3/23/2016

Confiance

Que leur faut-il de plus, dit l'Ecolière: n'ont-ils pas déjà tout ce qu'ils veulent? Tout ce qu'ils veulent, non, dit l'Ethnologue. Tout ce qu'ils veulent, ils ne l'auront jamais. Car ils ne savent pas s'arrêter. Il n'y a pas de limites à ce qu'ils veulent. Aucune. En fait, que veulent-ils, dit l'Ecolière? Ils mentent très mal, dit l'Ethnologue. Prête un peu attention à ce qu'ils disent. Tu te feras déjà une petite idée. Regarde aussi ce qu'ils font, dit l'Avocate. Là, ils ne mentent pas. N'y a-t-il pas, à la longue, un risque d'accoutumance, dit l'Ecolière? Pourquoi dis-tu "risque", dit l'Ethnologue? C'est le but recherché. Un des buts, plus exactement. Ces opérations sont à buts multiples. D'accoutumance, oui bien sûr. Le monde est ce qu'il est, il faut l'accepter. C'est comme ça, personne n'y peut rien. Faisons confiance aux dirigeants, eux "combattent le terrorisme". Ou s'ils ne le font pas (mais bien sûr ils le font)*, au moins t'apprendront-ils à vivre avec. Quoi d'autre encore, dit l'Ecolière? Une minute de silence, c'est toujours bon à prendre, dit l'Ethnologue. Pourquoi ça, dit l'Ecolière? Ils gagnent ainsi du temps, dit l'Ethnologue. S'octroient un petit sursis.

* Cf. Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe (Préface de Jean-Pierre Chevènement), Xenia, 2006.




3/15/2016

C'est qui ?

J'en reviens à ma question*, dit l'Ecolière. C'est qui, aujourd'hui, l'ennemi prioritaire ? Car, n'est-ce pas, on ne peut pas se battre sur tous les fronts. Ce n'est pas possible. Je vais te répondre, dit l'Ethnologue. Quand Carl Schmitt parle d'ennemi prioritaire, il veut dire par là que sur la masse de tes ennemis, réels ou potentiels, il y en aura toujours un qu'il faudra traiter en priorité : en priorité, parce qu'il représente pour toi la plus grande menace, celle te faisant courir les plus grands risques. L'ennemi prioritaire, c'est lui. Maintenant, on peut très bien avoir deux ennemis prioritaires, deux ennemis aussi prioritaires l'un que l'autre. C'est tout à fait envisageable. Et même trois, cela arrive. Aujourd'hui, tu as deux ennemis prioritaires, il est relativement facile de les identifier. Il te faut donc penser aux deux à la fois. Ils font aujourd'hui cause commune, mais ce n'est pas le même ennemi. Ils sont deux, et non un. Après, quand tu me dis qu'on ne peut pas se battre sur tous les fronts, je te réponds qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Est-ce qu'on peut ou non se battre sur deux fronts ? En l'occurrence, tu n'as pas le choix. Evite, autant que possible, d'être prise en tenailles, ça surtout. Régulièrement, les gens se font piéger, certains lycéens, par exemple, lorsqu'ils défilent dans la rue pour ceci ou cela. Les gardes mobiles les passent à tabac, avant que ne surviennent les "petits chéris". Eux terminent le travail. Pense à ta santé. De telles scènes sont emblématiques. Elles résument, en plus petit, ce qui, aujourd'hui, un peu partout en Europe, s'observe à une beaucoup plus grande échelle.

* Voir "Seule", 20 novembre 2015.

3/09/2016

Anormal

Scène de vie à Dope-City, dit l'Etudiante. Il est 19 h 30, j'entre dans le RER, compartiment de première classe. En journée, c'est relativement calme, on peut y lire tranquillement. Le soir, c'est différent. Les contrôleurs passent aux heures de bureau, ensuite ils disparaissent, on ne les voit plus. Les resquilleurs n'ont donc pas à se gêner, ils sont chez eux chez nous. Ils débarquent avec leur musique, mettent les pieds sur les sièges, vous connaissez ça par coeur. En règle générale, les gens se taisent, c'est certainement mieux pour eux. Là, pour une fois, quelqu'un a protesté, une dame. Elle avait payé sa place, trouvait donc anormal d'avoir à rester debout alors que d'autres, qui n'avaient pas payé, occupaient tout l'espace. Ce n'est pas normal, geignait-elle. Je vais écrire aux autorités. C'était la journée de la femme. Je ne lui ai pas dit ce que je pensais, mais je vais le faire ici. On est en guerre, Madame. Jusqu'ici, peut-être, vous ne vous en rendiez pas compte, maintenant vous le savez. De quelle planète débarquez-vous? Vous dites que vous allez écrire aux autorités. Avant d'écrire aux autorités, commencez par vous poser quelques questions. Cet état de choses n'est pas né de rien. Vous le jugez anormal, d'autres, au contraire, le trouvent tout à fait normal: les autorités, justement. Et non seulement cela, mais cet état de choses, elles l'ont elles-mêmes voulu: voulu et programmé. Il est leur oeuvre propre. Après, c'est vous qui décidez. Ecrivez-leur si ça vous chante. Moi, je fais autre chose.

3/01/2016

Larmes amères

Quand on commence un travail, autant le terminer, dit l'Ethnologue. L'ancien chancelier A. H. disait que si les Allemands perdaient un jour la guerre, ce qui au moment où il le disait était déjà fait, ils pouvaient tout aussi bien disparaître en tant que peuple, car, en cette hypothèse, ils ne méritaient pas de survivre. C'est le télégramme 71: "Si la guerre est perdue, que la nation périsse"*. Lui-même, au demeurant, fit beaucoup pour traduire ce qu'il disait dans la réalité. Ce qu'on oublie trop souvent, soit dit en passant. Le poste de chancelier en Allemagne est aujourd'hui occupé par Mme … Personne n'a jamais demandé à Mme … si, à son avis, les Allemands méritaient ou non de survivre en tant que peuple. Peut-être, un jour, le lui demandera-t-on. Pourquoi non. Un procureur spécial, par exemple. En attendant, rien ne nous empêche de faire un premier bilan. Je fais ceci, je décide cela. En règle générale, on est jugé sur ses actes. Exécutrice testamentaire, quel beau métier. D'une certaine manière, elle est même allée au-delà, puisque ce ne sont pas seulement les Allemands en tant que peuple qui sont en train de disparaître, mais bon nombre d'autres peuples avec eux: leurs voisins immédiats, d'une part, mais aussi un peu plus loin (Grèce, Balkans, pays nordiques, etc.). On imagine les sentiments de profonde tristesse que doit en éprouver, en ce qu'on appelle l'Hadès, l'ombre de l'ancien chancelier. Les larmes amères d'A. H.: ce pourrait être le titre d'un film.

* Cité par Paul Virilio, L'Insécurité du territoire, Galilée, 1993, p. 46.