10/30/2019

Risques

Comme vous le savez, elle est fichée S, dit le Dégéèciste. Elle ne dira donc rien. Ah bon, dit le ...? Les fichés S sont inoffensifs, dit le Dégéèciste. C'est bien d'ailleurs pourquoi on les fiche. Autrement on ne les ficherait pas. Vous voulez dire qu'on ne fiche que les gens inoffensifs, dit le...? Exactement, dit le Dégéèciste. Mais aussi tous les gens inoffensifs. Seuls ne sont pas fichés les gens présentant des risques pour la société. Je n'ai pas besoin de vous expliquer pourquoi. Cela ne vous complique-t-il pas la tâche, dit le ...? Au contraire, dit le Décèciste. Comme il y a beaucoup plus de gens fichés que non-fichés nous avons aussi beaucoup moins de travail. Nous ne surveillons que les gens vraiment dangereux. Les autres, cela n'aurait pas de sens. Je pense que vous serez d'accord. Oui, mais avant d'être fichée, elle était non-fichée, dit le ... Je n'en disconviens pas, dit le Décéèciste. C'est d'ailleurs pourquoi on la surveillait. Sauf qu'entretemps, elle s'est débarrassée de son portable. On ne pouvait donc plus la surveiller. Je ne comprends pas, dit le ... Comme on ne pouvait plus la surveiller, nous avons estimé qu'elle ne représentait plus désormais de risque pour la société. Et donc l'avons fichée.






10/19/2019

L'aile environnementaliste

Je suis un "politologue", dit l'Ecolière. J'enseigne la science politique à l'Université de ... Et donc, comme il se doit, le Journal me consacre deux pages entières dans son édition d'aujourd'hui: deux pages assorties d'une "grande interview" (1). On m'interroge sur mon parcours personnel: en fait,  idéologique. Je dis que je suis "de gauche", cela s'impose. A l'école déjà, imaginez-vous, j'avais des "idées de gauche". Aujourd'hui je milite au PS, ce que je complète en disant: "Je me situe moi-même dans l'aile environnementaliste du parti." Il faut toujours être précis dans ce qu'on affirme. J'ai par ailleurs été député, "conseiller scientifique" d'un ministre socialiste, etc. A part cela, en tant que "politologue", je me suis spécialisé dans l'étude du populisme: pour lequel, bien évidemment je n'éprouve qu'une saine et très normale antipathie. Tout le monde sait où ces choses-là peuvent mener. C'est un "danger pour la démocratie". Comment ce cliché se concilie-t-il avec une approche objective du phénomène, ne me le demandez pas. Je n'ai pas encore résolu le problème. Je sais pourtant bien, parce qu'on me l'a à moi-même autrefois enseigné, qu'il ne faut pas mélanger les jugements de faits et de valeur. La science (y compris et peut-être même surtout la science politique) se doit d'être neutre et apolitique. C'est vrai. Sauf, comme vous le savez probablement aussi, que l'Université est aujourd'hui investie d'une responsabilité sociale. "J'ai avancé sans recommandation, sans "relations"", dis-je encore. L'Ecolière va peut-être, ici, glisser une remarque. Elle aussi, à coup sûr, est un danger pour la démocratie.

(1) 19 octobre 2019.






10/06/2019

La retourner (2)

Autre exemple, dit l'Ecolière: leurs cris d'orfraie à l'annonce du prix Nobel de littérature 2019, auteur auquel ils ne cessent de reprocher depuis vingt ans d'avoir, à l'époque, assisté aux obsèques de l'ancien président serbe Milosevic, découvert un jour mort dans une prison de l'OTAN (pardon, du TPIY) à La Haye. Il n'aurait pas dû. Très vite, l'homme de lettres s'est retrouvé mis au ban de la société. On a cessé de l'inviter dans les médias. Ses pièces ont  été déprogrammées. Etc. Là encore, on prend le récit officiel et on le retourne. C'est relativement simple comme opération. A force de la répéter, elle finit par devenir automatique. On n'y pense même plus. Chaque fois que les dirigeants disent quelque chose sur quelque sujet que ce soit (Moyen-Orient, terrorisme, sites Seveso, place des femmes dans la société, Méditerranée, etc.), on sait d'avance que c'est le contraire qui est vrai. Ou encore, vous voyez une personne que les médias officiels montrent du doigt en la traitant en paria. Vous vous dites tout de suite, sans même avoir besoin de réfléchir, que c'est forcément quelqu'un de très bien. Vous voudriez beaucoup lui être présenté. Il en va de même de certaines "condamnations" en justice. On les décrit comme déshonorantes, alors même qu'elles sont au contraire particulièrement honorables. On devrait être très fier, aujourd'hui, d'avoir été "condamné" par certains juges. Et ce sont ces derniers qui devraient figurer au tableau noir de la honte.

