9/26/2013

Ce qu'ils pensent

Autre thème abordé*, l'absence, en Russie, de démocratie, dit l'Auditrice. Comme si, en France, on était en démocratie. C'est ce qu'ils pensent, dit le Collégien. Ils le pensent sincèrement. Ils pensent  sincèrement qu'en France, on est en démocratie. Si, si, je vous assure. En France, on ne serait pas en démocratie, dit la Poire? Comment peut-on dire des choses pareilles? Je vous emmène faire un tour à la 17e chambre correctionnelle, dit l'Avocate. Vous verrez comment, en France, fonctionne la démocratie. Toutes les libertés ont leurs limites, dit la Poire. On ne saurait tolérer l'intolérable. C'est ce que pense aussi Poutine, dit l'Avocate. Je vous le signale. Lui aussi pose des limites. Sauf que ce ne sont pas les mêmes. Vous êtes de mauvaise foi, dit la Poire. On ne peut pas discuter avec vous. Je me borne à vous montrer la réalité, dit l'Avocate: la réalité de la chose, comme disait Machiavel. En France, le pouvoir est issu du suffrage universel, dit la Poire. C'est le peuple qui décide. Expliquez-moi alors comment il se fait que deux partis ayant attiré les faveurs de plus d'un électeur sur quatre ne soient représentés à l'Assemblée nationale que par 4 députés (quatre), alors qu'un autre, ayant recueilli 29,2 % des voix exprimées, soit 16,4 % des électeurs inscrits, en rassemble, lui, 278, dit l'Avocate**.

* France Culture, 24 septembre 2013.
** Le Monde, 19 juin 2012.

9/25/2013

Faites ce que je dis

Hier matin, sur France Culture, il était question de la Russie, dit l'Auditrice*. En quels termes, vous l'imaginez sans peine. Rien que de très neutre et objectif. Un des journalistes, à un moment donné, s'est exprimé sur les photos officielles de Poutine, celles, en particulier, où on le voit faire du sport. Selon lui (ou plutôt elle, c'était une femme), tous les Russes aiment la force. Pas seulement quelques-uns: tous. Elle en donne ensuite les raisons supposées. Le lendemain même, sur la même chaîne, même tranche horaire, un autre journaliste dit qu'il est criminel d'"essentialiser" le débat sur les Roms**. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

* France Culture, 24 septembre 2013.
** France Culture, 25 septembre 2013.

9/18/2013

Synthèse

L'autodéfense inclut en son concept quantité de choses très différentes, dit l'Ethnologue. On peut d'abord l'entendre au sens strict. Mettons, pure hypothèse, qu'on te cambriole et que tu réussisses, je ne sais trop comment d'ailleurs, à maîtriser ton cambrioleur. Tu appelles la police, qui bien entendu te met en garde à vue, car, faut-il le rappeler, séquestrer un cambrioleur est un délit grave. L'Etat de droit ne saurait l'admettre. Tu seras ensuite convoqué devant un juge, qui, pour l'exemple, t'infligera une peine ferme. Je ne raconte pas des choses en l'air, c'est réellement ce qui s'est passé ici même, à Dope-City. Autre cas de figure, maintenant. Un certain nombre d'individus se livrent à leur passe-temps favori, la vente de drogues illicites (mais de fait tolérées). Soudain l'un d'eux s'effondre, une balle tirée depuis une fenêtre d'immeuble. On ne parle déjà plus ici de la même chose. Le sens initial s'est élargi. Comme le relevait hier le Cuisinier, le tireur n'a jamais été retrouvé. C'est très regrettable. Enfin, troisième cas de figure, celui décrit dans un film dont vous souvenez peut-être: La Nuit des juges*. C'est une synthèse des deux cas précédents. Un certain nombre de juges et de policiers, à l'exemple de Pénélope, entreprennent de défaire la nuit ce qu'ils font (et surtout laissent faire) le jour. De nombreuses victimes sont à déplorer. Chacun est libre de ses définitions.

*Peter Hyam, The Star Chamber (titre français: La Nuit des juges), 1984.

9/17/2013

Autre solution

La scène se passe à Coke-City, plus exactement encore dans le quartier du ... , dit le Cuisinier. C'était il y a une quinzaine d'années. Un coup de feu part d'une fenêtre d'immeuble, il vise un revendeur. Observons une minute de silence. Mais ce n'est rien encore. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tout avait disparu. Et quand je dis tout, c'est tout. Fini, terminé. Plus un seul revendeur à l'horizon. Ni bien sûr non plus de client. Les autorités ne s'en sont pas encore remises. Les pauvres, dit l'Etudiante. Comme je les plains. Et le tireur, demanda le Collégien: qu'est-il devenu? Hélas, il court toujours, dit le Cuisinier. Quelle tristesse, dit l'Avocate. Je ne saurais dire à quel point cela me fend le cœur. Et moi donc, dit l'Auditrice. Comme vous le savez, je suis très attachée à l'Etat de droit. Tu dis que le coup de feu est parti d'une fenêtre d'immeuble, dit le Double? Je suggérerais donc, par mesure de sécurité, qu'on mure toutes les fenêtres d'immeuble. Pas seulement d'ailleurs à Coke-City: partout. Il ne devrait plus y en avoir une seule de non murée. Autre solution envisageable, dit l'Ethnologue: la destruction de tous les immeubles existants.

