7/31/2016

L'autre non

Les gens se demandent s'il y aura une guerre civile, dit le Visiteur. En fait, la guerre civile, elle est là. Mais elle est unilatérale. Un des deux camps fait la guerre, l'autre non. Vous oubliez l'opération ..., dit la Poire. Tous ces soldats en armes déambulant dans la rue, les aéroports, etc. N'êtes-vous pas impressionné? Puisque vous m'y contraignez, je vais vous citer Clausewitz, dit le Visiteur: "La forme défensive de la guerre n'est (…) pas un simple bouclier, mais un bouclier formé de coups habilement donnés"*. Autrement dit, on ne se défend pas sans attaquer aussi un peu. Juste un peu. Mais un peu quand même. Quelques coups, mais "habilement donnés". Un simple bouclier ne suffit pas. Surtout quand il est plein de trous, comme c'est le cas en l'occurrence. Qu'est-ce que vous proposez donc, dit la Poire? Le président Poutine a dit récemment qu'il fallait aller chercher les … jusque dans les …, dit le Visiteur. Personnellement, je dirais qu'il faudrait aussi tirer la chaîne. Mais je ne fais qu'exprimer une opinion personnelle. Je ne suis pas un spécialiste. Le FNLC corse a récemment aussi lancé une proposition dans ce domaine**. C'est une proposition parmi d'autres. On pourrait enfin citer les Israéliens. Eux, je pense, ont compris de quoi se défendre était le nom. Juste se défendre. A partir de là, chacun décide. Mais on ne peut pas faire dire aux mots n'importe quoi.

* De la guerre, VI, 1.
** Le Figaro, 29 juillet 2016, p. 4.


7/30/2016

Moins désormais

L'erreur des conquérants, classique, est de céder à l'impatience, dit le Visiteur. Ils veulent tout et tout de suite. Ils vont trop vite, se compliquant ainsi à eux-mêmes la tâche. Car il ne faut jamais brûler les étapes. Ni non plus bien sûr se démasquer prématurément. L'écrasante majorité des Européens, ces dernières années, s'étaient peu ou prou faits à l'idée de leur propre disparition prochaine en tant que culture. Ils s'y étaient résignés. Ils avaient, en ce sens, complètement intériorisé le discours officiel, celui des princes-esclaves européens* et de leurs relais dans l'espace techno-médiatique. Ouf, se disaient lesdits princes-esclaves. Mission accomplie. Sauf que les récents attentats ont sinon rebattu les cartes, du moins relancé la partie. Tout paraissait simple, ce l'est un peu moins désormais. Les gens sont peut-être indifférents à leur héritage civilisationnel. En revanche, comme tous les êtres vivants, ils sont animés d'un certain instinct de survie: individuel, certes. Mais réel. Ils n'ont pas, par exemple, tellement envie de finir comme le P. Hamel dans son église de Normandie, la gorge tranchée. Pour ne rien dire des clients du Bataclan, en novembre dernier, retrouvés morts avec les testicules dans la bouche. C'est nouveau comme prise de conscience. On ne sait au juste à quoi elle conduira (si elle conduit à quelque chose). Mais le temps d'adaptation à l'ordre nouveau risque de s'en trouver singulièrement allongé.

*Voir "Quelque part", 2 juillet 2013; "Risques", 5 septembre 2015.


7/19/2016

Viens les prendre

C'est ce qui ne se passerait pas, je pense, en Suisse, dit l'Avocate. Enfin, je pense. Non, je ne parle pas de ce faux coup d'Etat manqué. Je parle de l'autre, du vrai: lui tout à fait réussi, en revanche. A ce qu'on raconte, les arrestations se comptent par dizaines de milliers. Et pourquoi donc, dit l'Ecolière? Parce qu'en Suisse, les gens sont armés, dit l'Avocate. C'est le principe du citoyen-soldat. Les gens possèdent à peu près tous une arme à domicile. Les coups de filet au petit matin, même sur la base de listes préétablies, deviennent, dès lors, plus délicats. Si tu vois ce que je veux dire. On peut les leur confisquer, dit l'Ecolière. Il y a même, si je ne me trompe, une directive de Bruxelles à ce sujet. Les ministres suisses, comme tu sais, obéissent toujours scrupuleusement aux ordres de Bruxelles. Viens les prendre, dit l'Avocate.

7/18/2016

Apparu

Tiens, si l'on jouait au coup d'Etat, dit le Collégien? Très bonne idée, dit l'Ecolière. Voyons donc. "L'..., les traits tirés, est apparu ce matin à la télévision". Après un coup d'Etat, même manqué, il faut toujours avoir les traits tirés. Rappelle-toi, au cas. Ensuite tu prononces ces mots ailés: "Il faut accélérer la mobilisation". C'est ce qu'ils disent tous*, tu répètes. A partir de là, tu ouvres les hostilités. Première mesure, une large amnistie, qui fera que les prisons seront un peu moins pleines qu'elles ne le sont aujourd'hui. Je pense en particulier aux criminels multirécidivistes. Evidemment cela produira du chaos, mais justement c'est le but. Dois-je le préciser, tu ne vas pas le crier sur les toits. Et d'une. La garde nationale, ensuite. Elle sera réactivée, avec pour mission prioritaire la protection des sites les plus menacés: mosquées salafistes, zones de non droit, etc. Et de deux. Accessoirement, Françaises, Français, un couvre-feu est décrété, il s'étend à l'ensemble du territoire, je dis bien l'ensemble: hormis, bien sûr, le 93, plus un petit millier d'autres endroits dits sensibles. Mais ce n'est pas la peine d'en parler. Tertio, un impôt exceptionnel de 50 % sera perçu sur le capital, afin de permettre à la République d'honorer ses engagements internationaux en matière d'accueil de migrants. Juste cette année, bien sûr. L'an prochain, ce sera 75 %. C'est la dernière ligne droite. Tu oublies l'état d'urgence, dit le Collégien. Au regard  des menaces actuelles pesant sur le droit et la liberté des citoyens, il y aurait lieu peut-être de le prolonger. De combien, d'après toi? Je ne sais pas, dit l'Ecolière. De vingt-cinq ans, peut-être? Plus, dit le Collégien. Cinquante. Que dirais-tu aussi d'une purge? Soit, dit l'Ecolière. Des listes préétablies de noms existent déjà, tu les trouveras au fond du tiroir.

* France Inter, 15 juillet 2016.