouve les plus grandes difficultés à contrôler ses propres frontières (ce qui pourtant devrait être sa priorité). Normal au sens où l'on parlait à une certaine époque de "normalisation" (c'était sous Brejnev). C'est l'accumulation même de ces choses, en elles-mêmes complètement anormales, qui les font, globalement, apparaître plus ou moins normales.

* 12 novembre 2014.
** "La guerre économique déclarée par les Etats-Unis à l'Europe n'est pas une simple péripétie de la libre concurrence, c'est le commencement d'une oppression qui ne s'achèvera qu'avec le sous-développement des Etats européens" (Paul Virilio, L'insécurité du territoire, Galilée, 1993, p. 158).

10/28/2014

Offensives

Certains disent que face à des manifestants de plus en plus violents, les policiers n'ont d'autre choix que d'élever le niveau de leur propre violence, dit le Double. Admettons que les manifestants se montrent aujourd'hui de plus en plus violents. Je n'en sais rien. A partir de là, il faut s'interroger sur les raisons. La moindre, assurément, n'est pas la violence policière elle-même: l'an dernier, par exemple, quand la police s'en était prise à des familles avec enfants en les arrosant de gaz toxiques. Un grand nombre de personnes avaient également subi des sévices: coups et blessures volontaires, passages à tabac en règle, etc. Des procédures sont d'ailleurs toujours en cours à ce sujet. Hier, les gaz toxiques, aujourd'hui les grenades offensives*,  demain, peut-être, l'aviation de bombardement: bref, les gens regardent, en tirent ensuite certaines conséquences. On ne saurait leur en faire le reproche. Cela relève de la légitime défense**. Vous rendez-vous compte, dit la Poire: si tout le monde raisonnait comme ça. Les gens ne raisonnent pas, dit l'Ethnologue: ça se fait tout seul. Relisez Clausewitz: "La guerre est un acte de violence et il n'y a pas de limite à la manifestation de cette violence. Chacun fait la loi de l'autre, d'où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes"***.

* Lors d'une manifestation contre la construction contestée d'un barrage hydraulique, le 25 octobre 2014. Un manifestant a été tué.
** Voir "En élargir le concept", 11 août 2013.
*** De la Guerre, I, 1, § 3.

10/27/2014

Très au-delà

On ne voit, ce qui s'appelle voir, que ce qu'au préalable, il nous est déjà arrivé de penser, dit le Cuisinier:  nihil est in sensu quod non prius fuerit in intellectu. Autrement on ne voit rien. Très peu de gens, à l'heure actuelle, voient réellement ce qui se passe, car très peu de gens, aussi, sont aptes à le penser. Ce qui se passe, il est vrai, est complètement inédit, sans précédent. Aussi loin qu'on remonte dans le temps, il ne s'est jamais rien produit de tel*. On manque donc d'un certain nombre de repères, de points de référence. Le phénomène premier est la guerre, celle des dirigeants contre leurs propres concitoyens: guerre totale et sans merci. Mais cette guerre est sui generis, unique en son genre. Je parle des méthodes utilisées. Les gens sont donc dans le noir, ne voient pas ce qu'il y aurait à voir. Ils sont certes mal à l'aise, se posent des questions, mais ils comprennent mal ce qui leur arrive. Certains parlent de trahison, mais on est très au-delà ici de la trahison. C'est même sans commune mesure. Dépravation conviendrait déjà mieux, il s'applique aux élites déclinantes. Mais le parallèle s'arrête là. Encore une fois, il n'y a pas de précédent. Comment penser ce qui est sans précédent?

* Voir "Surpasse", 19 juillet 2014.

10/15/2014

Pasdarans

Les dirigeants sont très inquiets, dit l'Etudiante. Plusieurs milliers de petits chéris* ont quitté ces derniers temps l'Europe pour rejoindre les rangs de l'EIIL au Moyen-Orient. Sans le savoir, ils s'exposent ainsi à de grands risques. Les dirigeants n'en dorment plus. C'est vrai qu'en Irak et en Syrie, l'environnement n'est pas exactement ce qu'il y a de plus favorable à l'épanouissement personnel de jeunes encore en construction, dit l'Avocate. Il est certainement mieux pour nos enfants d'avoir affaire aux policiers de la BAC qu'aux Peshmergas kurdes, sans même parler des Pasdarans, les gardiens de la Révolution iranienne. Oui, on en rencontre aujourd'hui quelques-uns en Irak. Ils combattent aux côtés des Kurdes. Dis-moi un peu: aimerais-tu tellement tomber entre les mains des Pasdarans? Pauvres petits chéris. En tout état de cause, me semble-t-il, les petits chéris devraient comprendre qu'ils sont plus utiles ici même en Europe qu'en Irak et en Syrie, dit l'Ethnologue. Là-bas, comme vous le savez, il y a déjà beaucoup de monde: l'armée turque, la CIA, etc. Ils ne sont donc pas vraiment indispensables. Ici, en revanche, oui. On a vraiment besoin d'eux: dans les quartiers, le RER, certaines barres d'immeubles, etc. On, je veux dire les dirigeants. Les dirigeants comptent beaucoup sur eux. C'est la même besogne que là-bas, mais à moindres frais.

* Voir "Les petits chéris", 30 avril 2011.



10/03/2014

Rien

Que se passera-t-il le jour où de telles images, réelles ou truquées, seront mises en ligne depuis une banlieue européenne, dit l'Etudiante: depuis une cave d'immeuble, par exemple, à 10 ou 15 kilomètres du Châtelet ? Car c'est la prochaine étape, on est bien d'accord. La même chose que précédemment, dit l'Ethnologue. De nouvelles lois seront votées, très probablement, d'ailleurs, elles sont déjà prêtes. La durée de la garde à vue sera portée à dix ans, renouvelable trois fois, mais pas plus. A chaque fois, bien évidemment, il faudra passer devant un juge. En France, comme tu le sais, la justice est indépendante. En même temps, les médias se mobiliseront pour dire que la guerre c'est la paix, l'esclavage la liberté, l'… un modèle de tolérance, etc. Mais ils le font déjà. Un certain nombre de gens voudront peut-être aussi émigrer, je ne sais pas. Bref, tu me demandes: que se passera-t-il? Je te réponds: rien.


9/25/2014

Quelque chose

Qu'est-ce qu'il y a de vrai dans tout cela, dit le Visiteur ? D'abord la guerre, dit le Cuisinier. Dois-je vous rappeler à quoi servent aujourd'hui les guerres: quel en est l'objet, le but, la raison? Mais encore, dit le Visiteur? Leurs nouvelles lois contre le ..., dit le Cuisinier. Le reste est peut-être inventé, je ne me prononcerai pas. Mais ça, non. Ces lois existent bel et bien, elles ont bel et bien été votées. Les gens vont d'ailleurs très vite s'en rendre compte (à leurs dépens). C'est drôle, dit le Visiteur: cela me rappelle quelque chose. Je vous laisse la responsabilité de tels rapprochements, dit le Cuisinier. Vous parlez de guerre, dit le Visiteur. Or, tout le monde le sait, l'... est une création conjointe des services spéciaux occidentaux (américains, français, etc.), travaillant la main dans la main avec leurs homologues turcs, séoudiens, koweitiens, qataris, etc. Comment arrangez-vous tout cela? C'est très bien expliqué dans Le Carré, dit le Cuisinier. Je ne sais pas si vous connaissez ses livres. Ils décrivent fidèlement le fonctionnement d'ensemble du régime occidental. Je n'arrive pas à y croire, dit le Visiteur. Vous préférez croire à ce que racontent les médias officiels, dit le Cuisinier?




