1/31/2016

Etonne-toi

A …, mon Université, les examinateurs ont reçu pour consigne de faire passer 80 % des candidats, dit l'Assistante : 80 %. Etonne-toi ensuite des conséquences. C'est une honnête contribution à la paix sociale, dit le Double: ça aussi ça compte. Les profs y voient surtout, je pense, un moyen d'accroître leur part du gâteau budgétaire, dit le Cuisinier. Plus tu produis de diplômés (même dévalués), plus nécessairement aussi tu est légitimé à revendiquer la création de nouveaux postes: "chercheurs", sous-chercheurs, chercheurs-adjoints, etc. Ils se construisent ainsi de petites baronnies. Vous ne croyez pas à la recherche, dit la Poire? C'est un tort. La recherche est notre avenir. Autrefois, un prof écrivait des ouvrages, dit le Visiteur. C'était ça sa vie. Compte un peu aujourd'hui les profs qui écrivent encore des ouvrages. Ils n'en ont tout simplement plus le temps. Non, car, "il (leur) faut produire des articles et des colloques à la chaîne"*. Leur cote de notoriété en dépend. Ou ils ne produisent pas de colloques, mais ils sont alors marginalisés. Leur nom disparaît des rapports d'évaluation internationaux. Les colloques à la chaîne, c'est très bien décrit dans David Lodge, dit l'Avocate. Vous avez lu, j'espère**. Plus les réunions administratives, dit le Visiteur. Vous n'imaginez pas. Ou encore le temps qu'ils passent à essayer de comprendre le fonctionnement de l'informatique interne, les mots de passe, les procédures de sécurité, etc. Alors les livres...

* Cité dans Le Figaro, 5 novembre 2015.
** Un tout petit monde, Rivages-Poche.


1/29/2016

Non conforme

On croit volontiers que les universités sont là pour produire du savoir, dit le Visiteur. Le dire, c'est comme dire que la police serait là pour produire de la sécurité. On peut bien sûr le penser, mais on est hors-réalité. Les universités ne sont pas là pour produire du savoir, mais de la conformité. Un bien aujourd'hui très prisé, comme tu sais. Que se passe-t-il lorsque, ce nonobstant, on persiste à croire (ou feindre de croire) qu'elles produisent du savoir, dit le Collégien? Il se passe ce qui est arrivé récemment au fils d'un de mes amis, dit le Visiteur. Il s'est fait expulser de la salle de cours, car il avait posé une question non conforme: non conforme, car remettant en cause le récit officiel sur un épisode récent de l'histoire européenne (la guerre en Bosnie). La prof (pas la linguiste, une autre) l'a traité de complotiste. En plus, il a reçu une convocation du doyen. Voilà, tu as la réponse. Très vite, on est ramené à la réalité. Reprenons notre comparaison: c'est comme si tu téléphonais aujourd'hui au directeur de la police de l'air et des frontières en Allemagne, en Suisse ou en Autriche pour lui signaler que plusieurs milliers de personnes franchissent chaque jour illégalement la frontière et lui demander ce que font ses services. Tu aurais de bonnes chances, toi aussi, de recevoir une convocation.



1/27/2016

Scruter

C'était hier dans le Journal, dit l'Auditrice: notre petite Pravda locale. Un article sur les velléités d'expulsion d'étrangers auteurs de crimes et délits. Je dis bien, les velléités. L'opinante, linguiste de son état, est évidemment contre. Elle traite d'idéologues les gens ne pensant pas comme elle en la matière. Ce qu'elle-même, assurément, n'est pas. Idéologue, moi? Oh que non. Ladite Pravda la présente comme experte en l'art de "scruter" un texte. Voyons donc le sien. "Dans un cadre authentiquement moral et altruiste, dit cette experte, ici en moralité, chaque être humain mérite compassion et respect". Les linguistes, justement, expliquent très bien quelle est la fonction de telles affirmations : c'est une fonction d'intimidation. Les gens, après cela, la bouclent, on ne les entend plus. Cela étant, je ne vois pas bien le lien logique qu'il y a entre cette proposition ("chaque être humain mérite compassion et respect") et cette autre selon laquelle il serait blâmable d'expulser des étrangers auteurs de crimes et délits. Ou alors il faudrait renoncer au code pénal dans son ensemble. On pourrait. Envoyer les voyous et les criminels en prison, je trouve, c'est manquer singulièrement de respect à leur endroit. Et de compassion. Ce qu'il faudrait aussi scruter, c'est la baisse générale de niveau dans les Universités, dit le Visiteur. S'interroger aussi sur les causes.

1/24/2016

Voeu pie

C'est une jolie formule, dit l'Avocate: "Apprivoiser les écrans"*. Qui plus est, elle part d'un bon sentiment. On pense ici aux enfants. On voudrait empêcher que ceux-ci ne se transforment trop vite en zombis, ou si l'on préfère en esclaves pavloviens. Et donc on dit aux parents: veillez à ce qu'ils ne restent pas trop longtemps seuls devant les écrans; faites-les parler, amenez-les un peu à raconter ce qu'ils ont vu; échangez, participez. Etc. De tels conseils sont raisonnables, on ne dira pas ici le contraire. Sauf, bien évidemment, que très peu de gens les suivent. Ils relèvent du voeu pie. Les psys isolent une situation donnée, les écrans et leurs utilisateurs, oubliant tout le reste, à commencer par les conditions de vie et de travail concrètes des gens. C'est par là, pourtant, qu'il faudrait commencer. Pour toutes sortes de raisons, professionnelles entre autres, les parents n'ont plus le temps aujourd'hui de s'occuper de leurs enfants. Ils demandent donc aux écrans de les remplacer : occupez-vous en, vous le ferez très bien. A partir de là, quel sens cela a-t-il "d'apprivoiser les écrans"? Soit les parents s'occupent de leurs enfants, en quel cas on n'a pas besoin d'écrans; soit ils ne s'en occupent pas, car ils n'en ont pas le temps : trop fatigués, stressés, passant eux-mêmes aussi beaucoup trop de temps devant les écrans, etc. Mais s'ils n'en ont pas le temps, ils n'en auront pas non plus pour "apprivoiser les écrans".

