5/21/2017

En marche (3)

Le modèle, en l'occurrence, ce sont les révolutions orange, dit le Colonel. Les révolutions orange sont des produits finis, en règle générale livrés clés en mains. On en a ici une illustration. Les exécutants suivent un mode d'emploi, il est relativement simple. Mais je parle ici des exécutants. Derrière les exécutants, il y a les ... .... Et derrière encore, les dirigeants. Ces derniers n'apparaissent que rarement sur le devant de la scène. Quant aux ... ... (en l'occurrence, sans doute, allemands et états-uniens), ils appliquent la règle sacro-sainte de l'action subversive: jamais d'action directe. D'où le recours usuel à des organisations-façade: associations culturelles, ONG, agences de voyage, etc. En marche n'est bien sûr pas une agence de voyage. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Les révolutions orange, on le sait, ont été le principal vecteur de l'extension, à l'Est, de la sphère d'influence occidentale. La France étant depuis longtemps intégrée au camp occidental (celui, n'est-ce pas, de la paix, de l'ouverture, de la démocratie), on ne parlera évidemment pas ici d'extension. L'extension est déjà là. Sauf qu'il faut encore s'occuper des finitions: en matière d'ouverture, notamment. Les choses ne vont pas assez vite dans ce domaine. Les dirigeants s'inquiètent également d'un certain nombre de contre-tendances. Les laisser ainsi se développer, comme on le fait, n'est pas acceptable. C'est cela même qui est en cause.







5/04/2017

En marche (2)

L'ère des princes-esclaves* est aujourd'hui close, dit le Visiteur. Un nouveau régime se met en  place, celui de l'administration directe (Direct Rule). C'est le sens de l'élection actuelle. En même temps, on est passé à la vitesse supérieure. D'ici cinq ans au plus, un certain nombre de choses devront être réglées. On est au-delà ici de la droite et de la gauche. C'était déjà le cas auparavant, mais maintenant c'est officiel. Il reste un peu de gauche encore à l'extrême gauche (et à l'extrême droite), de droite à l'extrême droite (et à l'extrême gauche). Mais un peu seulement. Ce sont de vieilles choses, reléguées, encore une fois, à la marge. Avec le temps, elles disparaîtront. Des législatives sont prévues pour le mois prochain: on peut raisonnablement penser que ce seront les dernières. Des élections, pourquoi faire? En marche n'est pas exactement déjà le parti unique, mais il a tout à fait vocation à le devenir. Le dialogue démocratique se limitera dès lors à des échanges entre les diverses nuances de l'ultra-féminisme, du transhumanisme et de l'...philie. Pourquoi non. Ces nouveaux clivages orientent un espace qui, sans eux, n'offrirait assurément pas les mêmes avantages en termes, à la fois, de gouvernance, de contrôle social et d'optimisation des flux. Les entités qui ont conçu et monté cette opération ont, jusqu'ici au moins, réussi un sans-faute.

* Voir "Quelque part", 7 février 2013.






4/29/2017

En marche (1)

Un nouveau parti a vu le jour, dit le Visiteur: En marche. On se demande parfois quel est son programme. Et même, en a-t-il un? En fait, oui: marcher, justement. En 1939, Hermann Rauschning publia un livre intitulé La révolution du nihilisme, livre en lequel il qualifiait le nazisme de "révolution sans doctrine". "Le révolutionnaire (...) adhère au changement, quelle qu'en soit la direction. Car le changement même implique, pour lui, renouveau et sens de la vie"*. On est évidemment très loin d'En marche. Nous sommes une colonne en marche, et donc les marchés s'ouvrent: rien que du bonheur. Les marchés s'ouvrent, remettons-nous donc en marche. Il faut abolir les frontières. Pourquoi les abolir? Parce qu'elles font obstacle aux marchés qui s'ouvrent. Marchons donc pour maintenir lesdits marchés en état de marche: ces mêmes marchés qui nous permettront ensuite de nous remettre à marcher. Pour aller où? "Le révolutionnaire adhère au changement, quelle qu'en soit la direction". Autant dire que la marche est à elle-même sa propre fin, sa propre raison d'être. Il en va de même du marché (mais, on l'aura compris, c'est la même chose). On pourrait aussi parler de mobilisation. Tous se mettent en marche, autrement dit se mobilisent. Les médias officiels, entre autres, mais aussi la justice. Il y a une expression pour cela: Die totale Mobilmachung.