9/23/2014

Sur soi-même

Il est plutôt rare, en France, qu'un cinéaste aborde les questions de société, dit l'Ethnologue. Ou alors c'est le potage habituel. La récente sortie en salle des Combattants, avec Adèle Haenel dans le rôle féminin principal, est en soi, donc, un petit miracle*. Le titre se veut probablement ironique, mais là n'est pas l'important. L'important est dans la thématique abordée: face à l'effondrement imminent (le film énumère divers scénarios possibles : guerre civile, épidémie, bouleversement climatique, etc.), à quelle logique obéir: celle enseignée dans les préparations militaires, un pour tous, tous pour un, ou au contraire chacun pour soi, Dieu pour tous ? L'héroïne, à vrai dire, ne se pose pas trop la question. Pour elle, s'il est une évidence, c'est bien que personne, aujourd'hui, n'est plus prêt à se sacrifier pour personne. Au jour J, chacun ne pourra donc compter que sur lui-même. Un auteur suisse, Bernard Wicht, écrivait il y a peu que "l'individu remplace (aujourd'hui) l'Etat en matière de défense et de sécurité"**. D'un point de vue stratégique, cela répond au principe de l'éparpillement, mais l'éparpillement est ici poussé à l'extrême. L'héroïne est dans cette logique. Elle et son copain ont encore beaucoup de choses à apprendre dans ce domaine. Mais les derniers mots du film n'ont pas été articulés pour rien: la prochaine fois, on sera mieux préparé.

* Les Combattants, film de Thomas Cailley, 2014.
** Bernard Wicht, Europe Mad Max demain? Retour à la défense citoyenne, Favre, 2013, p. 106.


8/25/2014

Au lendemain

Je comprends bien leurs petits calculs, dit l'Auditrice: diviser pour régner, l'insécurité comme instrument de contrôle social, le grand remplacement pour accélérer l'émergence, en cours, d'une masse de producteurs-consommateurs interchangeables (donc aussi sous-payables), etc. Jusque là je comprends. Mais on est dans le court terme. Si un jour l'Europe devait ressembler à ce à quoi ils voudraient qu'elle ressemble (et au train où vont les choses, un jour c'est demain), quel pourrait être leur propre sort à eux: le leur propre et celui de leurs enfants? Croient-ils peut-être qu'en récompense de leurs bons et loyaux services, les ..., je ne dis même pas leur garantiraient la vie sauve, mais leur épargneraient une décapitation en direct ? Très peu de gens pensent au lendemain, dit l'Ethnologue. Les gens vivent dans le court, souvent même le très court terme. Dans le moment présent, en fait. C'est le cas aussi des dirigeants. L'économie fonctionne ainsi, la politique aussi. Tu t'interroges sur ces ordures, t'étonnes, non sans raison, de leur stupidité profonde, du zèle hors du commun qu'ils mettent à creuser leur propre tombe, etc. Or, symétriquement, se pose une autre question: pourquoi les gens ne se révoltent-ils pas? Rationnellement, me semble-t-il, c'est ce qu'ils devraient faire. Ils devraient même le faire assez vite, car aujourd'hui encore ils le peuvent. Ce ne sera pas toujours le cas. Qu'est-ce qu'ils attendent? L'image, il est vrai usée, du bétail qu'on mène à l'abattoir s'impose ici tout naturellement. Et encore, à ce qu'on raconte, certaines bêtes ne se laissent pas faire. Elles résistent.




8/15/2014

Mythe

Les Suisses viennent d'annuler une visite que devait leur faire le président du Parlement russe, dit le Collégien. Elle est belle, leur neutralité. La neutralité suisse est un mythe, dit le Colonel. On dit que la Suisse n'appartient pas à l'OTAN, or c'est inexact. En 1996, la Suisse a adhéré au Partenariat pour la paix de l'OTAN (PPP), une des branches importantes de l'OTAN (sa branche policière). Elle a donc un pied au moins dans l'OTAN: en réalité, je pense, les deux. Des responsables suisses participent régulièrement à des "réunions de travail" au quartier général de l'OTAN à Mons, en Belgique; ils effectuent des "stages de formation" aux Etats-Unis, etc. Si tu veux, je te fais un dessin. La collaboration avec les Américains est particulièrement étroite en matière d'espionnage électronique. Il y a une dizaine d'années déjà, Duncan Campbell décrivait la Suisse comme un "partenaire minoritaire" des Américains dans ce domaine*. Autrement dit, les Américains sous-traitaient aux Suisses un certains nombre de tâches dans le cadre de leur programme mondial de collecte généralisée et illégale de données personnelles. Or, nul ne l'ignore, ce programme, entre-temps, s'est encore intensifié. En Suisse comme ailleurs, la police secrète suit les gens sur Internet, intercepte leurs conversations téléphoniques, etc. Si tu penses sérieusement que les données ainsi collectées, en particulier celles concernant les citoyens suisses, ne sont pas transmises immédiatement et en temps réel aux Américains, je n'essayerai pas de te convaincre du contraire**.

* Cité par 24 Heures (Lausanne), 7 février 2001. Duncan Campbell a révélé à la fin des années 80 l'existence du réseau d'écoute international Echelon.
** Voir "Scrupuleusement", 29 novembre 2013.


8/06/2014

Deux coalitions

En gros, deux coalitions se font face, dit l'Ethnologue. La première est un axe qu'on pourrait qualifier d'américano-islamiste. Il s'articule sur les Etats-Unis et leurs alliés traditionnels au Proche et au Moyen-Orient: Turquie, monarchies pétrolières, etc. C'est une coalition en mouvement, elle veut faire bouger les lignes. Les princes-esclaves européens* jouent ici le rôle de force d'appoint. Ce ne sont pas des alliés, juste des pions sur l'échiquier. Demain ils disparaîtront**. En face, le mot coalition est peut-être impropre. Il n'y a pas de véritable coalition, tout au plus un ensemble de pays soucieux, comme la Russie, de préserver leur autonomie, quelque part aussi leur identité. La Russie est en première ligne, mais il faudrait aussi citer l'Inde, l'Iran, sans doute également la Chine, certains pays d'Amérique latine, etc. La question du terrorisme est à examiner dans ce contexte. Les Américains ne poursuivent pas les mêmes buts exactement que les djihadistes. D'une certaine manière, ils vont plus loin encore. C'est la formule de la tabula rasa. Voyez en quel état se trouve aujourd'hui l'Irak. Cela étant, ils n'en entretiennent pas moins avec eux des relations étroites. Dans le passé, ils leur ont souvent prêté main forte. Ils assurent leur logistique, leur livrent des armes, participent à des actions communes, etc. Les réseaux djihadistes sont principalement actifs sur un arc allant du Caucase à l'Afrique de l'Ouest (mais avec des foyers de présence également en Europe et en Extrême-Orient). L'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) en est l'émanation la plus récente. Si tu vois ce que je veux dire.

* Voir "Quelque part", 2 juillet 2013.
**Voir Alexandre del Valle, Islamisme et Etats-Unis, Une alliance contre l'Europe, L'Age d'Homme, 1997 (Préface du général Pierre-Marie Gallois).

8/05/2014

S'accélère

L'histoire est un long fleuve tranquille, dit le Cuisinier. Mais parfois elle s'accélère. Oui, je sais, c'est un cliché, on ne devrait pas s'autoriser ces facilités. C'est pourtant bien aujourd'hui ce qu'on constate. Elle s'accélère, et même, dirait-on, s'emballe. Beaucoup de choses, aussi, sortent de l'ombre, dit le Double. Par exemple, dit le Visiteur? Voyez, ces jours-ci, les nouvelles en provenance d'Irak, dit le Double. Les gens ne pourront plus dire désormais qu'ils ne savaient pas. Ne savaient pas quoi, dit le Visiteur? Ce qui les attend, dit le Double. A propos, dit l'Auditrice: on en est aujourd'hui à 93'000:  93'000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de l'année*. Quel rapport, dit la Poire? Aucun, dit l'Auditrice. Simple association d'idées. Et l'Ukraine, dit le Double: qui aurait dit il y a un quart de siècle que les Américains seraient aujourd'hui à Donetsk? Ils défendent la démocratie, dit le Métaphysicien.

* France Inter, 4 août 2014.


