12/19/2024

Vindicte

C'est une de tes consoeurs, dit l'Auditrice. Elle était interviewée tout à l'heure sur ... Elle parlait de ces ... qui, surfant sur la vindicte publique, en viennent aujourd'hui à réclamer des têtes. Ils pourraient très bien, l'occasion aidant, se transformer eux-mêmes en ..., disait-elle. Ils en ont tout à fait le profil. Oups! Des semaines durant, tout au long de ce procès-spectacle, les journalistes avaient délayé sur les stéréotypes de genre, la domination patriarcale, les violences sexistes et sexuelles, etc. Et voilà qu'on leur dit que cela fonctionne aussi dans l'autre sens. Ils n'y avaient pas pensé. Eux-mêmes, bien sûr, sont au-dessus de tout soupçon. On voit mal a priori quel lien il pourrait y avoir entre les médias officiels, d'une part, la vindicte publique de l'autre. Ce sont deux choses différentes. Bref, les contraires passent l'un dans l'autre. C'est l'éternel retour du même. C'est plus compliqué, dit l'Avocate. On ne va pas ici comparer les propagandistes du matriarcat à ceux du patriarcat. Mais on peut quand même faire une remarque. Ce n'est pas l'éternel retour du même, c'est le même, mais en mieux encore. Le même se retourne effectivement sur lui-même, mais pour devenir encore plus lui-même qu'il ne l'était auparavant: donc, en fait, autre. Ces campagnes de dénonciation en sont la preuve. Comme dans la parabole de la paille et de la poutre, dit l'Ecolière? D'un côté la paille, de l'autre la poutre? Par exemple, dit l'Avocate. Mais on pourrait aller plus loin encore. Ils projettent sur d'autres, ceux d'en face, leurs propres pulsions mortifères. Vous allez voir, dit le Nourrisson: ils vont bientôt créer un délit de référence à Freud et à ses écrits. Le simple fait de les citer te vaudra un stage de rééducation.

12/14/2024

Par principe

En Algérie, comme tu le sais, ils viennent d'arrêter un écrivain, dit le Visiteur: il s'appelle Boualem Sansal et il a été arrêté pour "atteinte à l'intégrité du territoire national". En Suisse aussi, il y a quelque temps, on a coffré un écrivain, mais pas pour atteinte à l'intégrité du territoire national: pour infraction aux nouvelles lois LGBT. Ce qui est intéressant ce n'est pas qu'en Suisse comme en Algérie, ils mettent les écrivains en prison: ce qui est intéressant ce sont les réactions à ce sujet. En Algérie, un journal a écrit: "Une vérité fondamentale doit primer: aucun écrivain ne devrait être emprisonné pour ses mots ou ses idées. Le cas Boualem Sansal pose une question universelle et esentielle: celle de la liberté d'exprimer, de critiquer, de remettre en cause. Soutenir Sansal, c'est défendre le droit de penser et de créer librement, un fondement indispensable à toute société démocratique et équitable" (cité in Courrier international, No 1779 du 5 au 11 décembre 2024, p. 7). Voilà ce qu'on a pu lire dans ce journal. A ma connaissance, il ne s'est trouvé aucun journaliste en Suisse pour dire qu'il était inacceptable d'emprisonner un écrivain pour ses mots ou ses idées. Soit les médias suisses ont donné l'info sans la commenter, soit, carrément, ils ont félicité les juges pour leur décision. Le Sud global n'est assurément ni plus tolérant ni plus respectueux des libertés fondamentales que l'Occident global. En revanche, il y a encore dans le Sud global des gens qui ont le courage de critiquer l'Etat total, ce qui n'est plus le cas depuis longtemps dans un pays comme la Suisse. On ne peut même plus ici parler de servitude volontaire. Quand on parle de servitude volontaire, on part de l'idée que les gens choisissent de se soumettre. Là ils ne choisissent rien. Cela se fait tout seul.

