3/09/2016

Anormal

Scène de vie à Dope-City, dit l'Etudiante. Il est 19 h 30, j'entre dans le RER, compartiment de première classe. En journée, c'est relativement calme, on peut y lire tranquillement. Le soir, c'est différent. Les contrôleurs passent aux heures de bureau, ensuite ils disparaissent, on ne les voit plus. Les resquilleurs n'ont donc pas à se gêner, ils sont chez eux chez nous. Ils débarquent avec leur musique, mettent les pieds sur les sièges, vous connaissez ça par coeur. En règle générale, les gens se taisent, c'est certainement mieux pour eux. Là, pour une fois, quelqu'un a protesté, une dame. Elle avait payé sa place, trouvait donc anormal d'avoir à rester debout alors que d'autres, qui n'avaient pas payé, occupaient tout l'espace. Ce n'est pas normal, geignait-elle. Je vais écrire aux autorités. C'était la journée de la femme. Je ne lui ai pas dit ce que je pensais, mais je vais le faire ici. On est en guerre, Madame. Jusqu'ici, peut-être, vous ne vous en rendiez pas compte, maintenant vous le savez. De quelle planète débarquez-vous? Vous dites que vous allez écrire aux autorités. Avant d'écrire aux autorités, commencez par vous poser quelques questions. Cet état de choses n'est pas né de rien. Vous le jugez anormal, d'autres, au contraire, le trouvent tout à fait normal: les autorités, justement. Et non seulement cela, mais cet état de choses, elles l'ont elles-mêmes voulu: voulu et programmé. Il est leur oeuvre propre. Après, c'est vous qui décidez. Ecrivez-leur si ça vous chante. Moi, je fais autre chose.