* Hermann Rauschning, La révolution du nihilisme, Gallimard, 1939, p. 78.


4/26/2017

En action

OGM, multinationales, banques, délocalisations, genre, jungles, savent-ils seulement ce qui les attend, dit le Collégien? On appelle cela un angle mort, dit l'Ethnologue. Les gens ne voient que ce qu'ils veulent bien voir. C'est le cerveau qui trie. Enfin, ce qu'ils appellent le cerveau. Quand on pense à ce que ce type représente, dit le Collégien: quels intérêts. On est à l'ère du consumérisme, dit l'Ethnologue. Représente-toi un hypermarché. Quand tu achètes un gadget cancérigène, des vêtements à usage unique, du mobilier jetable, etc., qu'est-ce qui se passe? On ne peut pas comparer, dit le Collégien. Tu ne réponds pas à ma question, dit l'Ethnologue: qu'est-ce qui se passe? Je ne sais pas, dit le Collégien. Certains pourraient mettre le feu au magasin. Ce sont des mots, dit l'Ethnologue. Toi-même, tu ne crois pas à ce que tu dis. Que font les gens? Tout bonnement, ils recommencent. Ils dépensent même le double de la fois précédente, car les produits en question leur seront cette fois proposés en action. Il y a aussi les soldes. C'est ça la réalité.








4/23/2017

On le devient

Ce que les gens sont bêtes, dit l'Ecolière. A ce point-là, je le découvre. Ils ne se rendent compte de rien. On ne naît pas bête, on le devient, dit l'Avocate. C'est tout un apprentissage. Bien sûr aussi ils croient qu'on est en démocratie, dit l'Ecolière. Je ne vais pas te démentir, dit l'Avocate. Quelle alternative, dit l'Ecolière? Tu poses une question à laquelle, présentement, il n'est d'autre réponse qu'individuelle, dit l'Avocate. Il faut être modeste. Pense à toi-même d'abord. Présentement, tu ne peux rien faire d'autre. Aie le souci de toi. C'est à ce niveau-là qu'il y a des alternatives. Et demain, dit l'Ecolière? Les choses peuvent aller très vite, dit l'Avocate.

4/14/2017

Irresponsable

Il n'y a plus aucune limite, dit la Poire. J'ouvre la radio, et qu'est-ce que j'entends? Que Le Monde, je dis bien Le Monde, serait un "journal de caniveau"*. C'est la directrice de campagne d'un des candidats à l'élection présidentielle** qui s'exprimait ainsi: un "journal de caniveau". Comment peut-on dire des choses pareilles? Qui plus est, dans le contexte actuel? Réagissant au quart de tour, un des journalistes présents a déclaré d'une voix forte: Madame, ce que vous dites est ir-res-pon-sable: complètement ir-res-pon-sable. Irresponsable, c'est bien le mot qui s'impose. Chacun est libre de ses opinions. En revanche, il nous incombe à tous de faire preuve de responsabilité. Il y a, à l'évidence, des choses qu'on ne saurait s'autoriser à dire publiquement: sur les médias officiels, justement. On ne leur fait déjà plus tellement confiance, paraît-il. Leur crédibilité serait au plus bas. En rajouter encore à leur sujet serait donc irresponsable. Dans la foulée, la même irresponsable n'a pas hésité à dire que l'un des candidats en lice était le représentant de la "bulle financière". Comme si les banques et d'une manière générale le monde des affaires, les grands groupes industriels, avaient le moindre intérêt à peser sur une élection, même présidentielle, en favorisant des candidats à eux. C'est peut-être vrai, remarquez, mais là également ce ne sont pas des choses qui se disent. Pensez aux conséquences.

* France Info, 12 avril 2017, vers 20 h 30.
** Jean Lassalle.