12/08/2024

Même truquées

Je me résume, dit le Double : censure, désinformation en continu, pluralisme pour rire, système électoral volontairemeent biaisé, opposants traités en parias ou en ennemis de l'intérieur, quand ils ne sont pas purement et simplement déclarés inéligibles, comme en France, on est maintenant habitué à ces choses. Sauf qu'ils n'étaient jamais allés aussi loin: concrètement jusqu'à annuler une élection. Je parle de ce qui vient de se passer en Roumanie. En principe, le travail se fait en amont, plutôt bien d'ailleurs, il faut le reconnaître. Ils ont acquis un certain savoir-faire en la matière. En témoigne l'énumération qui précède (elle n'est d'ailleurs pas exhaustive). Mais le mieux est parfois l'ennemi du bien. On veut parfois faire trop bien les choses. Apparemment c'est ce qui s'est passé en l'occurrence. Même truquées, les élections n'ont pas donné le résultat escompté. Elles ont donc été annulées. Les services spéciaux sont pour une fois montés directement au créneau. Il y a un équivalent, dit l'Avocate. En Slovaquie, juste à côté, ils ont essayé d'assassiner le Premier ministre pro-russe. C'était au printemps dernier. Là non plus les électeurs n'avaient pas voté comme l'... et l'... avaient exigé qu'ils le fassent. Il a failli y passer. Et chez nous, dit le Nourrisson? Tout le monde est au garde-à-vous, dit l'Avocate. Ils n'ont donc pas besoin d'annuler les élections. Encore moins d'assassiner des Premiers ministres. Mais les intéressés savent aussi très bien ce qu'ils risquent s'ils s'écartent du droit chemin. Les simples ministres aussi d'ailleurs. Et les autres.

10/25/2024

Et les mêmes

De même qu'on peut aujourd'hui être tué pour un "mauvais regard", certains se font licencier pour un "regard déplacé", dit l'Ecolière. Ce type travaillait dans la fonction publique à ... Il se retrouve aujourd'hui au chômage et à dû prendre un avocat. Il dénonce la "violence" des autorités. Max Weber définissait l'Etat par le monopole de la violence physique légitime, dit l'Avocate. On en a souvent parlé ici même. Leur métier de base, en fait, c'est la violence. Après, on peut toujours discuter sur ce qui est ou non légitime. Mais c'est un autre débat. De toutes les manières, il est tranché par l'Etat lui-même. C'est lui qui dit ce qui est ou non légitime. Quod principi placuit legis habet vigorem : en français, je fais ce qu'il me plaît comme il me plaît, pour le reste allez vous faire voir. Voilà pour la violence. Et les mêmes qui s'offusquent pour un regard déplacé, c'est une atteinte à ma sacro-sainte intégrité, célèbrent, comme tu le sais, la possibilité aujourd'hui offerte de se faire remodeler les organes génitaux externes à l'hôpital, dit l'Ecolière: autrement dit, mutiler à vie. En plus c'est payé par l'assurance. Non seulement cela ne leur pose aucun problème, mais c'est le summum de la civilisation. On est très au-delà, me semble-t-il, du monopole de la violence physique légitime. Si tu vois ce que je veux dire. Je vois très bien, dit l'Avocate. On pourrait effectivement faire le parallèle. La continuité est même manifeste. On pourrait aussi leur donner le prix ... Mais bon, on va s'arrêter là. Ils pourraient mal le prendre.