10/05/2019

La retourner (1)

Ce qu'il y a de bien dans cette propagande, c'est qu'il suffit de la retourner pour avoir la vérité, dit l'Ecolière. Exemple, le patriarcat. A Dope-City, cinq des sept sièges de l'exécutif local sont aujourd'hui occupés par des femmes. Moi, je n'ai rien contre. Le plus drôle encore, c'est quand les hommes eux-mêmes la ramènent, avec, dans le trou du souffleur, une éco-féministe en situation cis-oppressive. Leur texte, les mecs, ils ont intérêt à bien le connaître. Moins drôle, en revanche, "l'effondrement scolaire des jeunes garçons et leur désinvestissent des études" (1). De cela, il est vrai, il n'est que rarement question. Premier exemple. Deuxième, les "incitations à la haine". A les en croire, c'est nous qui incitons: nous et nous seuls. Nous toujours. Moi, je veux bien. Sauf, là encore, que c'est un peu plus compliqué. Vous ne me croyez pas, c'est normal. Je vous propose un petit tour dans le quartier. Ou mieux encore à mon école. Allez, éructez, étranglez-vous, faites un signalement au procureur. Monsieur le procureur, voici une lettre de dénonciation. Je ne fais, en vous l'envoyant, qu'obéir à ma conscience citoyenne. Sachez-le bien, Monsieur le procureur, l'Ecolière incite. La preuve: elle dit que c'est un peu plus compliqué. C'est le monde à l'envers. Ce n'est même pas pensable. C'est a priori inconcevable. Vite, intervenez.

(1) Marcel Gauchet, cité in Tribune de Genève, 7-8 juillet 2018.

10/02/2019

Les mots qu'il faut

Regarde, dit l'Ecolière: c'est un de mes profs. Il vient d'être sanctionné par sa hiérarchie. Ces apparatchiks lui reprochent d'avoir critiqué les journées officielles sur le climat. Le seul but de ces journées, a-t-il dit, est d'aider les politiciens à se faire réélire: ça leur est resté en travers. Il aurait également pu dire que c'est un bon dérivatif, dit le Collégien. Pendant qu'ils parlent de la crise climatique (dont, justement, ils ne font que parler), ils ne parlent pas du reste: de la frontière méditerranéenne qui est en train de s'effondrer,  par exemple. Rien ne les en empêche, dit l'Avocate. Sauf que si l'un d'eux le faisait, il lui faudrait ensuite passer à la caisse: en France, par exemple, juste à côté, cela peut avoisiner et même dépasser les 100'000 euros: plus les frais de justice. Tiens, à propos, dit l'Ethnologue: vous avez vu les récentes déclarations d'... ...? La police d'Etat vient d'ouvrir une information à son encontre. Qu'est-ce qu'on a encore le droit de dire, dit l'Ecolière? Rien, dit l'Avocate. C'est ce qu'on est en train de t'expliquer. Mais ça, tu le sais depuis longtemps. Soit, dit l'Ecolière. Mais comme tu le vois aussi, beaucoup n'en font qu'à leur tête. Ils passent outre. En plus, ce qu'ils disent, ils le disent plutôt bien. Avec les mots qu'il faut. C'est le langage de la vérité. Je ne dis pas le contraire, dit l'Avocate. Ils font montre également d'un très grand courage. Mais là, tu te sacrifies. On peut le faire. On peut se sacrifier. Mais tu te sacrifies. Il faut en être conscient.