4/02/2017

Se plaignent

J'entends souvent dire: les médias sont verrouillés, ils ne laissent rien filtrer, dit le Collégien. C'est peut-être vrai, je ne sais pas. Mais de temps à autre, quand même, certaines choses se disent. En fait, tout se dit. Par bribes et morceaux, certes, mais il est aisé, ensuite, de reconstituer le puzzle. Le cerveau humain est relativement bien outillé pour cela. La corruption. L'hyperclasse. Les princes-esclaves. Leurs mégabases de données enfouies dans des sous-sols de casernes. La justice indépendante en renfort. L'OMC. La concurrence obligatoire. La paupérisation à marche forcée. "Apprendre à vivre avec le terrorisme". Que sais-je encore. Tout cela est public. Bon, dit le Colonel: et alors? Les gens ne peuvent pas dire qu'ils ne savent pas, dit le Collégien. 2017 n'est pas 1789, dit le Colonel. Les gens, aujourd'hui, préfèrent ne pas prendre de risques. On peut les comprendre. Soit, dit le Collégien. Mais il ne faut pas ensuite qu'ils se plaignent. Parce que, d'après toi, ils se plaignent, dit le Colonel? Un peu quand même, dit le Collégien. Très peu, dit le Colonel. Enfin, à mon avis. Ce que j'appelle se plaindre. C'est vrai que quand on se plaint, on prend déjà des risques, dit le Collégien. Ce qui compte, ce n'est pas de prendre des risques, dit le Colonel. A quoi ça sert. Ce qui compte, c'est de faire les choses. On peut très bien les faire sans prendre de risques. Et je vais te dire: on les fait beaucoup mieux.



3/27/2017

A-t-on le droit

Ce qu'il y a de bien dans ce pays, c'est que la langue, assez souvent, leur fourche, dit l'Auditrice. On sait par là même aussi très vite à qui l'on a affaire. Madame dirige une émission qu'elle appelle littéraire. Et donc, l'autre jour, on l'entend dire : "A-t-on le droit d'écrire quand on a les idées de la droite populiste, pour ne pas dire pire ?"*. C'était peut-être prémédité, c'est possible. Mais je ne le pense pas. Le plus probable, c'est que c'est sorti comme ça: tout seul. Le retour du refoulé, quoi. Je me crois libérale, tolérante, je défends l'Autre avec un grand A, la société ouverte contre ses ennemis (Karl Popper), en fait, comme je le prouve, je suis prête à restaurer l'Inquisition ("pour ne pas dire pire"). Je déteste les ...,  les ..., mais allez savoir pourquoi, je fonctionne exactement comme eux. En fait non, pas "exactement" : beaucoup mieux encore, puisque je ne le sais pas. C'est toujours un plus, ça: ne pas le savoir. Ne pas savoir qui l'on est. La bonne conscience des gens de bien. Sauf, justement, comme maintenant, quand la langue me fourche. Car là, effectivement, je sais qui je suis. La réalité m'explose même à la figure. On pourrait aussi, à l'inverse, parler de projection. Je projette sur l'autre toutes sortes de choses horribles ("nauséabondes"), plus jamais ça, etc.: or, quand je me regarde un peu dans la glace, je me rends compte qu'elles résident surtout en moi : dans ma petite bulle boboïsée, n'est-ce pas. Mais j'ai désappris depuis longtemps à me regarder dans la glace.

* 15 mars 2017.

3/25/2017

Deux précautions

On dit en plus que ces élections ont été truquées, dit l'Ecolière. Bien sûr, je n'en crois rien. Est-ce seulement pensable. A cet endroit-là, surtout. Nos torrents, l'air pur des montagnes, etc. C'est l'arme ultime, dit l'Avocate: ultima ratio. Quand tout échoue, les affaires, le matraquage, les fake news, etc., on a encore cette possibilité-là: faire voter les morts, bourrer les urnes, etc. En l'occurrence, ce n'était pas exactement nécessaire. Mais tu connais les .... Dans leur genre, ils sont assez maniaques. En tout état de cause, deux précautions valent mieux qu'une. Comme en Autriche, l'an dernier, dit l'Ecolière? Par exemple, dit l'Avocate. Mais on pourrait aussi citer les primaires démocrates aux Etats-Unis. Et en ..., dit l'Ecolière? Ils truquent aussi les élections? Ca, on le verra dans quelques semaine, dit l'Avocate. Chaque chose en son temps. Pour l'instant, ils truquent les sondages, ça les occupe déjà beaucoup. Vous ne croyez pas aux sondages, dit la Poire? A quoi, alors, croyez-vous? C'est une bonne question, dit l'Avocate. A rien.