10/07/2024

Mises à jour

Tiens, pour changer, dit l'Ecolière: un nouveau cas de violences policières. La justice s'emploie maintenant à étouffer l'affaire. Il faut être logique, dit la Poire. Nous sommes dans un Etat de droit. Tout ce que fait l'Etat est donc conforme au droit. Cela rappelle l'affaire ..., dit l'Ecolière: du nom de ce député qu'ils avaient mis en garde à vue, si vous vous souvenez. Ils voulaient lui soutirer des renseignements sur un tiers. Ce sont des choses qui arrivent, dit l'Avocate. On dirait que cela te laisse indifférente, dit l'Ecolière. La police fait ce qu'on lui dit de faire, dit l'Avocate. La justice aussi, d'ailleurs. Pour le reste, comme tu le sais, ce sont les procédures de l'OTAN: les mêmes dans tous les pays. Elles sont régulièrement revues et mises à jour. Cela relève du maintien de l'ordre. Tu as quelque chose contre le maintien de l'ordre? Quand la police perquisitionne aujourd'hui un appartement, elle commence toujours par casser la porte, dit l'Ecolière. Ensuite ils forcent les gens à se déshabiller: cela fait partie de la procédure. Ils te confisquent aussi ton ordinateur: au mieux, tu ne le reverras plus avant cinq ans. Etc. Tu touves ça normal? Tout dépend de ce que tu appelles normal, dit l'Avocate. On vient de parler de l'OTAN. Irais-tu jusqu'à prétendre que l'OTAN serait quelque chose d'anormal? Dans le cas présent, ils ont porté plainte pour violences et abus d'autorité, dit l'Ecolière. Ensuite ils iront à Strasbourg, dit l'Avocate. Oui, je sais. Il faut donc tout accepter, dit l'Ecolière? Quand on a affaire à l'Etat de droit, comme dit la Poire, on ne dépose pas plainte, dit l'Avocate: cela n'a pas de sens. A la limite, même, tu te ridiculises. Qu'est-ce qui alors aurait du sens, dit l'Ecolière? A ton avis, dit l'Avocate?

9/22/2024

Deux interprétations

Vers quoi, irrésistiblement, on se dirige, c'est désormais assez clair, dit l'Ethnologue. Vous avez vu aussi cette résolution du Parlement européen: 425 voix pour, 131 contre et 63 abstentions. C'est vraiment une course à l'abîme. A partir de là, on hésite entre deux interprétations. Première interprétation, ils ne se rendent comptent de rien. Ils vivent dans leur bulle, celle, en fait, de la société du spectacle. Ou encore, ils sont victimes de leur propre propagande, prennent leurs désirs pour des réalités, etc. Un jour ou l'autre, assez vite d'ailleurs, ils redescendront sur terre. "Il y aura des pleurs et des grincements de dents". Première interprétation. Mais on peut aussi dire: "Vous pensez qu'ils vivent dans une bulle? Là vous vous trompez. Ils sont complètement lucides sur ce qui se passe. Ils savent aussi très bien quels sont les risques. Mais ils les assument. C'est réellement ça qu'ils veulent: ça et rien d'autre. Ils savent qu'ils mourront, mais les autres avec, et c'est ce qui compte. On invoque le précédent de la guerre froide: il n'y a aucun rapport. A l'époque de la guerre froide, on cherchait à éviter le pire. C'est ce qu'on appelait la dissuasion. Eux ne craignent pas le pire, au contraire ils l'appellent de leurs voeux. Bref, ce sont des nihilistes, dans la droite ligne des Démons de Dostoïevski. Leur soif suicidaire de destruction est inextinguible. Ils ne respireront bien que quand tout sera détruit. Déconstruit, comme ils disent." Le Cuisinier penche plutôt pour la première interprétation, le Visiteur pour la seconde.

7/06/2024

Contrôle

Tiens, encore un coup des services spéciaux, dit l'Auditrice. On dirait une purge. Deux officiers généraux viennent d'être limogés, et non des moindres. L'un d'eux était attaché militaire à ... Ils auraient soi-disant échoué à un contrôle de sécurité: tu parles. D'après toi, qu'est-ce qu'il y a derrière? Première chose, ce que tu appelles les services spéciaux (en réalité la police secrète d'Etat), ce sont les Etasuniens, dit le Colonel. Rien ne se fait sans leur aval. A l'évidence, ces deux-là ont dit ou fait quelque chose qui leur a déplu. Quoi au juste, on peut émettre quelques hypothèses. Tous les militaires n'approuvent pas nécessairement, par exemple, l'actuelle politique d'alignement inconditionnel du pays sur l'OTAN, politique devenue officielle en 2022, à la faveur de la guerre en Ukraine. L'armée est très divisée sur la question. Beaucoup (non pas peut-être tout en haut, on l'imagine bien, mais juste en dessous) regrettent l'ancienne politique de neutralité armée, aujourd'hui morte et enterrée. Ils acceptent mal d'avoir, au quotidien, à servir les intérêts du maître étasunien, en lieu et place de ceux de la ... C'est probablement ça la raison. Mais évidemment tu ne peux pas le dire publiquement. Tu organises donc un contrôle de sécurité (ou fais semblant). Comme tu l'as bien compris, ce n'est rien d'autre qu'un prétexte. Rêvons un peu maintenant. A ton avis, que se passerait-il si les contrôleurs en question (sans oublier leurs donneurs d'ordres directs) étaient eux-mêmes soumis à un contrôle de sécurité, mais un pour de bon, un vrai? On entrerait un peu dans les détails. S'il vous plait, le nom de vos ... Etc. Représente-toi.