7/21/2014

Par rien

La Russie est une puissance nucléaire, dit le Double. Les Américains ne peuvent donc pas lui appliquer le même traitement que celui, terrifiant, qu'ils ont appliqué autrefois à la Serbie et à l'Irak. Le prix en serait beaucoup trop élevé. Ils risqueraient eux-mêmes de disparaître de la carte. Tu raisonnes comme si l'on était encore à l'ère de la dissuasion, dit l'Ethnologue. Or cette ère, aujourd'hui, est close. On est passé à autre chose. Les Etats-Unis ne raisonnent plus aujourd'hui en termes de dissuasion. D'une part, au début des années 2000, ils ont révisé leur doctrine stratégique pour y intégrer le principe du preemptive strike, ce qui en soi, déjà, nous fait sortir de la dissuasion, d'autre part et surtout, ils ne portent plus aujourd'hui sur la guerre nucléaire le même regard qu'autrefois. Non seulement elle ne leur fait plus peur, mais ils sont prêts désormais à en assumer le risque. Je ne dis pas que les Etats-Unis ont d'ores et déjà décidé d'entrer en guerre contre la Russie. Ce que je dis, c'est que le risque nucléaire n'est plus aujourd'hui de nature à les dissuader de le faire (en auraient-ils l'intention). Comprendrait-on autrement leur comportement actuel en Ukraine? Les Etats-Unis ne se laissent plus aujourd'hui dissuader par rien. Quand je parle ici des Etats-Unis, je parle bien entendu de l'Etat américain, plus spécifiquement encore de l'Etat profond aux Etats-Unis: ce qu'on a appelé le complexe militaro-industriel*. En fond de décor, ajouterais-je, un certain nombre de millénaristes jusqu'au-boutistes, ignorant toute espèce de limite.

* Voir "Pressentiment", 28 juillet 2013.

7/20/2014

Ce que toi

Et pendant ce temps, à l'Est, les mêmes s'activent pour faire monter la tension, dit le Collégien. Ils tiennent des discours agressifs, multiplient les provocations, massent des troupes le long de la frontière, prennent des sanctions, etc. Peut-on être plus bête. Ils ont de vrais ennemis qu'ils choisissent de ne pas combattre (un, au moins, gros comme une maison), s'en inventent, en revanche d'autres, imaginaires, qu'ils combattent avec acharnement. Ils ont perdu tout sens des réalités. Si c'est ça l'Europe… A ton point de vue, peut-être, dit l'Ethnologue. Mais au leur, non. Eux ne pensent pas l'Europe de la même manière que toi. Ce que toi tu appelles l'Europe, pour eux ne signifie rien. De même, ce que toi tu désignes comme étant l'ennemi, pour eux est l'ami, et inversement. Leurs petits chéris sont leurs petits chéris*, tu ne peux rien y changer. Ils sont ainsi faits également qu'ils ont réellement aujourd'hui besoin d'une guerre, et d'une guerre à l'Est. Toi peut-être pas, mais eux oui. On en vit aujourd'hui les préliminaires.

* Voir "Les petits chéris", 30 avril 2011.


7/19/2014

Surpasse

Autrefois, les forces armées avaient pour fonction première de protéger les frontières, dit le Cuisinier. C'était leur raison d'être même. Aujourd'hui, comme vous le savez, c'est l'inverse: leur raison d'être est  d'encourager un maximum possible de gens à les franchir, qui plus est en leur prêtant assistance. Voyez cette déclaration du chef d'état-major de la marine italienne: "Sauver des vies humaines est une obligation qui surpasse tous les devoirs du marin"*. Il dit bien: tous les devoirs. Rien que pendant les six premiers mois de cette année, les arrivées sur les côtes italiennes se sont chiffrées à 63'000. Admettons un instant que ce qui surpasse tous les devoirs du marin, c'est l'obligation de sauver les vies humaines, dit l'Etudiante. Admettons-le. Si cet homme avait réellement pour souci de sauver des vies humaines, peut-être se projetterait-il un peu dans l'avenir, je veux dire: essayerait-il d'imaginer à quoi pourrait ressembler l'Europe dans une ou deux générations: pourrait y ressembler, justement, à cause de gens comme lui. Peut-être, alors, en viendrait-il à admettre que défendre les frontières, c'est aussi une manière de sauver des vies humaines. Pourquoi dis-tu une ou deux générations, dit le Colonel? Une ou deux générations, je ne pense pas. Beaucoup moins, en réalité.

* Le Figaro, 10 juillet 2014.




7/05/2014

Sauf que là

D'ailleurs, quand tu leur dis que tu n'as pas de portable, comme tu l'auras remarqué, ils n'ont pas l'air très contents, dit le Double: pour un peu, ils te mettraient en examen. Idem quand tu leur dis que tu n'a pas de télévision, dit l'Auditrice. Sauf que là, ils ne te croient pas. Ils croient que tu mens. Bien sûr, disent-ils, que vous l'avez, la télévision. Si vous dites que vous ne l'avez pas, c'est juste pour éviter d'avoir à payer la redevance. Et donc ils débarquent. Vérifient. Bon, d'accord, vous n'avez peut-être pas de récepteur de télévision, mais, qui sait, vous pourriez éventuellement recevoir les programmes sur votre ordinateur. A nouveau ils vérifient. S'ils ne trouvent toujours rien, ils te taxent quand même, car forcément tu la regardes, la télévision. Qui ne la regarde pas? Ils ne savent pas comment, mais tu la regardes. Tu ne peux pas ne pas la regarder. Etc. Ensuite, dit le Collégien? Bien sûr tu payes, dit l'Auditrice. Il ne faut jamais résister aux autorités. Ensuite tu te rembourses, c'est relativement simple.  

7/04/2014

Particularités

Ici même, il y a quelques semaines, on relevait que s'il fallait caractériser aujourd'hui le régime occidental (non, certes, tel qu'il se pense lui-même, mais en référence à des critères objectifs), il se situerait quelque part entre l'ancienne RDA et l'Espagne franquiste, dit l'Avocate*. Cela étant, chaque pays a ses caractéristiques propres. En France, par exemple, la police peut se permettre beaucoup plus de choses qu'elle ne saurait le faire ailleurs: certaines, qui plus est, en toute légalité. Les deux seuls pays faisant plus ou moins jeu égal avec elle en ce domaine sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. La France a toujours été un pays policier, cela ne date pas d'hier, mais ce trait s'est encore accentué au cours de la période récente. La politisation de la justice y atteint en outre un degré sensiblement supérieur à celui qu'on observe ailleurs. Je n'ai jamais cru personnellement à l'indépendance de la justice, elle n'existe nulle part et n'a jamais existé. Mais certainement moins encore en France que dans d'autres pays comparables. Parler, comme le font certains, de "juges politiques" est presque, en l'occurrence, une tautologie. D'autres particularités encore pourraient être signalées, mais elles sont de moindre importance.

* Voir "A mi-chemin", 22 mars 2014.

7/03/2014

Portable

C.S. Lewis relève dans un de ses livres* que l'accroissement du pouvoir de l'homme sur la nature se paie automatiquement par un accroissement corrélatif du pouvoir de l'homme sur l'homme, dit l'Auteur. Autrement dit, les premiers à profiter des prétendues conquêtes de la science et de la technique sont les pouvoirs en place. On le voit par exemple avec le téléphone portable. Tout le monde ou presque est aujourd'hui équipé d'un portable: 99 % de la population, paraît-il. Les autorités peuvent ainsi suivre les utilisateurs dans tous leurs déplacements, en même temps que se tenir informées de leurs moindres faits et gestes (sans même parler de leurs pensées). Car, bien sûr, tout est enregistré. En France même, la police secrète collecte et conserve l'ensemble des communications électro-magnétiques dans le pays**. Autrement dit, tout le monde est sur écoute (comme c'est également le cas en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis). Un politicien assez connu vient d'en faire l'expérience. Il avait pourtant pris certaines précautions, celle, notamment, d'utiliser un portable à un autre nom. Mais cette précaution s'est révélée inefficace. Ce qui est surprenant ce n'est pas ce qu'on vient de rappeler, mais bien le fait que les gens n'en tirent aucune conséquence. Car personne ne pourrait dire qu'il n'est pas au courant. Les gens savent au contraire très bien à quels risques ils s'exposent en utilisant un portable. Malgré cela ils l'utilisent. C'est très surprenant.

* C.S. Lewis, L'Abolition de l'homme, Editions Raphaël, 2000.
** Voir p. ex. Le Monde, 5 juillet 2013, 21 mars 2014, 22 mars 2014, etc.

