4/15/2024
A l'hôpital
Autre exemple, dit le Double. Je ne sais pas si tu as vu le documentaire de Daniel Künzli, Totalitarisme helvétique (2023). Non? C'est normal, il n'est pas distribué en salle. Qu'il ne le soit pas est aussi très normal: il traite des violences policières en Suisse pendant la période du Covid. On n'imaginerait donc pas qu'ils doit distribué en salle. On peut parler de tout en Suisse, mais chacun comprendra en même temps qu'il y a des limites. Et donc les projections ne sont que ponctuelles: tel soir à tel endroit, parfois aussi dans des structures alternatives, etc. Ce n'est pas plus mal. Le film donne donc la parole aux victimes, elles décrivent dans le détail ce qu'elles ont subi concrètement: coups et blessures volontaires, passages à tabac en règle, gaz toxiques, etc. Parfois cela s'est terminé à l'hôpital. Peronne, bien sûr, n'en a jamais parlé. Certaines de ces victimes ont déposé plainte: plaintes qui soit ont été classées sans suite, autrement dit la justice ne s'est même pas donné la peine de les instruire, soit ont été rejetées. On voit effectivement mal, dans ces conditions, comment le film en question aurait pu être distribué dans les salles. Non content, en effet, de critiquer la police, il critique la justice. Ce qu'il montre, en réalité, c'est que les juges sont soumis aux mêmes règles exactement que les policiers: ils font ce qu'on leur dit de faire. Ils veillent en particulier à protéger les hommes et femmes politiques contre ceux qui les traitent d'incapables, voire simplement opinent du chef quand ils l'entendent dire. Ces choses-là évidemment sont connues, mais le mythe de la justice indépendante en prend quand même un coup. D'où le titre du film: Totalitarisme helvétique. L'absence de toute protection contre l'arbitraire des autorités entre en effet dans la définition même du totalitarisme.