3/20/2017

D'abord nos félicitations

Autre contre-exemple, dit l'Auditrice: le triomphe, ici même, en ..., de la Belette, notre micro-Macron local. C'était hier dimanche, dernier jour de l'hiver. Il fallait lire, ce matin même, les articles du Journal, écouter l'Emission. Vive nous. La Belette remplace à son poste l'Intrus, dont les médias officiels, en toute indépendance, bien sûr, ont souvent eu à s'occuper ces derniers temps. A juste titre, d'ailleurs. Il y a quatre ans, trompant leur vigilance, cet ennemi du genre humain avait réussi à conquérir un siège au gouvernement. C'était la fin du parti unique. Bon, dirent les dirigeants, ça va pour une fois. On passe l'éponge. Mais à l'avenir, vous ferez un peu attention. Compris? Dans la foulée, certaines rédactions furent épurées. Je n'ai pas compté le nombre d'obus qu'ils tirèrent en plusieurs mois de campagne, mais cela en fait quand même un certain nombre. Qu'est-ce que tu veux faire, là-contre? Invitée d'honneur de l'Emission, la Belette, après avoir reçu les félicitations des journalistes ("d'abord nos félicitations"*), a énuméré ses prochaines priorités en tant que Belette: les Jeux Olympiques pour ...,  l'anglo-américain en option dès la maternelle, enfin, cerise sur le gâteau, une baisse de l'impôt sur les bénéfices des entreprises, afin d'améliorer leur "compétitivité". La mondialisation heureuse, quoi. Merci patron.

* Vers 7 h 30.




3/12/2017

Enseignement

On entend souvent dire que les médias dominants auraient fait leur temps, dit l'Auditrice. Voyez le Brexit, l'élection de Trump aux Etats-Unis (qu'ils essayèrent d'empêcher), certains scrutins populaires en Suisse, etc. Personne ne croit plus à ce qu'ils racontent. Leur propagande tourne de plus en plus à vide. Mais les contre-exemples ne manquent pas. Soit ce type. Tout le monde pensait que ce serait lui le prochain président. Lui-même, au demeurant, le croit encore (peut-être). Sauf que, dans la vie, on est amené à faire des choix. On ne peut pas vouloir tout et son contraire. Apparemment, il ne le savait pas. Par ses déclarations, au reste mesurées, sur la Russie*, l'..., etc., il s'est, sans doute sans le vouloir, mis à dos les dirigeants. On peut toujours le faire. Ce n'est pas en soi un problème. Mais il ne faut pas alors vouloir devenir président. C'est ou l'un ou l'autre. Les médias, en lien, il est vrai, étroit avec la justice, ancilla principis, ont donc été amenés à s'occuper de lui. Le résultat est là. Moi dont c'est le métier (en même temps que le très grand plaisir, comme vous le savez) d'écouter la radio, je puis en témoigner: ce fut, plusieurs semaines durant, en continu, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et cela continue. On ne résiste pas à ça. Les médias officiels restent donc une force avec laquelle on est obligé encore de compter. On les croyait morts, ils sont toujours bien vivants. Le grand enseignement de cette campagne, en fait, il est là.

* Le Monde, 21 septembre 2013, p. 9.












3/01/2017

Audiatur

Vous vous souvenez peut-être de ce ministre du budget, il y a quelques années, qui perdit son poste à la suite de révélations sur ses avoirs présumés à l'étranger, dit l'Ecolière. Je n'ai pour ma part, et pour cause, jamais encore fraudé le fisc. Mais quand je vois les gens d'en face, ceux, en particulier, qui lui font la leçon, je suis fortement portée à faire mienne la formule de Cicéron: audiatur et altera pars. Soit, dirait cet édile (bien sûr, j'invente), j'ai volé l'Etat. Je lui ai même soutiré pas mal d'argent. Et alors? Sur quoi se fonde-t-on pour dire que voler l'Etat serait immoral? Juste, je pose la question. C'est une question philosophique. On vous serine: l'argent public profite au bien commun. En tant qu'ancien ministre du budget, je ne peux que vous dire: c'est faux. Non seulement l'argent public ne profite en rien au bien commun, mais il sert à financer toutes sortes de choses qui, objectivement parlant, lui sont directement contraires. Vous ne me croyez pas? Comme vous voulez. Oui, je sais, j'aggrave encore mon cas. Non seulement je vole l'Etat, mais je le calomnie effroyablement. L'Etat voyeur, ficheur, lui-même aussi, bien sûr, voleur, manipulateur, ennemi de son propre peuple, j'espère n'avoir rien oublié. Ah si, bobo, collabo, etc. N'interprétez pas mal mes propos. Je ne vous dis pas de faire comme moi. Vous voyez les risques. Mais je repose ma question: en quoi voler l'Etat, serait-ce immoral? Ne pas le voler moral?