6/20/2014

Faisable

Qu'est-ce qui est faisable, dit le Collégien? En principe, tout est faisable, dit l'Ethnologue. Sauf qu'on ne peut éviter parfois certains risques: disparaître dans une prison secrète, par exemple. Car ils ne font pas de quartier. Tout est faisable, mais aussi tout a un prix. Quel prix es-tu prêt à payer? C'est ça la question. Que penses-tu de la maxime, fais ce que dois, advienne que pourra, dit le Collégien? La deuxième partie de la phrase se rapporte à ce qu'on vient de dire, dit l'Ethnologue. Elle signifie que tu es prêt à payer n'importe quel prix. Vraiment? Et la première partie, dit le Collégien? C'est plus compliqué, dit l'Ethnologue. Soit tu insistes sur fais, soit sur dois. Fais ce que dois, cela ne signifie pas seulement que tu dois le faire, mais que tu le feras. On en en revient ici au faisable. Tout est faisable, je le maintiens, mais le plus souvent cela demande un certain savoir-faire. On oublie trop souvent le savoir-faire. Il y a une obligation de résultat. Quant à "dois", je comprends bien ce que tu veux dire. Mais beaucoup de gens s'imaginent devoir faire des chose qu'ils n'ont, en réalité, pas vocation à faire. Certains ont cette vocation-là, mais pas tous. Toi-même, par exemple, tu as peut-être autre chose à faire. Il faut ici penser aux dons de l'Esprit: "Il y a diversité des dons mais c'est le même Esprit"*.

* I Cor 12, 4.


6/19/2014

Légitimité

Bref, si je comprends bien, tout ce que font les dirigeants est légitime, dit le Collégien. Mais nous-mêmes: quels sont nos droits, que pouvons-nous faire légitimement? Légitimement, rien, dit l'Ethnologue. Tout ce que tu feras, forcément, sera illégitime. Tu n'as aucun droit. Mais il ne faut pas en faire un drame. L'important, ce n'est pas ce qui est légitime, c'est ce qui est faisable. Pourquoi alors Weber traite-t-il de la légitimité, dit le Collégien? Pourquoi les dirigeants ont-ils inventé la guerre contre le terrorisme, dit l'Ethnologue? Weber est un penseur respectable, dit le Collégien. Il n'a rien à voir avec le Nouvel Ordre Mondial. Quand tu fais un certain nombre de choses, tu as nécessairement besoin d'un habillage, dit l'Ethnologue. On appelle ça la légitimité. Les dirigeants font-ils davantage que simplement se choisir un costume, croient-ils réellement à ce qu'ils racontent ? Ils voudraient surtout bien, toi, que tu y croies.

6/18/2014

Monopole

Tu connais la définition wébérienne de l'Etat, dit l'Ethnologue: l'Etat est le détenteur du monopole de la violence physique légitime*. Concrètement parlant, cela signifie que l'Etat peut légitimement te tuer, t'enfermer à vie dans une prison de haute sécurité, te transformer en légume après administration forcée de neuroleptiques, débarquer chez toi au petit matin pour procéder à une fouille en règle de ton appartement, au passage te voler ton ordinateur, te mettre en garde à vue si tu traverses la rue en dehors des lignes jaunes, en profiter pour te prendre ton ADN (en cas de refus, c'est trois ans de prison), d'autres choses encore de ce genre. Et alors, dit le Collégien? Rien, dit l'Ethnologue. Je te montre la réalité.

* Max Weber, Le savant et le politique, UGE, 1959, p. 101.





6/12/2014

Se fait croquer

Comme vous le savez, l'une de leurs priorités est la réintroduction d'un certain nombre de grands prédateurs dans les campagnes et les montagnes, dit l'Ethnologue. A quelle fin très exactement, nous avons déjà ici même abordé la question*. En attendant, les troupeaux d'élevage se font décimer. Vingt moutons par-ci, vingt moutons par-là, ils appellent ça "la part du loup". Dans son ouvrage, Vivre avec les animaux, Jocelyne Porcher relève que les éleveurs ont un devoir de protection envers leurs animaux, devoir "qui exclut complètement de les abandonner aux prédateurs"**. Protéger leurs animaux implique en particulier leur éviter le stress, la peur. Cela fait partie d'une sorte de quasi contrat tacite: tu me permets de gagner ma vie, en contrepartie je te protège contre les prédateurs. Avec la réintroduction, politiquement imposée, du loup et de l'ours dans les campagnes et les montagnes, tout cela est évidemment caduc. Le WWF ne cache pas sa satisfaction: "Personne ne fait de scandale en Italie si une brebis égarée dans la forêt se fait croquer", souligne ainsi cette "spécialiste des ours"***, particulièrement sensible, on le voit, à la souffrance des animaux. Prendre fait et cause pour le prédateur contre la proie est une des caractéristiques de l'après-démocratie, dit l'Auteur. On l'observe également dans d'autres domaines. Il n'y a plus aujourd'hui de contrat social. Il faut en prendre acte, évidemment aussi en tirer les conséquences.

* Voir "Aucune victime", 17 décembre 2011.
** Jocelyne Porcher, Vivre avec les animaux, La Découverte/Poche, 2014, p. 131.
*** Le Temps (Genève), 17 mai 2014.

6/06/2014

Qu'imaginez--vous faire

Tiens, voilà qui fera plaisir au Cuisinier, dit l'Etudiante: les grandes entreprises chinoises ont reçu l'ordre de leur gouvernement de ne plus utiliser désormais de matériel informatique américain, mais seulement chinois. C'est une suite de l'affaire Snowden. En quoi le Cuisinier est-il concerné, dit le Visiteur? Selon lui, les Européens seraient bien inspirés de renoncer au dollar dans leurs transactions bancaires et commerciales, dit l'Etudiante*. Il s'étonne, même, que personne n'y ait jamais pensé. Pourquoi, par ailleurs, les banques européennes ne se retirent-elles pas purement et simplement du marché américain, comme l'ont déjà fait certaines compagnies d'assurances (il est vrai peu nombreuses)? Elles s'épargneraient ainsi toutes sortes d'ennuis. La réponse est simple, dit l'Avocate: ce serait la guerre. Regarde un peu ce qui vient d'arriver à la BNP, dit l'Etudiante**: un racket à dix milliards de dollars. Si ce n'est pas déjà là la guerre, je ne sais pas ce qu'est la guerre. Quand je dis la guerre, je pense à l'Irak, dit l'Avocate: les bombes à uranium appauvri et le reste. Ne rêvons pas, dit l'Ethnologue. A maints égards, la suprasociété européenne n'est qu'un simple prolongement de la suprasociété américaine. Elle est par ailleurs complètement infiltrée. Plus on gravit les échelons, plus, d'ailleurs, elle l'est. Polanski décrit ça très bien dans The Ghost Writer. Qu'imaginez-vous faire dans ces conditions?

* Voir "Moins vite", 14 mai 2014.
** Le Monde, 4 juin 2014.










5/18/2014

On peut très bien

A l'instar de toutes les idéologies, le mondialisme fonctionne comme "logique de l'idée", dit l'Ethnologue. Ce fonctionnement a été décrit en détail par Hannah Arendt dans le treizième et dernier chapitre des Origines du totalitarisme. On part d'une idée donnée ou d'un certain nombre d'idées pour en déduire les conséquences, avant de passer aux conséquences des conséquences, puis aux conséquences même de ces dernières, etc. On ne sait pas toujours où cela mène, mais parfois assez loin. Parfois aussi la réalité se venge, ce qui contraint les dirigeants à faire appel à la police. Je résume, bien sûr. Le mondialisme est un ensemble complexe, il comprend quantité d'éléments disparates, parfois même contradictoires entre eux. La théorie du genre, entre autres, y occupe une place importante, mais elle coexiste avec l'idée suivant laquelle l'... est une grande civilisation, plus grande encore que la civilisation chrétienne; un modèle, bien sûr aussi, de tolérance, d'aménité, etc. Les raisons pour lesquelles les dirigeants favorisent, comme ils le font, l'… sont connues de tous, je n'y insiste pas*. L'ennui est que l'… n'a que peu de rapport avec la théorie du genre, si même il ne lui est pas complètement antinomique. Il en résulte un certain nombre de tensions, comme on l'a vu récemment en France. On ne peut pas tout vouloir et son contraire: et le patriarcat, et le matriarcat. A un moment donné il faut choisir. On pourrait aussi ne vouloir ni l'un ni l'autre, dit le Collégien: ni le patriarcat, ni le matriarcat. On peut très bien ne pas être mondialiste, dit l'Ethnologue.

* Voir "Soumission", 23 décembre 2009.