6/27/2024

Un beau matin

Autre exemple, dit l'Avocate. Eux ne sont pas des élus du peuple, mais comme eux ils croient qu'on est démocratie. Ils créent donc des groupes où ils se retrouvent entre eux. Evidemment aussi ils vont sur Internet, etc. On les laisse faire un temps, le temps qu'il faut, et un beau matin ils apprennent par la radio que leurs groupes n'existent plus. Ils ont été dissous. De telles dissolutions sont aujourd'hui monnaie courante. Depuis sa prise de pouvoir il y a sept ans, l'Administrateur direct s'en est même fait une spécialité. Bref, ils devaient s'y attendre. Mais comme ils croient qu'on est en démocratie, justement ils ne s'y attendaient pas. Ils prennent ensuite des avocats, déposent des recours, etc. Tout le monde rit et les journalistes disent que c'est bien fait pour eux. Soyons clair. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut renoncer à créer des groupes. Ce n'est pas du tout mon propos. Même quand on n'est pas en démocratie, on peut très bien en créer: sauf que, que si on le fait, il y a un petit nombre de règles à respecter, règles qui ne sont assurément pas les mêmes que quand on est en démocratie. Si tu vois ce que je veux dire. Quand on se lance en politique il faut un minimum de sens des réalités. Si tu crois qu'on est en démocratie (acccessoirement aussi que la ... est un Etat de droit), je n'ai qu'un conseil à te donner: occupe-toi d'autre chose que de politique. Il y a plein d'autres domaines où tu peux déployer ta créativité.

6/14/2024

Comme réalité

C'était l'autre jour au ..., siège du Législatif, dit l'Ecolière. Des députés allaient et venaient, sauf qu'à un moment donné on leur a dit de dégager: allez, et plus vite que ça. Le président du parlement ukrainien passait par là. Comme certains n'écoutaient pas (après tout, ils sont chez eux), des perdreaux leur sont tombés dessus. On voit tout cela sur une vidéo. Sincèrement, je suis choquée. Il faut savoir de quoi l'on parle, dit l'Avocate. D'un côté il y a la démocratie comme rideau de fumée: élections, souveraineté du peuple, et patati et patata. C'est une chose. De l'autre la démocratie comme réalité. Ce sont deux domaines différents. On peut ne pas le voir, mais à un moment donné il faut se rendre à l'évidence. La démocratie comme réalité, aujourd'hui, c'est l'Etat policier: perdreaux, police secrète d'Etat, passages à tabac et compagnie. Cela étant, je ne comprends pas pourquoi tu t'étonnes. Ces vérités-là te sont connues. D'où, par parenthèse, leur soutien au régime ukrainien. Ce régime leur plaît bien. Ils l'imiteraient même volontiers si l'opportunité s'en présentait. Parfois, d'ailleurs, c'est ce qui se passe. La preuve. Pour le reste, si certaines personnes se voient des vocations d'élus du peuple, il ne faut pas ensuite qu'elles se plaignent si des sbires, ceux de l'Etat de droit, leur font des clés au sol. En temps ordinaire, la criminalité d'Etat ne se donne pas tellement en spectacle. Mais nécessité fait loi.