2/25/2017

Airs

Le plus drôle encore, c'est quand ils se mettent à parler de la justice, dit l'Ecolière. Les airs qu'ils prennent. "Je m'en remets à la justice de mon pays", dit ce mis en examen. T'en remettrais-tu, toi, à la justice de ton pays, si tu étais mise en examen? Et cet autre: "Il faut laisser la justice faire son travail". Quand on sait ce qu'est, en fait, la justice, comment, justement, elle travaille. Et le bouquet: "Le temps de la justice n'est pas le temps électoral". On dirait la Pasteure parlant de l'éternité. Toutes ces affaires qui éclatent à point nommé: rien à voir, naturellement, avec le temps électoral. Simple concomitance, n'est-ce pas. Ils ont trouvé ça par hasard dans leurs tiroirs. C'est un reste d'Ancien Régime, dit l'Avocate. Le juge peut très bien, s'il lui en prend le caprice, t'envoyer en prison pour plusieurs années. Il est seul à pouvoir le faire. Aucune autre autorité au sein de l'Etat ne l'a: pas même la police. C'est donc lui le vrai pouvoir. A partir de là, tu inventes: "l'indépendance de la justice", "l'impartialité des juges", etc. En même temps, comme tu le vois, les gens ne se laissent pas trop impressionner, dit l'Ecolière. Plus ils te mettent en examen, plus tu montes dans les sondages. La justice relève du sacré, dit l'Avocate: mais c'est le cas aussi de la victime émissaire. Elle aussi relève du sacré. Relis René Girard. Dans certaines sociétés, ils tuent le roi avant de le manger. Mais on peut aussi faire l'inverse: le manger d'abord, ensuite l'élire au poste de roi.


2/20/2017

Une trace

Je ne sais pas si tu as remarqué, dit l'Ecolière, mais cette affaire a démarré le 19 du mois dernier, la veille même de la prise de fonction du nouveau président états-unien. Etrange, non? Il s'est passé beaucoup de choses le 19 janvier, dit l'Avocate. Le 20 aussi, d'ailleurs. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence. L'ancien président était russophobe, mais aussi ...phile, dit l'Ecolière. Il en va différemment du nouveau. Lui, au contraire, est ...phobe, mais russophile. On dirait que, pour toi, ce sont les présidents qui prennent les décisions, dit l'Avocate. N'en avons-nous pas ici une preuve, dit l'Ecolière? Une preuve, non, dit l'Avocate. Je ne dirais pas. Juste un indice, si tu veux. Une trace. Comme toute trace, elle demande à être interprétée. Peut-être, au demeurant, a-t-elle été laissée volontairement. Va savoir. Cela complique l'interprétation. Comment savoir, dit l'Ecolière? Les présidents sont une chose, la police secrète d'Etat une autre, dit l'Avocate.




2/19/2017

Et après?

Dis, Maman, c'est quoi un juge corrompu, dit l'Ecolière? Un juge qui fait ce qu'on lui dit de faire, dit l'Avocate. Qu'est-ce qui se passe quand il ne fait pas ce qu'on lui dit de faire, dit l'Ecolière? Cela n'arrive jamais, dit l'Avocate. Supposons, dit l'Ecolière. Tu connais les dirigeants, dit l'Avocate.  Parfois je m'interroge, dit l'Ecolière. N'y a-t-il aucune limite à ce qu'ils se permettent ? Voyons que je réfléchisse, dit l'Avocate: non, je ne pense pas. Aucune. Pour autant, il ne faut pas céder au complotisme. Et s'ils se trompaient dans leurs calculs, dit l'Ecolière? Si tout cela finissait un jour par se retourner contre eux? C'est au moins envisageable. On vient de parler de la justice, dit l'Avocate. On pourrait aussi parler des médias dominants. Comme tu le sais, chez nous, la presse est libre. On ne sait pas non plus ce qu'est une information fausse. Tout est scrupuleusement vérifié, ce sont des gens d'une grande honnêteté. Jamais non plus de chasse à l'homme, ils ne se le permettraient pas. Et surtout, tout le monde a droit à la parole. Est-ce que j'ai répondu à ta question? Ah, j'oubliais: nous sommes en démocratie. C'est très important, ça. Bref, si je comprends bien, ce n'est même pas envisageable, dit l'Ecolière. Ce n'est pas comme ça que se pose le problème, dit l'Avocate. Si, bien sûr, c'est envisageable. Et après?