5/14/2014

Moins vite

Dans une semaine ou deux, ce sont les élections européennes, dit le Cuisinier. Imaginons un parti inscrivant à son programme les points suivants: en vrac, injonction aux troupes américaines d'avoir à quitter le sol européen dans un délai de trois mois au plus; dissolution de l'OTAN; sanctions financières à l'encontre de ceux des officiels américains ayant trempé dans le récent coup de force états-unien en Ukraine, assorties d'une interdiction d'entrée et de séjour; instauration d'un visa d'entrée pour tous les ressortissants américains désireux de voyager en Europe (on en exige bien un des Européens se rendant aux Etats-Unis); abandon du dollar dans les transactions bancaires et commerciales entre l'Europe et le reste du monde (on le remplacera par l'euro, éventuellement par la monnaie chinoise); dénonciation de l'ensemble des conventions fiscales conclues sous la contrainte avec les Etats-Unis (Fatca, etc.), conventions consacrant l'assujettissement des institutions financières européennes au prétendu droit américain; activation du principe de compétence universelle à l'encontre d'un certain nombre de responsables américains, auteurs présumés de crimes de guerre et/ou contre l'humanité en Irak, en Amérique latine, ou dans les Balkans; octroi du droit d'asile à Edward Snowden, avec possibilité pour lui, s'il le souhaite, de siéger en tant que membre d'honneur au Parlement européen. Moins vite, dit le Décéèriste. J'en suis à "monnaie chinoise". Pourriez-vous répéter, s'il vous plaît?



5/11/2014

Une autre

Le Colonel, il y a quelques semaines*, disait que le récent coup de force américain à Kiev pouvait être mis en parallèle avec l'épisode des fusées soviétiques à Cuba en 1962, dit l'Ethnologue. Dans les deux cas, en effet, on touche au "sanctuaire" de l'autre, ce qui, en théorie au moins, ne devrait pas se faire. Tu peux toucher à tout sauf à ça. Soit, par conséquent, les Américains ont perdu la tête, soit, comme beaucoup le pensent, ils veulent vraiment la guerre. C'est réellement ce qu'ils cherchent. Cela étant, la remarque du Colonel m'en inspire une autre. Jusqu'à la chute du mur de Berlin, le totalitarisme était à l'Est, la résistance au totalitarisme à l'Ouest. On pourrait se demander si la situation ne s'est pas aujourd'hui inversée. Le régime russe actuel ne saurait, certes, être qualifié de démocratique, personne ne le prétend. Mais ce n'est pas non plus un régime totalitaire. S'il fallait l'étiqueter, on parlerait de despotisme éclairé: Joseph II, Stolypine, etc. Quant au régime occidental, non seulement, c'est une évidence, il a cessé depuis belle lurette d'être démocratique, mais il s'est lui-même, au fil du temps, progressivement transformé en une espèce particulière, mais authentique, de totalitarisme. Les traits les plus souvent cités sont l'extension illimitée du contrôle social, la montée en puissance des services spéciaux, la militarisation de la police, les incarcérations abusives (souvent accompagnées de sévices, comme on l'a vu l'an dernier en France), les entraves au droit à la liberté d'expression, etc. Ce sont effectivement là des traits totalitaires. Mais il en est d'autres moins souvent cités. Regarde un peu, par exemple, la manière dont on traite aujourd'hui les gens au quotidien, les procédures de travail industrielles, la violence omniprésente, etc. Ce n'est pas nouveau, me diras-tu. Cela a toujours existé. Mais pas comme ça.

* Voir "A l'envers", 3 avril 2014.


5/04/2014

De quel côté

S'il se passait n'importe quoi, ceci ou cela, de quel côté te situerais-tu, dit le Collégien? Voyons, que je réfléchisse, dit l'Avocate. En fin de compte, quand même, du côté des dirigeants. Après tout, nous leur sommes redevables de beaucoup de choses. Ainsi, comme tu le vois, il n'y a chez nous ni misère, ni chômage de masse. Les anciennes classes moyennes ont, certes, été complètement éradiquées, c'est très regrettable. Mais elles étaient de toute manière condamnées. Mondialisation oblige. Que dire aussi de leurs efforts visant à protéger leurs propres populations contre certaines espèces prédatrices, le loup entre autres? D'aucuns prétendent que cela relève de la gesticulation, personnellement je m'inscris en faux. Ce devoir de protection leur incombant, ils le prennent très au sérieux. Tiens, l'autre jour encore… A leur crédit, également, le zèle réellement hors du commun qu'ils mettent à défendre les libertés personnelles, zèle d'autant plus méritoire que les technologies actuelles leur offrent nombre d'opportunités douteuses en la matière. Mais, respectueux comme ils le sont des lois existantes, ils se gardent bien de les exploiter. Enfin (last but not least), leur profond désintéressement. Voyez la modestie de leurs rémunérations, prébendes, etc. Bref, pour me résumer, quelle raison aurais-je aujourd'hui de rejoindre M. Poutine? Ce serait très mal de ma part, très mal et très ingrat. Contraire aussi à mes valeurs*. Je ne suis pas comme ça.

* France Info, 4 mai 2014, vers midi.


5/02/2014

Qualités

Il est très tentant de s'enfermer dans le tout ou rien, dit le Sceptique. On le voit par exemple en amour. Dans un premier temps, c'est l'extase, l'autre passe pour être le résumé même de tout ce qu'il y a de bien  sur terre. Puis c'est la désillusion, les gens se rendent compte que ce qu'ils imaginaient être la réalité n'est en fait que le produit de leurs fantasmes, de pures et simples projections, etc. Et donc ils décristallisent. Mais pas seulement. Beaucoup passent à l'extrême opposé, l'autre n'étant plus désormais, à les en croire, qu'un(e) sombre crétin(e), la pire des crapules, etc. On voit ça constamment, c'est très répétitif. Dans le meilleur des cas, l'amour se change en indifférence. On croise l'autre, mais sans seulement lui prêter attention, comme s'il n'existait pas. C'est très bien décrit dans Proust. On ne devrait pas être comme ça. Ce n'est pas parce que les gens ne ressemblent en rien à l'idée super-céleste qu'on s'en fait parfois qu'il faudrait, une fois surmonté le choc de la désillusion (inévitable), s'en désintéresser complètement, couper les ponts, etc. Ce serait dommage. Ces personnes n'ont peut-être pas toutes les qualités que nous leur prêtions, mais en ont peut-être d'autres que nous ne soupçonnions pas. A nous de les découvrir en continuant quand même à les voir, à les fréquenter, etc. Cela, certes, se fait en dehors des liens de l'amour, mais ce n'est pas plus mal. On est au moins là sur un terrain solide, celui de la réalité.

4/18/2014

Variante

La stratégie du chaos est une variante de la maxime, diviser pour régner, dit le Colonel. De cette maxime même, mais, en l'espèce, poussée à l'extrême: bellum omnium contra omnes. Tout le monde, ici, tire sur tout le monde. La stratégie du chaos est très proche de la stratégie du choc (Naomi Klein). Sauf que le choc, en règle générale, est ce qui précède le chaos, le rend possible: d'abord le choc, ensuite le chaos. En règle générale. Parfois aussi il n'y a pas de choc: juste de petites, voire très petites secousses. Les services spéciaux sont bien sûr ici en première ligne. Si le terrorisme est l'arme du pauvre, le chaos, pourrait-on dire, est l'arme du riche en voie de paupérisation. On le voit, par exemple, avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis n'ont plus aujourd'hui les moyens de gagner une guerre. En revanche, ils sont en mesure de répandre le chaos. A l'époque récente, la stratégie du chaos a trouvé son champ d'application privilégié au Moyen Orient (Irak, Syrie), mais elle ne se limite pas au seul Moyen Orient. Voyez, par exemple, ce qui se passe au Mexique. L'Europe elle-même est en ligne de mire. Mais les Européens ne s'en rendent pas compte.