*Serge Tisseron, 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, érès, 2013.








1/20/2016

La vérité effective de la chose

Ce matin je suis allée au culte, dit l'Etudiante: un endroit non loin de chez moi. L'officiant était une femme. Au début du culte, il y a eu un baptême, une petite fille dans les bras de sa mère. Quatre femmes ont participé à ce baptême: l'officiante, la mère, la marraine, enfin une femme qui soit était la deuxième marraine, soit autre chose encore que je n'ai pas identifié: une copine peut-être. En tout état de cause, aucun participant homme: ni père, ni parrain. Il est souvent aujourd'hui question, comme vous le savez, des pères absents. Là, très clairement, le père était absent. Père absent, car, peut-être aussi, père anonyme. Ou décédé. Mais je ne crois pas trop. Plutôt non invité. Désinvité, dira-t-on. Pas non plus de parrain. Pourquoi faire. C'était une cérémonie entre femmes et pour les femmes. Je dis ce que j'ai vu. Ensuite le culte. Il y a d'abord eu une lecture de textes. Deux femmes se sont relayées au micro, deux paroissiennes. La femme pasteur a prononcé ensuite une homélie. Personnellement, je me fiche pas mal de la parité, je laisse ces trois syllabes à l'Epouse, à la Cheffe et à la Rapace. Elles en vivent, je ne vais pas leur ôter le pain de la bouche. Mais la vérité effective de la chose, comme le disait magnifiquement Machiavel, me réjouit toujours. Ce n'est pas sans lien avec les événements récents en Allemagne, dit l'Ethnologue. La gynécocratie occidentale d'un côté, le Rape Jihad de l'autre: c'est ça aujourd'hui, le choc des civilisations*.

* Voir "La moitié", 23 février 2015.





1/08/2016

Failles

Ce gouvernement manque de fermeté, dit la Poire. Je n'irais pas jusqu'à parler de laxisme, mais clairement il y a eu des failles. Normalement, ce qui s'est passé n'aurait pas dû se passer. La police ne fait pas vraiment son travail. Il n'y a eu aucune faille, dit l'Ethnologue. Vous dites que la police ne fait pas vraiment son travail. Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'est son travail. Son travail, comme je ne cesse de vous le répéter (mais vous n'écoutez pas), n'est en aucune manière de combattre le terrorisme. Si c'était le cas, vous pourriez effectivement parler comme vous le faites. Mais, justement, ce n'est pas  le cas. Il vous faut changer de logiciel. Quelle est aujourd'hui la mission première de la police: sa mission première, et à vrai dire exclusive (elle n'en a pas d'autre), ce qui la mobilise à cent, que dis-je: à cent cinquante pour cent? Elle se résume en ces mots: veiller à ce que rien ni personne ne fasse obstacle au processus en cours d'… de l'…,  processus planifié de longue date et qui entre aujourd'hui dans sa phase terminale. A cette fin, repérer les éventuels opposants, les mettre hors d'état de nuire. En ce sens, la police fait très bien son travail, très bien et très correctement. Il n'y a aucune faille. Même en Corse, dit le Collégien? Me semble-t-il, il y a quand même eu là-bas quelques failles. La Corse n'est pas vraiment la France, dit l'Ethnologue. On en reparlera, si tu veux.




1/06/2016

Théorème

J'en reviens au théorème de Clausewitz, dit le Visiteur. Clausewitz dit que c'est la défense qui est à l'origine de la guerre, non l'attaque. C'est toujours, en effet, le défenseur qui décide s'il y aura ou non une guerre. Car soit il se défend, en quel cas, effectivement, il y aura la guerre, soit il renonce à se défendre, en quel cas, au contraire, on échappe à la guerre. "Un conquérant est toujours ami de la paix", dit Clausewitz*. Et de fait, beaucoup de conquêtes sont pacifiques. On cite même des cas, rares il est vrai, où l'armée du défenseur va jusqu'à prêter main forte à l'envahisseur (l'aidant, par exemple, à franchir un bras de mer). C'est rare, mais cela arrive. Bref, le véritable fauteur de guerre, ce n'est jamais l'agresseur, celui convoitant le territoire d'autrui pour s'y installer et le piller, y importer ses propres us et coutumes, en chasser ou tuer les habitants, violer aussi leurs femmes, mais bien celui s'opposant à l'agresseur, lui résistant les armes à la main. C'est lui qui est à blâmer. Au passage, relevons que si la soumission est ce qui permet d'échapper à la guerre, l'inverse est vrai aussi: la guerre est ce qui permet d'échapper à la soumission. Ces remarques ont une portée générale, mais concernent en particulier la guerre civile. Beaucoup craignent la guerre civile, et donc font profil bas, laissent les choses se faire. Ils suivent les consignes des dirigeants leur prêchant la reddition. D'autres, en revanche, non: ils ne se rendent pas. Le risque de guerre civile, aujourd'hui, il est là. C'est très préoccupant.

* De la Guerre, VI, 5.