7/06/2026

Préliminaires

A l'évidence, ils courent à leur perte, dit le Double. Mais ils ne s'en rendent pas compte. Je parle de leurs provocations au quotidien, provocations toujours plus meurtrières, et donc aussi plus risquées (pour eux). A un moment donné, forcément, les autres vont escalader. Là, tu te trompes, dit le Visiteur. Ils s'en rendent au contraire très bien compte. Ils n'attendent même que cela. Je ne comprends pas, dit le Double. La guerre est poursuite de la politique, dit le Visiteur. Mettons que tu te confrontes à un certain nombre de problèmes: ceux, entre autres, intelligent et compétent comme tu l'es, que tu t'es ingénié à créer toi-même. Tu n'arrives pas à les résoudre. Sauf qu'en dernier recours il te reste encore une possibilité: le déclenchement d'une guerre. Tu ne résous ainsi rien, mais les problèmes disparaissent. C'est presque mieux encore. Au passage, instauration de la loi martiale, suppression de toutes les libertés (ou de ce qu'il en reste), confiscation des avoirs, etc. Bref, que du positif. La guerre comme échappatoire. C'est une première approche. Maintenant tu me dis: ils courent à leur perte. Effectivement, ils courent à leur perte. C'est l'autre face de la réalité. Tu connais la formule méphistophélique: Ich bin der Geist der stets verneint, je suis l'esprit qui toujours nie. Autrement dit, je détruis pour détruire, et tant pis si, en même temps que je nie ou détruis le monde autour de moi, je me nie ou me détruis moi-même. Exemple, les attentats du 11 septembre. Leurs auteurs n'ont pas seulement tué beaucoup de monde, eux-mêmes en ont profité pour se suicider. Sauf (et c'est ce que tu dis, en fait) que les dirigeants actuels leur ressemblent assez (et même beaucoup). Un nom vient évidemment tout de suite à l'esprit, vous voyez lequel. Un vrai terroriste, celui-là. Mais il y a aussi tous les autres: ceux, justement, dont les agissements inconsidérés te font penser qu'ils pourraient les conduire à leur perte (en même temps qu'à la nôtre, soit dit en passant). En ce sens, le 11 septembre a valeur paradigmatique. Il éclaire l'époque dans son ensemble. Pour l'instant encore, on n'en est qu'aux préliminaires. Ces deux approches se complètent l'une l'autre.

7/02/2026

Ne me dites quand même pas

Et maintenant ce sont les églises qui s'y mettent, dit le Cuisinier. A la suite d'une campagne de presse bien orchestrée, l'église ... de ... vient ainsi de suspendre un de ses pasteurs. Elle l'a également dénoncé au ministère public. L'intéressé, qui conteste les faits, parle de lynchage médiatique. On n'aurait même pas pris la peine de l'entendre. Tu as l'air surpris, dit l'Avocate. Depuis qu'elles existent, les églises ont toujours eu de très bons rapports avec le ministère public. Avec les médias aussi, soit dit en passant. Cela porte un nom: l'union du trône et de l'autel. Il y a certes des exceptions, mais elles sont rares. On peut citer Karl Barth, Dietrich Bonhoeffer, très certainement aussi le pape Pie XI, auteur de deux encycliques mémorables sur le sujet. Maintenant, qui est aujourd'hui assis sur le trône, si tu veux, je te fais un dessin. Vos comparaisons sont révoltantes, dit la Poire. La ... est un Etat de droit. Oui, bien sûr, dit l'Avocate. Vous ne pensez pas que la ... soit un Etat de droit, dit la Poire? Pour cela, il faudrait d'abord qu'elle respecte les principes généraux du droit, dit l'Avocate: ce qui n'est pas le cas. Il en a souvent été question ici même. L'habeas corpus est un préjugé sexiste, dit la Poire. Sans doute aussi la présomption d'innocence, dit l'Avocate. Ou encore la prescription. Ne me dites quand même pas que vous êtes contre la discrimination positive, dit la Poire. Attendez que je réfléchisse, dit l'Avocate. C'est un combat citoyen, dit la Poire. Oui, je sais, dit l'Avocate. Nous sommes en 1793. La loi des suspects, une petite loi à notre goût. Le ministère public, notre petite tchéka, dit le Nourrisson.

