6/04/2017

Elites

Tiens, écoute, dit l'Avocate. On est en 1942. Juste cette phrase: "Car c'est une révolution, la plus grande de son histoire, que la France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés, a commencé d'accomplir"*. Intéressant, non? C'est un discours de de Gaulle. Evidemment, 75 ans plus tard, cela ne nous parle plus tellement. "La France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés": qu'est-ce que ce charabia? Et la révolution, dit le Collégien: imagine-t-on seulement aujourd'hui les gens faire la révolution? C'est vrai, dit l'Avocate. Qui se hasarderait seulement à en parler? C'est pourtant bien ce que tu fais, dit le Collégien. C'est vrai encore, dit l'Avocate. Mais en même temps tu as raison: ce qu'il faudrait faire, on ne peut pas le faire. Alors pourquoi en parler, dit le Collégien? Il est important de savoir ce qu'il faudrait faire, dit l'Avocate. Mais on ne peut pas le faire, dit le Collégien. Les deux choses sont importantes, dit l'Avocate: savoir ce qu'il faudrait faire, d'une part, qu'on ne peut pas le faire de l'autre. Bref, on ne peut rien faire, dit le Collégien. On est à l'époque de Néron, dit l'Avocate. Que faisait-on à l'époque de Néron? On se repliait sur la sphère privée. Fais la même chose. Replie-toi sur la sphère privée. Pense à toi d'abord: à toi et à ta santé. Ecoute les conseils du Colonel. Lis, promène-toi. Pour l'instant au moins, il n'y a rien d'autre à faire.

* Discours du 1er avril 1942, à Londres.