5/12/2024

Montants

Comme tu le sais, ils sont très pour les changements de genre, dit l'Ecolière. Ils encouragent en particulier les mineurs à sauter le pas. Toute une propagande se développe dans les écoles à ce sujet. Des chirurgiens à l'âme romantique se tiennent également à disposition au cas où. Etc. Sauf que les parents ne sont pas toujours d'accord. Ils ne veulent pas que leurs enfants soient ainsi mutilés à vie. Les autorités ont donc élaboré un projet de loi: si vous vous opposez à ce dispositif, un juge indépendant pourra vous condamner à une amende de 100'000 euros. Je dis bien: 100'000. Je m'interroge sur ces montants. Cela relève de la stratégie du choc, dit le Colonel. Comme son nom l'indique, la stratégie du choc a pour but de créer un effet de sidération. Les gens se transforment ainsi en gnous inoffensifs; ils cessent de récriminer ou de faire obstacle aux plans des autorités. Tu t'étonnes de tels montants. Mais par rapport à ce qui se fait ailleurs, il faut les considérer comme modestes. Prenons l'exemple du pays voisin, la France. En 2023, une loi a été votée, la loi de programmation militaire 2024-2030, loi qui comporte un article prévoyant la possibilité pour l'Etat de réquisitionner tout ce qu'il estime lui être utile en cas de menace "actuelle ou prévisible", y compris les personnes. Si tu ne réponds pas à l'ordre de réquisition, tu t'exposes à une amende de 500'000 euros: cinq fois donc le montant que tu cites. En réalité il n'y a plus de limites. Il était beaucoup question autrefois du principe de proportionnalité. Ce principe s'est aujourd'hui retourné en son contraire: celui de disproportionnalité. On en a là une illustration, mais ce n'est pas la seule. Les violences policières en sont une autre. Pour ne pas parler de leurs procédures en matière de répression préventive, procédures, dois-je le rappeler, élaborées par et dans le cadre de l'OTAN. Donc ne t'étonne pas, tout cela est normal. Dire qu'il n'y a plus de limites, c'est dire aussi que tout désormais est possible. Ce qui est le cas.

4/30/2024

Likent

Tu vois qui est Elmire, dit le Double. Nous en avons déjà parlé ici même. Elle ne supporte pas la critique, encore moins qu'on se moque d'elle, en particulier quand elle apparaît à la télé pour se mettre à cancaner. Avec l'aide de ses copains/copines juges ou procureurs, elle a déjà réussi à faire condamner plusieurs de ceux qui l'avaient ainsi malmenée ou tournée en dérision: condamnations pour outrage à personne détentrice de l'autorité publique, en plus pas n'importe laquelle: à personne réputée pour ses compétences hors du commun, en même temps que pour son sens plus extraordinaire encore de la démocratie. Les opposants sont ainsi transformés en délinquants, ce qu'en tant qu'opposants ils étaient déjà de toute façon, sauf que maintenant c'est officiel. Voilà pour Elmire. Passons maintenant à Aristarque. Aristarque lui ressemble assez, avec cette particularité, cependant, que les gens qu'il poursuit en justice sont des anonymes se promenant sur Internet. Ils se promènent donc, et ce faisant donnent parfois libre cours à l'immense souffrance que leur causent certains propos se colportant à son sujet: concrètement les likent, ce qu'ils ne devraient évidemment pas faire. Mais ils le font quand même, et donc des officines spécialisées se chargent de les identifier. Après quoi un juge les convoque pour leur expliquer la situation. Ce sera tant, plus les frais. On a bien sûr tenu compte compte de vos revenus. Etc. Comme tu le vois, la ... est un Etat de droit.