2/03/2017

Fiables

C'était ce matin même sur France Info*, dit l'Auditrice. Ils reçoivent le responsable de Décodex, un moteur de recherche spécialisé dans la chasse aux "fausses informations" sur Internet. Décodex est une création récente du Monde, référence, on le sait, incontournable en la matière. On distinguera ainsi entre les sites dits "fiables" et les autres "non fiables". Le site de France Info, par exemple, peut être considéré comme fiable. Dame, on est sur France Info. Tu ne voudrais quand même pas que ... D'autres, en revanche, non: ils ne sont pas fiables. L'heure tourne, on passe à autre chose. Ils reçoivent maintenant l'écrivain Marc Lambron, qui vient de publier son journal personnel de l'année 1997**. On retrouve ici Le Monde. C'est Lambron qui raconte. En 1997, il publie un roman intitulé: 1941***. La directrice  de l'époque du Monde des livres déclare alors: "Je vais me payer Lambron". On lui demande ce qui lui déplaît dans le livre. Réponse: "Je n'ai pas lu le livre". En 1997, certes, Décodex n'existait pas encore. Et à peine Internet. Mais la "démocratie post-factuelle", comme on dit aujourd'hui, apparemment oui. Pour ne rien dire de l'inusable bien-pensance: bien-pensance, en l'occurrence, institutionnelle. On relira dans ce contexte deux livres aujourd'hui encore très actuels: Le Monde tel qu'il est, de Michel Legris****, et Lettres enfin ouvertes au directeur du Monde, de Gilbert Comte*****.

* Vers 8 h 15.
** Quarante ans. Journal 1997, Grasset, 2017.
*** Grasset.
**** Plon, 1976.
***** Dualpha, 2002.

1/31/2017

Pas populaire

Bon, dit l'Auditrice: si le Journal disparaît, il y aura encore l'Emission. C'est un service public. Elle, au moins, ne fera pas faillite. Enfin, en principe. Jusqu'à preuve du contraire. Tiens, puisqu'on en parle. C'était aujourd'hui même, vers midi. Une de leurs sous-cheffes, je ne sais plus à propos de quoi, s'est référé au "retour des populismes". On avait comme l'impression, mais je me trompe peut-être, qu'elle n'aimait pas trop le populisme. Juste une impression. Or, quelques minutes à peine plus tard, évoquant la politique anti-... du nouveau président états-unien, politique, faut-il le préciser, dont elle pense le plus grand bien, la même personne a dit que cette politique n'était "pas populaire". Joli, non? On croit que propagandiste est un métier facile, dit l'Etudiante. Erreur. Cela exige au contraire de longues études. Un grand contrôle de soi également. Populisme est péjoratif, populaire, à l'inverse, mélioratif, dit l'Ecolière. Ceci explique peut-être cela. Soit, dit l'Auditrice. Mais le mot peuple, lui, il est quoi: péjoratif ou mélioratif? Cela dépend, dit le Logicien. S'il vote et/ou pense correctement, mélioratif, autrement évidemment non: péjoratif. C'est une nouvelle logique, dit l'Auditrice? Oui tout à fait, dit le Logicien. L'enseignement en a récemment été rendu obligatoire. On dépasse ici le principe de non-contradiction.