6/13/2026

Divers objets

Je me suis promené hier après-midi à ..., dit le Double. La ville est en état de siège, on craint de possibles débordements. Ils ont donc déployé les grands moyens. On relève en particulier la présence de personnels venus de ... voisine: ça, je ne m'y attendais pas. L'actuel préfet de ... n'a bien sûr rien à voir avec Victor-Emmanuel, duc de ..., son lointain prédécesseur, qui essaya en 1602 de s'emparer de la ville - en vain d'ailleurs. Bref, je m'emmêle un peu les pinceaux, ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu parles de débordements, dit l'Avocate. Loin de moi l'idée de dire que de tels débordements pourraient éventuellement leur servir d'alibi. D'alibi à propos de quoi, s'il te plaît? Pour quoi faire? Honnêtement je ne vois pas. On se tromperait fort aussi, bien sûr, en les soupçonnant de vouloir ainsi créer un précédent. Aujourd'hui tu t'étonnes de croiser ces perdreaux dans la rue, demain personne ne leur prêtera plus la moindre attention. On peut évidemment le dire. On peut tout dire. Mais il faut rester raisonnable. Tu viens d'évoquer ce qui s'est passé en 1602, dit le Nourrisson. Je m'interroge, quant à moi, sur le personnage de la Mère Royaume. C'est elle, à ce qu'on raconte, qui sauva la ville des envahisseurs. Elle leur balança divers objets depuis sa fenêtre. J'aime bien cette histoire, je la trouve emblématique. Elle est où, aujourd'hui, la Mère Royaume? Comment te répondre, dit l'Avocate.

5/31/2026

Extrêmes

Bref, comme toujours, on est passé d'un extrême à l'autre, dit l'Ecolière. C'est la même chose, mais à l'envers. Je parle de l'actuelle gynocratie. On peut dire ce que tu dis, dit l'Avocate. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, l'histoire n'est qu'un perpétuel recommencement, etc. On peut, mais on manque ainsi l'essentiel. Clausewitz éclaire bien le problème: "Chacun des adversaires, dit-il, fait la loi de l'autre, d'où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes" (De la Guerre, I, 1, § 3). Quand on va aux extrêmes, on ne fait pas que passer d'un extrême à l'autre: on va d'un extrême à un autre un peu plus extrême encore. René Girard parle quant à lui de rivalité mimétique. On imite l'autre en essayant de faire un peu mieux encore que l'autre. Et l'autre pareil. Il m'imite en essayant de faire un peu mieux encore que moi. D'où, justement, cette ascension aux extrêmes. En première approche, on ne saurait donc que te donner raison. Les similitudes, effectivement, sont frappantes. C'est le retour du balancier. On voit ça dans tous les domaines: celui auquel tu te réfères, en particulier, mais pas seulement. Pour autant, non, ce n'est pas la même chose. C'est bien, si tu veux, la même chose, mais en pire: autre chose, par conséquent. Tu me suis?