4/20/2024

A 8

C'était hier à Dope-City, dit l'Ecolière. Il a été placé en garde à vue, et de plus son appartement a été perquisitionné. Ils ont débarqué à 8. Au passage, ils lui ont volé son ordinateur. Prenons les choses dans l'ordre, dit l'Avocate. Se faire bien voir des groupes aujourd'hui influents et de leurs courroies de transmission dans l'Etat et les médias, c'est de leur part un soin qu'on peut comprendre. Tous pensent à leur carrière. Tu ne les verras donc jamais prendre la défense du faible contre le fort. Demande-toi ici qui est le faible et qui est le fort. Première remarque. Deuxième, tu me dis qu'ils ont débarqué à 8. On est ici dans la communication. Ce type est inoffensif, et ils le savent. Mais leur intérêt est de faire croire le contraire. Ils espèrent ainsi amortir l'effet du reproche, assurément excessif, qu'on leur adresse parfois d'être sinon exactement de connivence avec les voyous, les dealers de rue et les terroristes, du moins de ne pas trop mal s'entendre avec eux. C'est même le moins qu'on puisse dire. Troisième enfin, ils veulent te faire peur. Quand on les voit débarquer à 8 dans un appartement, encore mieux après avoir cassé la porte, comme c'est de plus en plus désormais la règle, forcément les gens (voisins, témoins, etc.) prennent peur. C'est aussi ça, le but. Si les gens n'avaient pas ainsi peur, leur pseudo-Etat de droit aurait des problèmes. C'est une illustration, une de plus, des dérives de ce régime de plus en plus répressif, violent et corrompu. Il faut beaucoup de courage aujourd'hui pour lui tenir tête. C'est ce que fait cet écrivain, et il en paye le prix.

4/15/2024

A l'hôpital

Autre exemple, dit le Double. Je ne sais pas si tu as vu le documentaire de Daniel Künzli, Totalitarisme helvétique (2023). Non? C'est normal, il n'est pas distribué en salle. Qu'il ne le soit pas est aussi très normal: il traite des violences policières en Suisse pendant la période du Covid. On n'imaginerait donc pas qu'ils doit distribué en salle. On peut parler de tout en Suisse, mais chacun comprendra en même temps qu'il y a des limites. Et donc les projections ne sont que ponctuelles: tel soir à tel endroit, parfois aussi dans des structures alternatives, etc. Ce n'est pas plus mal. Le film donne donc la parole aux victimes, elles décrivent dans le détail ce qu'elles ont subi concrètement: coups et blessures volontaires, passages à tabac en règle, gaz toxiques, etc. Parfois cela s'est terminé à l'hôpital. Peronne, bien sûr, n'en a jamais parlé. Certaines de ces victimes ont déposé plainte: plaintes qui soit ont été classées sans suite, autrement dit la justice ne s'est même pas donné la peine de les instruire, soit ont été rejetées. On voit effectivement mal, dans ces conditions, comment le film en question aurait pu être distribué dans les salles. Non content, en effet, de critiquer la police, il critique la justice. Ce qu'il montre, en réalité, c'est que les juges sont soumis aux mêmes règles exactement que les policiers: ils font ce qu'on leur dit de faire. Ils veillent en particulier à protéger les hommes et femmes politiques contre ceux qui les traitent d'incapables, voire simplement opinent du chef quand ils l'entendent dire. Ces choses-là évidemment sont connues, mais le mythe de la justice indépendante en prend quand même un coup. D'où le titre du film: Totalitarisme helvétique. L'absence de toute protection contre l'arbitraire des autorités entre en effet dans la définition même du totalitarisme.