1/25/2017

Plaie

C'est un vrai souci, dit l'Etudiante. Ils n'arrivent toujours pas, deux cent ans ou presque après leur fondation, à équilibrer leurs comptes. Oui, je parle du Journal. Notre petite pravda locale, si tu préfères. Beaucoup voudraient maintenant que l'Etat leur vienne en aide. L'Etat les aide déjà beaucoup, mais cela reste insuffisant. Mesures-tu bien le vide qu'ils laisseraient si, d'aventure, ils disparaissaient? Oui, tout à fait, dit l'Auditrice. Il y a une dizaine de jours encore, ils publiaient trois pages sur le sort, il est vrai peu enviable, des Rohingyas, une minorité ... en Birmanie: trois pages sur les sept que compte ledit Journal (en oubliant l'économie, les cours de la bourse, ce qu'ils appellent la culture, et la publicité). L'éditorial en première page était intitulé : "Aung San Suu Kyi, tel Pie XII"*. Autrement dit, le sort actuel des Rohingyas serait comparable à celui des Juifs européens au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'...phobie est une plaie, dit la Poire. Il faut la combattre avec vigueur. Ils participent courageusement à ce combat civilisationnel. D'autant que leurs pages sont généralement équilibrées, dit l'Auditrice. On ne saurait dire le contraire. S'ils consacrent trois pages au sort des ... en Birmanie, ils parlent aussi beaucoup, comme vous le savez, de celui des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient. C'est un journal de qualité, dit la Poire. La qualité, forcément, a un prix.

* 6 janvier 2017.






1/14/2017

Très vite

Très vite après son élection, Trump a déclaré qu'il souhaitait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA, dit le Cuisinier. C'est vraiment bizarre comme demande. D'abord, est-on bien sûr que de telles guerres existent? Il faut se méfier des fausses rumeurs. Que n'a-t-on raconté, il y a une dizaine d'années, sur le rôle de la CIA dans l'apparition du djihad en Europe*? Ou encore, sur l'implication de cette même agence dans le trafic de drogue**? On ne prête, il est vrai, qu'aux riches. Mais il n'en faut pas moins garder son sang-froid. Ensuite, il prend des risques. Pensez à ce qui est arrivé, il y a une cinquantaine d'années, au président Kennedy. Lui aussi, à ce qu'il semble, voulait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA. Il y a là une leçon à méditer. Sauf (et c'est la grande nouveauté) que Trump n'est pas seul dans sa démarche: il est soutenu par les militaires. Plusieurs d'entre eux, et non des moindres, ont été promus à des postes-clés au sein de la nouvelle administration (dont celui de directeur du renseignement). Les militaires affirment ici leur prééminence. Qui de l'armée ou de la police secrète d'Etat finira par l'emporter dans ce bras de fer hors du commun, il est bien sûr encore trop tôt pour le dire. L'oligarchie retient son souffle.

* Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.
** Alfred Mc Coy, La politique de l'héroïne (l'implication de la CIA dans le trafic de drogue), Editions du Lézard, 1999.






1/08/2017

Déchetterie

Juste ceci*, dit l'Etudiante : pour cause de grippe aviaire, les autorités françaises ont décidé de tuer un million de canards: un million. Cette civilisation est devenue folle. La grippe aviaire, on sait bien quelle en est la cause: c'est l'élevage industriel, et derrière lui tout ce qui en favorise le développement (l'irrésistible développement, en fait) : l'OMC, l'Europe de Bruxelles, les 40 tonnes en colonnes par quatre sur les autoroutes, etc. En voilà la cause. Aujourd'hui, ils tuent les animaux, demain ils tueront les humains. Ils ont d'ailleurs déjà commencé le faire. Leur seul et unique souci (mais qui tourne aujourd'hui à l'obsession): produire toujours plus au moindre coût. L'argent, autrement dit. Or, comme chacun sait, ce qu'ils produisent est aussi de moins en moins bonne qualité. C'est du bric-à-brac, du déjà-jetable. Ca dure six mois, ensuite, très vite, ça part à la déchetterie: comme, justement, ce million de pauvres bêtes sacrifiées en holocauste (le mot vous indigne? allez, indignez-vous. Jetez-moi en prison). D'un côté, donc, la grippe aviaire, de l'autre la malbouffe, le stress au travail, le burnout, etc. Tout cela se tient, la boucle est bouclée. Pour rejoindre les plantes vertes de votre open space au quotidien, ce sera trois heures de train aller et trois heures retour. Et la multiplication des cancers. Et les droits de l'homme, de la femme, des singes, des robots maintenant. Quelle apogée.

* France Inter.