4/15/2014

Stefan Zweig

Vous avez vu, dimanche, cette déclaration du chef de l'armée suisse*, dit le Double? Il ne l'a certainement pas faite par hasard. Il encourage ses concitoyens à stocker de l'eau chez eux, et également à acheter des conserves alimentaires. En clair, il met en garde contre le risque de guerre. Il dit d'ailleurs que la situation internationale s'est beaucoup dégradée depuis 2-3 ans. Naturellement, le lendemain, les Suisses se sont rués dans les supermarchés, dit le Visiteur. Qu'est-ce que vous pensez, dit le Double. Les packs de bouteilles d'eau minérale sur les rayons étaient aussi nombreux que d'habitude. Aucune affluence particulière aux caisses. C'est comme en 14, dit le Cuisinier. Les gens, à l'époque, ont mis très longtemps avant de comprendre que l'Europe allait basculer dans la guerre. Ils suivaient les nouvelles de loin, pour le reste vaquaient à leurs occupations courantes. La plupart étaient d'ailleurs sur les plages (on était en période estivale). Ce n'est qu'au tout dernier moment qu'ils ont subitement pris conscience de la gravité de la situation. Tout est alors allé très vite. En moins de 24 heures, les lieux de vacances se sont vidés, les gens prenant les trains d'assaut pour rentrer chez eux, etc. C'est très bien raconté dans Stefan Zweig**.

* 13 avril 2014.
** Le Monde d'hier, Le Livre de Poche, 2013.

4/08/2014

Douleur

J'étais dimanche dernier à l'Abbatiale de …, pour y entendre une Passion de Bach, dit l'Auditrice. Public clairsemé et surtout âgé: 60 ans et plus. Aucune famille, aucun ado. Les billets étaient à 40 euros. Ceci explique peut-être cela. En 2013, je suis allée faire un tour au festival de … Les places les moins chères étaient à 80 euros, les plus chères à 160. Qui peut encore se payer des places à ces prix-là? Quelques rentiers-retraités célibataires, et encore. On est en régime néolibéral, dit l'Ethnologue. Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, l'Etat subventionnait très largement encore la culture. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le principe, désormais, qui prévaut est celui de l'auditeur (respectivement spectateur)-payeur. A quoi s'ajoute le fait qu'une part croissante de l'argent prétendument dévolu à la culture va désormais aux "associations" (pour acheter la paix civile), ou encore à l'industrie du bruit. La ville de Dope-City vient ainsi d'allouer une nouvelle subvention aux adeptes de telles nuisances (alors même, déjà, qu'elle ploie sous le poids d'une dette qui va croissant d'année en année et la fera bientôt mettre sous tutelle). Paix civile ou pas, c'est toute une culture, en fait, qui est en train de disparaître, dit l'Auditrice: la nôtre. La douleur qu'en éprouvent les dirigeants dépasse tout ce qu'on peut imaginer, dit l'Ethnologue.

4/03/2014

A l'envers

On peut faire des parallèles, dit le Colonel. La situation présente n'est pas sans rappeler la crise américano-soviétique de 1962, lorsque les Soviétiques installèrent des bases de missiles à Cuba, juste en face des côtes américaines. C'est, peu ou prou, la même situation, mais à l'envers. L'Ukraine, en effet, est à la Russie ce que Cuba est aux Etats-Unis. "We have invested 5 billion dollars to help Ukraine to achieve these and other goals", dit Victoria Nuland*. Nous lisons bien: "And other goals". Si les Américains répètent en Ukraine ce qu'ils ont récemment fait dans d'autres pays de la région (Pologne, etc.), ils ne devraient pas tarder à y installer des bases de missiles. En 1962, la guerre fut évitée, mais de justesse. Les Soviétiques démantelèrent leurs bases litigieuses, les missiles furent ré-embarqués. Ni Kennedy, ni Khrouchtchev, les deux protagonistes de l'époque, ne voulaient, en fait, la guerre. Aujourd'hui, le contexte est différent. Des manoeuvres militaires de l'OTAN sur plusieurs jours viennent de débuter en Pologne et dans les pays baltes, c'est la chaîne allemande ARD qui l'annonce**. Le territoire russe de Transnistrie, enclavé entre la Moldavie et l'Ukraine, est par ailleurs soumis à un blocus. Ici ce n'est plus à 1962 que l'on pense mais à 1914: la politique de la corde raide***. On va voir maintenant la suite. Comme toutes les puissances déclinantes, les Etats-Unis aiment jouer avec le feu.

* Le 13 décembre 2013. Sur ce personnage, voir "A l'agonie", 4 mars 2014.
** 1er avril 2014.
*** Voir Margaret MacMillan, Vers la Grande Guerre: Comment l'Europe a renoncé à la paix, Autrement, 2013.

4/02/2014

En visibilité

Il y a ce que je viens de dire, mais aussi le fait qu'en France les idéologies jouent un rôle hors du commun, dit l'Ethnologue. Tous les pays ont leurs idéologues, on est bien d'accord. Sauf qu'en France, en quelque sorte, ils font partie de la culture nationale. Ils ont leur place réservée et numérotée (dans les médias, l'Université, les cabinets ministériels, etc.). Et cela ne date pas d'hier. Il y a une cinquantaine d'années, on avait les apologistes du stalinisme, du maoïsme, du castrisme, etc. Tous ont disparu corps et biens, sans laisser la moindre trace. Une vraie tragédie. Mais d'autres idéologies, entre-temps, ont pris le relais: celle du genre, par exemple. Le genre n'est pas né en France, c'est une idéologie américaine, mais ce n'en est pas moins en France qu'il a trouvé son public, en tout état de cause qu'on en parle le plus, qu'il est le plus pris au sérieux, etc. Le genre s'enseigne aujourd'hui, en France, comme autrefois le diamat dans les pays de l'ancien bloc de l'Est. C'est devenu un dogme. Et leurs déclarations: ce dignitaire, par exemple, associant le rejet du mariage pour tous à celui de la démocratie (il est bien placé pour en parler). C'est très spécifique à la France. L'après-démocratie se duplique ici dans les mots même qui l'habillent, certains diront peut-être l'enjolivent. En tout état de cause, elle gagne en visibilité.





3/22/2014

A mi-chemin

S'il me fallait caractériser le régime politique actuel, dit l'Avocate je dirais qu'il se situe à mi-chemin entre l'ancienne Allemagne de l'Est (la Stasi, effectivement) et l'Espagne franquiste (ce qu'on a appelé le "pluralisme limité"*), en prenant soin toutefois de préciser que ni l'ancienne Allemagne de l'Est, ni l'Espagne franquiste, ne connaissaient encore Internet. Internet est incontestablement un plus dans ce domaine. Cela étant, une question se pose: ces traits ne font-ils que caractériser un régime particulier, le régime ..., ou ne convient-il pas plutôt de dire qu'ils caractérisent le régime occidental en général**? Peut-on sérieusement dire, par exemple, qu'en …, juste à côté, les libertés publiques soient mieux protégées qu'elles ne le sont chez nous, en ...? La liberté de la presse, en particulier? Que, dans le pays en question, les gouvernants résistent mieux que ce n'est le cas en … à la tentation, officiellement condamnée, d'utiliser tous les moyens possibles et imaginables pour espionner et ficher les personnes? Et si tel n'est pas le cas, ce que, personnellement, j'inclinerais très honnêtement à penser, peut-on au moins dire que l'habeas corpus y est encore respecté (alors qu'en ..., comme plusieurs affaires récentes l'ont révélé au grand jour***, il ne l'est plus)? Je n'ai pas de réponse, dit l'Ethnologue. Ce qu'on pourrait peut-être dire, c'est que la ... est en tête de l'évolution générale. Elle a une longueur d'avance. Je te dis ça, mais c'est une simple impression.

* Voir Guy Hermet, "Un régime à pluralisme limité? A propos de la gouvernance démocratique", in Revue française de science politique, février 2004, pp. 159-178. Le rapprochement avec le régime franquiste est suggéré aux pages 174-175. Le concept de "pluralisme limité", avec application à l'Espagne franquiste, est emprunté au politologue Juan Linz (ibid., p. 162).
** Voir "L'après-démocratie", 6 juin 2012.
*** Voir "L'hôpital", 20 février 2014.


