6/28/2018

Limiter

Le problème est celui des risques, dit le Colonel. Comment limiter les risques? Je me suis à plus d'une reprise déjà exprimé à ce sujet. Je n'y reviens pas. Un mot, quand même, à propos de l'Internet. C'est le professionnel ici qui s'exprime. Il faut être très bête et très stupide, d'une grande légèreté également, pour utiliser l'Internet quand on entreprend aujourd'hui un certain nombre de choses. On ne devrait jamais l'utiliser. Et quand je dis jamais c'est jamais. Partez de l'idée que tous vos mail sont lus, y compris ceux soi-disant cryptés (ces derniers surtout). Ensuite, si vous tenez absolument à être filé, tracé, localisé, continuez tranquillement, comme jusqu'ici, à utiliser votre portable. Vous ne serez jamais déçu. Autrement apprenez à vous en passer. Quand vous avez quelque chose de particulier à dire à quelqu'un, vous vous déplacez vous-même pour aller voir la personne (prenez le bus ou le train). Ou alors utilisez une boîte aux lettres morte, comme on le faisait autrefois. C'est un pied de nez à la modernité. Dans ce domaine comme en d'autres, il est parfois utile, que dis-je: vital, de se démoderniser. Vous disparaissez alors très largement des radars, devenez invisibles*. Pour le reste, ne gardez jamais rien d'important chez vous. Faites comme le faisait déjà Jean Valjean dans Les Misérables: les choses importantes, enterrez-les dans la nature. Pas n'importe comment, bien sûr. Mais enterrez-les. Etc.

* Cf. J.J. Luna, How to be invisible, St. Martins's Press, 2012.

6/08/2018

Avant même

Il y a, comme vous le savez, deux espèces très différentes de ..., dit le Visiteur: le ... ciblé, d'un côté, aveugle de l'autre. Les deux sont tout à fait condamnables. Mais le premier passe pour plus civilisé que le second: ce qu'il est dans une certaine mesure, puisqu'il épargne des innocents (c'est le thème d'une pièce de Camus: Les Justes). Mais il demande aussi plus d'investissements: en temps, en argent,  en vérifications diverses, etc. Parallèlement aussi, il expose à plus de périls. C'est souvent l'oeuvre de résistants, d'opposants au régime, etc. La police n'a pas trop de peine à prévenir de tels actes. Avant même, bien souvent, que leurs auteurs aient seulement commencé d'y penser, l'Etat de droit débarque déjà avec ses robocops. Vous voulez dire quoi par là, dit la Poire? Rien de particulier, dit le Visiteur. Ne vous affolez pas. Les services spéciaux, il faut en convenir, ont un peu plus de mal avec le ... aveugle, dit l'Avocate. Là, ils arrivent régulièrement en retard. Etrange. Les services spéciaux ont bien d'autres tâches à accomplir que d'organiser eux-mêmes des attentats, dit la Poire: si c'est ça que vous voulez dire. Même pour terroriser la population. On devrait écrire une suite aux Justes, dit l'Ecolière: ne trouvez-vous pas? Non pas les Injustes, mais les Hyper-justes. Les Justes encore plus justes que les autres. Allez, on s'y met.







6/06/2018

Bien-aimés

Ce n'était, à l'origine, qu'une petite scène ouverte, comme il en existe un certain nombre d'autres en ..., dit l'Auditrice: une petite zone de non-droit. Mais avec les années elle s'est étendue à la ville dans son ensemble*. Juste une remarque. Te viendrait-il seulement à l'esprit de dire que cette scène ouverte serait une suite normale et logique de l'actuelle politique d'..., celle voulue et mise en oeuvre depuis bon nombre d'années par nos dirigeants bien-aimés? Allons même plus loin: un très bon abrégé: Dope-City comme métonymie? Tu le penses, peut-être. Mais le dire? Les gens ont une famille, un emploi, etc. Bref, ils enfouissent tout cela en eux. Sauf que les dirigeants eux-mêmes sont parfois amenés à dire ce qu'ils interdisent aux autres de dire. Pas directement, certes, mais indirectement. Par exemple: "Si vous critiquez cette scène ouverte, c'est nécessairement aussi que vous nourrissez de coupables pensées à l'endroit de nos petits chéris: nos sacro-saints petits chéris. Autrement, vous ne le feriez pas. Vous êtes des ..., de sales ..." Ont-ils complètement tort en le disant? Ce n'est peut-être pas le plus important. L'important, c'est que, lorsqu'ils le disent, ils disent aussi ce qu'il est par ailleurs interdit de dire. Non pas, il est vrai: "je les nourris", mais: "un tel (qu'ils désignent rituellement à la vindicte publique) le fait". On ne savait pas que cela existait, que dis-je: pouvait seulement exister. Maintenant hélas, oui, on le sait. C'est très préoccupant.

* Cf. "On ne le voit plus", 10 mai 2009.

6/01/2018

Tu verras

Petit résumé, dit le Nourrisson. Cet élu est sous enquête depuis maintenant près d'un an. Motif (je cite): "obtention d'avantages indus". On ignore s'il y a eu ou non des contreparties, certains pensent que non. Et si oui, lesquelles. C'est sa propre police à lui, celle placée sous ses ordres, qui est chargée de l'enquête. Tu me diras que c'est impossible. Comme c'est la réalité, c'est forcément aussi possible. Jusqu'au mois dernier, personne n'était au courant de rien. Black-out total. Ils attendaient que les élections soient passées. Les élections sont maintenant passées, et donc les choses sortent. Mais ils s'en fichent. Comme quoi, quand ils le veulent bien, ils sont tout à fait capables de respecter le secret de fonction, dit l'Avocate. Tu découvres la vie, mon bébé: c'est bien. Tu verras, le monde est plein d'autres merveilles significatives de ce genre. Hier, c'était leur prestation de serment à la ..., dit le Nourrisson. Ils étaient tous là, je te tiens, tu me tiens, etc. Cérémonie sous haute surveillance, des flics partout. A la fin, ils ont chanté le... C'est ce qu'on appelle une république ..., dit l'Avocate. Retiens bien l'expression. Et tout cela au grand jour, dit le Nourrisson. Ils ne prennent même plus la peine de se cacher. Pourquoi en prendraient-ils la peine, dit l'Avocate? Pour qu'ils y songent seulement, il faudrait qu'ils risquent quelque chose. Dis-moi un peu ce qu'ils risquent.