4/11/2024

Se tiennent tranquilles

Je vois peut-être trouble, dit l'Ecolière: mais il me semble qu'ils s'emmêlent un peu les pinceaux. D'un côté, donc, ils condamnent à de la prison ferme un écrivain accusé d'"homophobie" (déjà ça...), et le même jour ou presque ils licencient un enseignant en raison de son "orientation sexuelle". En plus, c'était un bon enseignant. La raison du plus fort est toujours la meilleure, dit le Double. Sauf que ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont les plus forts. Tantôt ce sont les petis chéris, tantôt au contraire ceux que les petits chéris, s'ils en avaient la possibilité, ... volontiers, avant d'en faire un tout-ménage sur Internet. Premier point. Ensuite, il faut bien voir ce qui est important. L'important, ce n'est pas que tu sois ceci ou cela. Tu peux être ce que tu veux, ils n'en ont rien à faire. Mais ils aiment faire des exemples. Prends cet écrivain. Ce qui est important, ce n'est pas qu'il soit ce qu'on prétend qu'il soit (ou le contraire), mais qu'il en prenne pour un moment. Les gens voient ça, ensuite ils la bouclent (sur ce sujet-là, mais aussi sur d'autres) et se tiennent tranquilles. Tout cela s'inscrit dans un contexte général de dictature de plus en plus décomplexée: violences policières, justice sur commande, censure, espionnage intérieur, implication croissante de l'Etat dans des activités criminelles, etc. Tout le monde sait qu'il n'y a plus aujourd'hui d'Etat de droit.

3/22/2024

Préoccupant

On parle de l'Etat total, dit l'Avocate. Mais en y regardant de près il n'est pas aussi total que cela. C'était hier dans le Journal. Un homme vient de décéder, la police le recherchait depuis trente-six ans. Il s'était évadé de prison et vivait depuis lors dans la clandestinité. Il habitait en fait son village natal. Quelqu'un aurait pu le dénoncer, en règle générale c'est ce qui se passe. Mais là non. Personne ne l'a jamais dénoncé. Il était protégé par la population. Entre 2 et 3 % seulement des braconniers sont attrapés par les gardes-chasses, dit le Dégéèciste. J'ai trouvé ce chiffre dans un ouvrage consacré à l'obéissance au cours de la période du Covid (Théo Boulakia et Nicolas Mariot, L'attestation, Une expérience d'obéissance de masse, printemps 2020, Anamosa, 2023). Beaucoup de gens ont obéi au printemps 2020, mais beaucoup aussi (on l'oublie trop souvent) ont désobéi. En plus, parmi les gens qui ont désobéi, très peu ont été attrapés. Ils se sont débrouillés pour ne pas l'être. C'est presque plus préoccupant encore. Complétons ce qui précède, dit le Visiteur. Les gens commencent aujourd'hui à comprendre qu'ils ont intérêt à se passer de l'Internet, s'ils ne veulent pas finir dans les fichiers illégaux de la police secrète d'Etat (et au delà de la ..., dont elle est un junior partner). Le simple fait d'apprendre à s'en passer aide déjà beaucoup. Vous allez voir, dit l'Ecolière. Ils vont bientôt créer un nouveau délit: pour provocation à l'abstention ou à l'abandon de l'utilisation de l'Internet.

2/27/2024

Beaucoup mieux

Le même concept est applicable aux relations internationales, dit l'Ethnologue. Mettons que tu ambitionnes de prendre le contrôle d'un pays donné ou même d'un groupe de pays. Le mieux encore est de noyauter les élites en les infiltrant. C'est un travail de longue haleine, mais faisable. En règle générale, les intéressés se montrent assez coopératifs. C'est le cas en particulier des représentants de la jeune génération (young leaders). On les cueille au fil de leurs études, avant de les aider à construire leur carrière (dans la politique, la haute administration, les médias, etc.). Quand on parle de soft power, on parle en fait de ça. Le soft power se confond avec la pression douce, mais insistante, des services spéciaux et de leurs prolongements dans la sphère culturelle et/ou académique, la diplomatie, etc. Au bout de quelques années, les pays en question ne sont plus gouvernés que par des gens à toi: des gens qui te doivent tout, et en plus sur qui tu as des dossiers. Cela coûte un peu d'argent, mais le retour sur investissement est là. C'est beaucoup moins cher en tout cas qu'une guerre. Et surtout, comme dans le cas précédent, les gens ne se rendent compte de rien. Que veux-tu de mieux?