9/09/2013

Globale

Tiens, des nouvelles de la Cheffe, dit l'Avocate. Elle vient de se retrouver un emploi. Comme la Cruche, au conseil des droits de l'homme de l'ONU, dit l'Etudiante? Non, pas du tout, dit l'Avocate. A l'Université de ... Elle y enseignera la "gouvernance globale". Reconnaissons-le, elle a une bonne expérience de ces choses, dit le Double. Il eût été dommage de ne pas en faire profiter les étudiants. De futurs chefs, dit le Cuisinier. Et surtout cheffes, dit l'Auditrice. Dame, elle en a connu du monde, dit l'Etudiante. Tenez, par exemple, le premier ministre du ... Oui, vous savez, ce type auquel le Conseil de l'Europe, à tort bien sûr, reprochait de parrainer un réseau de trafic d'armes, de drogue et d'organes humains. C'était en 2010. Deux ans plus tôt, juste après la proclamation de l'indépendance du ..., la Cheffe était venue lui serrer la main. C'est une femme de devoir, dit l'Auditrice. Même lorsque certaines choses lui répugnent profondément, elle se contraint à les faire. En plus, comme vous le savez, le ... héberge la plus grande base terrestre américaine au monde, dit le Cuisinier: ça aussi, ça compte. De quoi meubler ses cours, dit l'Auditrice.

9/04/2013

Effacer l'histoire

Le Monde faisait écho l'autre jour aux déclarations du directeur général des antiquités et des musées de Syrie, dit l'Etudiante. Il décrivait, devant des experts réunis à l'Unesco, les destructions et pillages sur les sites antiques de son pays: "C'est l'histoire du pays qui est en jeu, disait-il. La politique change, les gouvernements changent, mais l'histoire du pays ne change pas. On est là depuis des millénaires, je suis un [...] professionnel, je défends l'histoire de la Syrie"*. L'intervention américaine en Irak, il y a dix ans, avait déjà produit les mêmes effets. Quantité de sites archéologiques, à l'époque, avaient été vandalisés. D'innombrables pièces de musée avaient également disparu. Ils remettent ça, mais cette fois en Syrie. Il faut préciser l'enjeu, dit l'Avocate. Syrie, Irak, ces deux pays ont une très vieille histoire. C'est là, en fait, que commence l'histoire humaine. Un auteur l'a d'ailleurs dit il y a une cinquantaine d'années: "L'histoire commence à Sumer". Mais cela ne plaît peut-être pas à tout le monde. Cette guerre est aussi l'occasion de remettre les compteurs à zéro.  On efface tout et on recommence. C'est un des buts aussi de cette guerre. Elle a pour but d'effacer l'histoire. "Nous sommes là depuis des millénaires", dit cet homme. En soi il a raison, mais il lui faut maintenant parler au passé: nous étions. Une ère nouvelle commence, du passé faisons table rase. C'est bon aussi pour l'économie.

* Le Monde, 31 août 2013.

9/03/2013

Coopératifs

Détruire un certain nombre de pays ne leur suffit pas, dit l'Ethnologue. Ils veulent le chaos total, avec, si possible, de grands mouvements de populations: du Sud en direction du Nord, comme il se doit. En ligne de mire, bien sûr, l'Europe. C'est ça l'objectif*. Vers 2050, estiment-ils, il devrait être atteint. Dans cette démarche, ils peuvent compter sur leurs alliés habituels: la théocratie séoudienne, d'une part, mais aussi les islamistes turcs, certains réseaux djihadistes, les ..., etc. La Syrie, il est vrai, leur donne passablement de fil à retordre. Davantage, en tous cas, qu'ils ne le pensaient. Malgré un gros investissement militaire et logistique de leur part depuis maintenant plus de trois ans, ils n'arrivent toujours pas à régler le problème. Ils viennent par ailleurs de subir un échec en Egypte. Leur grand atout, en fait, ce sont les Européens eux-mêmes, et en particulier les Français. Ils ne pensaient pas que ces derniers se montreraient aussi coopératifs. Réellement ils sont surpris. En contrepartie, ils se heurtent aux Russes et aux Chinois. Les Russes, on le sait, ont une manière bien à eux de faire la guerre. Jusqu'ici ils n'ont fait que reculer. Mais rien ne dit qu'ils reculeront toujours.

* "Double veto", 15 février 2012.




9/02/2013

Si tu ne le fais pas

Ou je me trompe fort, ou il a peur, dit l'Etudiante. On ne comprendrait pas autrement ses valses-hésitations. Comme tu le sais, on commémore cette année-ci le cinquantième anniversaire de l'assassinat de JFK, dit le Colonel. Ceci explique peut-être cela. C'est-à-dire, dit l'Etudiante? Très probablement, il est hostile à cette guerre, dit le Colonel. Il n'est pas idiot, il sait sur quoi elle risque de déboucher. Par ailleurs, autant que je puisse en juger, c'est un honnête homme. Comme l'était d'ailleurs JFK. Simplement ce n'est pas lui qui décide*. Tu veux dire que..., dit l'Etudiante? Soit tu fais ce qu'on te dit de faire, soit tu ne le fais pas, dit le Colonel. Si tu ne le fais pas, tu sais à quoi tu t'exposes. Une expression allemande résume bien la situation, dit l'Avocate: "Entrer dans la zone des balles".

* "Pressentiment", 28 juillet 2013.

9/01/2013

Quoi par exemple?

Les gens en veulent décidément beaucoup aux Américains, dit l'Etudiante. Que ne raconte-t-on à leur sujet. C'est comme en 2001, dit l'Auditrice. A l'époque, déjà, on disait beaucoup de choses. Quoi par exemple, dit le Collégien? Oh, rien de particulier, dit l'Auditrice. Des bêtises. On disait que ... Comme si les Américains avaient besoin de prétextes pour faire ce qu'ils ont envie de faire, dit l'Etudiante. Ils le font, c'est tout. Ce qu'ils font n'a d'ailleurs rien d'immoral. C'est le mal qui est immoral, non le bien qui est le contraire du mal. Là, incontestablement, vous avez raison, dit la Poire. En plus, on a des preuves.