3/13/2014

Rien ne se fait

Regarde un peu leurs méthodes, dit le Double. Ils convoquent des candidats à la naturalisation et les font chanter: soit vous collaborez avec nous, vous nous donnez des noms, soit votre dossier est écarté, et vous risquez l'expulsion. C'est vraiment la Stasi. Des noms de qui, dit l'Etudiante? De personnes hostiles au mariage pour tous, dit le Double. Ils veulent les ficher. Permettez, dit le Politologue. La France est un Etat de droit. Toutes les autorisations ont été données. Et alors, dit l'Etudiante? Changeons de sujet, dit le Politologue. Ou à peine. Il est beaucoup question ces temps-ci, comme vous le savez, d'écoutes téléphoniques. Ces choses-là existent, je ne dis pas le contraire. La France est probablement, même, de tous les pays européens, celui où les dirigeants se permettent le plus de choses dans ce domaine**. Plus ou moins tout le monde est sur écoute***. Mais c'est très "encadré"****. On n'écoute pas les gens comme ça, qu'est-ce que vous croyez. Il y a toute une procédure. Vous me direz: mais dans la Stasi aussi il y avait des procédures. Oui, mais très différentes. Voyez aussi l'école, dit l'Activiste: que ne raconte-t-on pas à son sujet. On parle de genre, de lavage de cerveau, de Dieu sait quoi encore. A nouveau, rien ne se fait sans autorisation: "Le processus et le calendrier sont transparents"*****. Aucune contrainte non plus: "Les élèves comprennent très bien - et parfois très vite - ce qu'on attend d'eux (sic)"*****.  Certains évoquent l'ancienne Union soviétique. Qu'est-ce que les gens n'inventent pas.

* Le Figaro, 5 mars 2014.
** Voir "En attente", 15 janvier 2012.
*** Voir p. ex. Le Monde, 21 mars 2014, 22 mars 2014, etc.
**** France Inter, 12 mars 2014, vers 19 h 30.
***** Le Monde, 14 février 2014.



3/04/2014

A l'agonie

Personne, en réalité, ne sait si les services secrets américains veulent ou non la guerre, dit le Colonel. Plus exactement encore, s'ils estiment ou non le moment venu d'en déclencher une. Mais cette question n'est pas très importante. On connaît la formule de Clausewitz: ce n'est jamais l'Etat agresseur qui déclenche une guerre, mais bien celui d'en face, l'Etat sur la défensive (il pourrait ne pas se défendre). Les Américains ne sont donc pas, directement au moins, concernés. Cela étant, ils n'en maintiennent pas moins la pression. "Fuck the EU", dit la sous-secrétaire d'Etat américaine aux affaires européennes, Victoria Nuland*. Les "princes-esclaves"** européens s'activent donc comme ils le peuvent, font le forcing. Mais le zèle même qu'ils mettent à remplir leur devoir d'Etat montre qu'il ne leur pèse pas trop. En France, 50 % des demandeurs d'emploi ne touchent aujourd'hui plus rien: ni indemnités, ni aide sociale***. Les dirigeants se doivent donc de réagir. Quand l'économie est à l'agonie, à plus forte raison encore que le dépôt de bilan se profile à l'horizon, il est temps d'organiser de grandes fêtes, avec campagnes de diabolisation et le reste. A l'Ouest, rien de nouveau.

* Le 6 février 2014.
** Voir "Quelque part", 2 juillet 2013.
*** Réforme, 13 février 2014.

2/23/2014

Jusqu'où ?

En 1989, vous vous en souvenez peut-être, l'armée russe se trouvait encore à Berlin, dit le Double. Aujourd'hui, elle se trouve à quelque 2000 kilomètres de là, sur le Don. Jusqu'où, à ton avis, les Russes continueront-ils de reculer? Relis un peu Guerre et paix, dit le Colonel. Le livre reste très actuel. A la place des Russes, je n'aurais jamais lâché Berlin, dit l'Etudiante. C'était très déraisonnable de leur part. On leur avait proposé un marché, dit le Double. Ils lâchaient Berlin, et en contrepartie les Américains promettaient de ne pas occuper l'ancienne Allemagne de l'Est. L'Allemagne réunifiée resterait membre de l'OTAN, mais en aucun cas (promis, juré), les troupes de l'OTAN ne franchiraient l'ancienne frontière entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l'Est. Comme tu le sais les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Les Américains se sont d'abord avancés jusqu'à l'Oder, puis ils l'ont franchi pour ramasser, l'un après l'autre, l'ensemble des pays de la région: Pologne, pays baltes, Hongrie, Tchéquie, etc. Les voilà maintenant aux portes même de la Russie. L'Ukraine vient de tomber, à l'horizon, déjà, ils voient scintiller les tours dorées du Kremlin. Les services secrets américains croient qu'ils peuvent réussir là où Napoléon et Hitler ont échoué, dit le Colonel. A mon avis ils se trompent.




2/20/2014

L'hôpital

Ce soir même, sur France Inter*, ils étaient quelques-uns à se demander si l'Ukraine était ou non une démocratie, dit l'Auditrice. C'est l'hôpital qui se moque de la charité. Comment cela, dit le Politologue? Ne me dite pas que vous n'êtes pas au courant, dit l'Auditrice. Un homme est aujourd'hui emprisonné en France, au seul motif que son éventuel élargissement porterait atteinte à "l'ordre public"**. Son dossier est vide, mais les juges ne l'en maintiennent pas moins arbitrairement en prison. Pour combien de temps encore, on l'ignore. C'est beau la démocratie. Il faut distinguer, dit le Politologue. La démocratie est une chose, l'Etat de droit une autre. La France n'est peut-être pas un Etat de droit, mais c'est une démocratie. Et quand les gardes mobiles arrosent de gaz toxiques de jeunes enfants avec leurs parents, comme cela s'est produit l'an dernier à l'issue d'une manifestation contre le mariage pour tous, dit l'Auditrice: vous appelez ça la démocratie? Le mariage pour tous est une loi de la République, dit le Politologue. On n'a donc pas le droit de le critiquer. Un pas de plus, et vous me direz peut-être que la XVIIe chambre correctionnelle conditionne la liberté d'opinion et d'expression en France, dit l'Auditrice. C'est exactement cela, dit le Politologue. Elle dit ce que vous avez le droit de dire et de ne pas dire. Même en Ukraine, il n'y a pas de XVIIe chambre correctionnelle, dit l'Auditrice. C'est bien pourquoi on est fondé à se demander si l'Ukraine est ou non une démocratie, dit le Politologue.

* 20 février 2014.
** Le Monde, 26 janvier 2014.


2/12/2014

Vengeance

La vengeance est un plat qui se mange froid, dit l'Ethnologue. Il y a sept ou huit ans, l'Usurpateur s'était fait éjecté de son poste ministériel à la faveur d'un coup de force concocté par la Belette, aidée en la circonstance par l'Apparatchik, la Rapace, l'Epouse, le Secrétaire, l'Adjoint, le Génie modifié, quelques autres encore. On en avait conclu à l'époque que c'était un homme fini. Jamais il ne rebondirait, à plus forte raison encore ne reviendrait sur le devant de la scène. Son propre parti allait le lâcher. Etc. Comme ses ennemis consternés viennent de l'apprendre à leurs dépens*, il a au contraire très bien su rebondir. Je n'aime guère l'Usurpateur, en nombre de domaines je pense tout autrement que lui. Il y a quelques années encore, par exemple, il militait pour l'adhésion de la … à l'Aléna, la zone de libre-échange nord-américaine. Il a par ailleurs figuré au moins une fois au nombre des invités à une réunion du groupe de Bilderberg. Etc. Cela étant, on ne peut s'empêcher de saluer sa performance. Comme d'habitude, les autres n'ont rien vu venir. Leur mépris pour les populations joint à leurs nombreux mensonges les ont conduits à l'impasse où ils se trouvent aujourd'hui. C'est bien fait pour eux.

* Le 9 février 2014, les électeurs suisses se sont prononcés en faveur d'une initiative de l'UDC régulant l'immigration (Le Monde, 11 février 2014).