2/26/2024

Réputation

Il y a plusieurs manières de faire les choses, dit l'Ethnologue. On peut d'abord les faire très vite. C'est la manière habituelle. En 24 heures, parfois même moins encore, tout est réglé. Mais tu te crées ainsi des problèmes. Par exemple, tu ne peux plus dire après: voyez, nous sommes en démocratie. Tout le monde sait que tu es un dictateur. C'est clairement un handicap. Il vaut donc mieux procéder autrement. L'allégorie de la grenouille cuite à petit feu peut servir ici de guide. Tu y vas progressivement. Tu mises sur l'effet d'accoutumance. L'essentiel est que les gens ne se rendent compte de rien. Il y a mille et une manières de les endormir. Ce qui n'exclut pas le recours à la violence. Elle s'avère parfois nécessaire: non pour éliminer la résistance, mais pour empêcher qu'elle ne voie seulement le jour. On l'élimine avant même qu'elle ne voie le jour. Mais il te faut en ce cas respecter les lois et procédures existantes. Au besoin tu en crées de nouvelles. La stratégie du choc se noie ainsi dans les délices de la défense de l'état de droit. C'est bel et bien un coup d'Etat, mais s'étalant dans la durée. A terme, le résultat est le même. Sauf que tout le monde croit qu'on est en démocratie. Tu gagnes ainsi sur les deux tableaux. Ta dictature est totale, et en même temps ta réputation est sauve.

2/19/2024

Son point d'équilibre

On pense à Tchakhotine, dit l'Auditrice: Le viol des foules par la propagande politique (1939). En fait, on est très au-delà. En 2021-2022 déjà, lors de la crise du Covid, un premier seuil avait été franchi. Sauf que, dans la crise actuelle, ils ne se contrôlent plus. Ils sont dans une surenchère permanente: de malveillance, de partialité affichée, de mensonges, d'hypocrisie, d'invectives, etc. Cela fait peur. On voit mal désormais comment on échapperait à la guerre. C'est cette hystérie même qui y conduit. Tu viens de rappeler la crise du Covid, dit l'Avocate. Comme tu le sais, ils viennent de créer un nouveau délit: pour provocation à l'abstention ou à l'abandon de soins. Toute critique à l'endroit de leurs pseudo-... expérimentaux est désormais pénalisée. Par souci de symétrie, ils devraient maintenant en créer un autre : pour provocation à l'abstention ou à l'abandon de guerres, en particulier nucléaires. Ils veulent lutter contre la haine en ligne, dit la Poire. C'est très méritoire. Complètement, dit l'Ethnologue. Leurs ..., ils veulent pouvoir les commettre sans être dérangés, ni qu'à aucun moment on ne vienne leur demander de comptes. Le totalitarisme à l'intérieur, la guerre totale à l'extérieur, dit le Visiteur: le régime, dirions-nous, a aujourd'hui atteint son point d'équilibre.

1/19/2024

Bien commun

C'est un sous-quelque chose à ..., dit le Nourrisson : "La ... est une menace, dit-il. Il va y avoir des guerres", etc. Il a bien appris sa leçon. Il est peut-être sincère, dit l'Ecolière. Il croit vraiment à ce qu'il raconte. Si, si, cela arrive. Tous ne font pas que mentir ou que jouer des pièces de théâtre. Il ne faut pas non plus le prendre pour plus bête qu'il n'est, dit le Nourrisson. Tu veux dire qu'il a un ..., dit l'Ecolière? C'est ce que tu dis? Remarque, c'est possible. Toi aussi tu en as un: toi, moi, ton papa, ta maman, etc. Au passage, on vit très bien avec. Il suffit de prendre quelques précautions. Les gens sont parfois sujets à des distractions, dit le Nourrisson. Qu'est-ce que tu insinues, dit l'Ecolière. Tu rêves. Je ne sais même pas de quoi tu parles. Oublie vite. Et quand la Chèvre, sa ministre de tutelle, leur achète 50 avions qui ne servent à rien, juste pour les aider à combler leurs déficits abyssaux, pour 5 milliards quand même, c'est par pur dévouement au bien commun, dit le Nourrisson? Là, c'est différent, dit l'Ecolière. Quand tu as le couteau sur la gorge, tu ne penses pas trop au bien commun.