2/07/2014

Il y a des cas

Payer ses impôts, c'est faire preuve de civisme, dit l'Activiste. Seuls les mauvais citoyens cachent leur argent, ou font de fausses déclarations. On peut dire ce que vous dites, mais on peut aussi dire le contraire, dit le Philosophe. Il y a des cas où l'on est pleinement légitimé à ne pas payer ses impôts. Comment ça, dit la Poire: vous justifiez la fraude fiscale? Ce que je dis, c'est que quand on aborde ces questions-là, on ne peut pas le faire dans l'abstrait, dit le Philosophe. Avant de vous demander s'il est moral ou non de payer ses impôts, demandez-vous où va l'argent, comment il est utilisé, etc. Chaque situation est particulière. Prenez la période 40-44, par exemple. J'ignore si, à l'époque, beaucoup de gens payaient leurs impôts, mais s'ils le faisaient, je vois mal, en l'occurrence, comment on pourrait parler de civisme. Soustraire, à l'époque, un certain nombre de sommes au fisc non seulement n'avait rien d'immoral mais pouvait au contraire passer pour hautement moral. C'était une forme de résistance. Ne faites pas cette tête.


2/04/2014

A défaut de savoir

Voyez ce qui se passe, dit le Cuisinier. "La … doit être sacralisée", disait hier l'Invité*. Il y a belle lurette, en fait, que la ... est sacralisée: une trentaine d'années au moins. Souvenez-vous, par exemple, de la série américaine Holocauste, dans les années 70. L'Invité n'était pas encore né. Mais tout se paie. Un objet historique, quel qu'il soit, ne devrait jamais être sacralisé, car alors, très vite, il cesse d'être perçu comme tel. Les fumées de l'encens le font disparaître en tant, justement, qu'objet historique. On sacralise certaines choses afin d'empêcher qu'on ne les remette en cause, mais cette sacralisation même conduit à les abstraire de la réalité, donc à nourrir le doute (réel ou feint) à leur sujet. Littéralement, elles s'évaporent. En plus, le sacré ne se sacralise pas. Il est ou il n'est pas. Les révisionnistes ont toujours dit qu'ils finiraient un jour par gagner, dit l'Ethnologue. C'est, peu ou prou, ce qui est en train de se passer. Non certes, comme ils le pensaient, au plan de l'histoire-science (ce qui s'écrit aujourd'hui ne va pas précisément dans leur sens**), mais de l'histoire-réalité: celle, tout bonnement, que nous faisons (à défaut, bien évidemment, de savoir que nous la faisons: je parle, entre autres, de l'Invité).

* Le 2 février 2014.
** Cf. p. ex. Timothy Snyder, Terres de sang, L'Europe entre Hitler et Staline, Gallimard, 2012.






1/30/2014

Métonymie

On entend souvent dire: ils ne parlent pas sérieusement, dit l'Ethnologue. Tout serait à prendre au deuxième, voire au troisième degré. Il n'en est évidemment rien. Tout ce qu'ils disent, ils le pensent réellement. Ils sont complètement sincères dans ce qu'ils disent. On sait également très bien ce qu'ils feraient si, d'aventure, ils prenaient le pouvoir. Vous les avez vu l'autre jour dans la rue? Non, pas ce dimanche-ci: le précédent. Cela étant, au-delà même de ce qu'ils disent, il y a ce qu'ils ne disent pas. Ils n'aiment guère les …, ça on l'avait compris. Mais à travers les …, ils visent bien autre chose encore. Quoi donc, à votre avis? Vous le savez très bien, ne me dites pas le contraire. C'est eux la véritable cible. A quel degré de haine? Il faut être aveugle pour ne pas le voir. On pourrait aussi parler de métonymie: la partie pour le tout.





1/25/2014

Se répète

Tiens, ils viennent de braquer une banque, dit l'Ethnologue. En Suisse, comme il se doit. Ah bon, dit le Visiteur: et ça s'est passé comment? Ils disposaient d'une taupe, dit l'Ethnologue: un informaticien. Au jour J, des officiers du service action* ont débarqué sur place. Montant du butin: 4,5 milliards d'euros. Pas mal, dit le Visiteur. Et si je puis me permettre: ils vont en faire quoi de cet argent? Il leur faut acheter la paix sociale, dit l'Ethnologue. Enfin, ce qu'ils appellent la paix sociale. La paix ... en fait. En clair, répondre aux exigences de leurs "petits chéris"**. Rappelez-vous ce qui s'est passé en 2005. Ils ne voudraient pas que ça se répète. Car, cette fois, ce serait à une beaucoup plus grande échelle. Pour le coup, les Américains se verraient peut-être obligés d'intervenir. D'autres actions sont-elles encore en préparation, dit le Visiteur? La Suisse n'est pas la Nouvelle Zélande***, dit l'Ethnologue. C'est sensiblement moins loin. Ils économisent ainsi des nuits d'hôtel. En outre, la Suisse fait partie de l'espace Schengen. Les frontières sont ouvertes.

Le Monde, 28 janvier 2014.
** Voir "Les petits chéris", 30 avril 2011.
*** Le 10 juillet 1985, des agents de la DGSE déposèrent des charges explosives sur le Rainbow Warrior, un bateau de l'organisation écologiste Greenpeace, alors amarré à Auckland (Nouvelle Zélande). L'explosion fit un mort.


1/10/2014

Délicate

Tu en penses quoi au juste, dit l'Etudiante: de cette affaire? Comme tu l'imagines bien, si c'était quelqu'un comme toi et moi, le problème serait réglé depuis longtemps, dit l'Ethnologue. On n'en parlerait même plus. Mais ce n'est pas le cas. Il n'est justement pas comme toi et moi. Ce qui lui assure une certaine immunité. Il n'est pas exactement intouchable, mais peut se permettre beaucoup plus de choses que nous ne le pourrions nous-mêmes (le voudrions-nous, bien sûr: moi-même, en l'occurrence, non). Il en profite donc, au grand dam des dirigeants. Ceux-ci sont pris à contre-pied. A quoi s'ajoute le fait (mais c'est lié à ce qui précède) qu'un grand nombre de personnes se reconnaissent aujourd'hui en lui. Il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Toutes sortes de "petits chéris"*, entre autres. C'est leur porte-drapeau. L'équation est donc délicate, ils s'avancent en terrain miné. Je parle des dirigeants, bien sûr. Et sur le fond, dit l'Etudiante? Si tu vas trop loin dans une certaine direction (leurs innombrables atteintes au droit à la liberté d'expression, par exemple), forcément, à un moment donné, tu dois t'attendre à un retournement de tendance, dit l'Ethnologue. C'est la Némésis grecque. Tout excès, en quelque matière que ce soit, trouve sa compensation dans un excès en sens inverse. On en a ici une illustration. Certains diront que les dirigeants récoltent ici ce qu'ils ont semé. C'est l'histoire de l'apprenti-sorcier.

* Voir "Les petits chéris", 30 avril 2011.


1/03/2014

En quelque sorte

Comme chaque année, ils ont donné le nombre de voitures brûlées pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, dit l'Ethnologue: 1067 cette année. Mais ce n'est pas tout. Pour une fois aussi ils ont donné le nombre des morts. Trois personnes ont été tuées en trois endroits différents, toutes trois à l'arme blanche*. Les morts du Nouvel An, en quelque sorte. Trois morts, c'est anecdotique, dit le Visiteur. Il faudrait les chiffres sur douze mois. Voyons ça, dit l'Ethnologue: trois fois trois cents soixante cinq, si je ne me trompe pas, ça fait 1095. Voilà, vous avez la réponse. Attention, dit le Décéèriste: c'est secret défense.

* Le Monde, 3 janvier 2014.





1/01/2014

Voeux

Pour ses voeux de Nouvel An, le nouveau directeur du zoo de ... est apparu avec, à ses côtés, un certain nombre de pensionnaires, dit le Cuisinier: veaux, vaches, moutons, gnous, dindes, perroquets, naturellement aussi ..., et ... Tous avaient quitté leurs enclos respectifs, ils l'écoutaient avec déférence. Enfin, c'est l'air qu'ils se donnaient. Je me méfierais personnellement des perroquets. La situation est grave, a dit le directeur, sur les principes je resterai intransigeant. Rien que la loi, toute la loi. Au besoin, il est vrai, on en créera de nouvelles. Il a confirmé par ailleurs l'arrivée prochaine, d'ores et déjà planifiée, de nouvelles et très nombreuses ... Une chance pour le zoo, a-t-il lancé. Vous devrez, certes, vous serrer un peu plus encore que ce n'est le cas déjà, et même un peu beaucoup. Mais cet exercice a du bon. Il faut apprendre à économiser l'espace. De toute manière, on ne vous demande pas votre avis. Que cela vous plaise ou non, vous ferez ce qu'on vous dit de faire.