5/09/2026

Quintessence

Comme tu le sais, les violences ..., ... et de ... ont connu ces derniers temps un développement fulgurant, dit l'Auditrice. On n'avait jamais vu ça. Les dirigeants sont sous le choc. Ils viennent ainsi de créer un numéro vert. Tu te souviens de la formule de Zinoviev, dit l'Avocate: "Le mal des organes de répression n'est que la quintessence du bien répandu par les citoyens eux-mêmes". C'est tout? Après, ils te mettent sous bracelet électronique, dit l'Auditrice. On retrouve ici la vieille obssession des pouvoirs totalitaires, dit l'Avocate : contrôler l'ensemble du mouvement humain. Et cela sur simple décision administrative, dit l'Auditrice. Ils ne se donnent même plus la peine de te faire comparaître devant un tribunal. Parce que tu croyais peut-être qu'à Dope-City, ils respectent encore l'Etat de droit, dit l'Avocate? En quel monde vis-tu? Bref, si je vous suis bien, les violences en question ne seraient qu'un prétexte, dit l'Ecolière? Si elles n'existaient pas, etc. Comment peut-on dire des choses pareilles, dit l'Avocate. Je ne voudrais pas qu'on puisse seulement penser qu'on les pense. Je complète donc, dit l'Auditrice. Quand il t'arrive de t'exprimer sur ces questions-là, en classe par exemple, insiste bien toujours sur le fait que, pour toi, la présomption d'innocence est un préjugé ..., ..., et de ... Autrement, ils pourraient, toi aussi, te mettre sous bracelet électronique.

4/07/2026

Imprévisible

L'exception, comme vous le savez, confirme la règle, dit le Visiteur. Mais ce qui retient l'attention, ce n'est bien sûr jamais la règle, c'est l'exception. Prenez ces deux discours, l'un au mois de janvier à ..., l'autre plus récemment à ... Leurs auteurs respectifs sont des exceptions. Mais on ajoutera ce qui suit. Qui aurait seulement imaginé que l'un ou l'autre en constituerait un jour une, d'exception ? Ni l'un ni l'autre n'avait témoigné, jusque là, d'une disposition particulière à ne pas faire comme tout le monde. L'exception est imprévisible. Autre chose encore. Il est très rare, on le sait, que les dirigeants disent la vérité. Ils se dépensent au contraire beaucoup pour ne pas la dire (et je ne parle même pas de leurs médias alignés, réputés pour le soin particulier qu'ils mettent, nul non plus ne l'ignore, à toujours bien distinguer entre information objective et propagande). Sauf, justement, qu'on est ici en présence de gens qui la disent, la vérité. C'est elle, à travers eux, qui se donne à entendre. Irrésistiblement nous revient en mémoire cette affirmation de l'Evangile selon laquelle nous n'avons pas à nous soucier de ce ce que nous avons à dire, car ce que nous avons à dire nous est "donné" (Mt 10, 18). D'une certaine manière, c'est ce qui se passe ici. Ce qu'ils avaient à dire leur fut donné. C'est tellement rare que le public le ressent immédiatement.

3/10/2026

Némésis

Regarde ce qu'ils viennent de faire, dit le Double. En plus, ils s'en vantent. Ils sont très fiers d'eux-mêmes. Il ne faut pas abuser de certaines comparaisons. Mais dans le cas présent elles s'imposent d'elle-même. On est entre nous. La criminalité d'Etat a toujours été une réalité, dit l'Avocate. Sauf qu'en l'occurrence, elle est devenue systémique - ou l'inverse: c'est le système dans son ensemble qui est en train de se criminaliser. On arrive gentiment maintenant au terme du voyage. Cela étant, je ne vais pas te contredire. Au minimum, on est dans la continuité. Eadem sed aliter. C'est la même chose, mais autrement. Pas tellement, d'ailleurs. Vous ne parlez pas de leurs proxys, dit l'Auditrice. Comme vous le voyez, tous sont au garde-à-vous - tous ou presque (il y a une exception). C'est en soi aussi un sujet. On s'étonne souvent de leur servilité, dit l'Avocate. Moi, ce qui me frappe surtout, c'est leur perte du sens du réel. Eux aussi, tout comme leurs maîtres adorés, pourraient bien un jour se retrouver dans le viseur de la Némésis. C'est quoi la Némésis, dit le Nourrisson? C'est difficile à dire, dit l'Avocate. Mais quand elle s'occupe de toi, tu ne te poses pas trop de questions.

2/07/2026

Avec émotion

Le Visiteur a bien sûr raison, dit l'Ethnologue: c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Sauf que, de nos jours, ce cas de figure est courant. Prenez l'affaire ... Ils ouvrent une enquête, mais tout le monde sait très bien que cette enquête n'ira jamais jusqu'à son terme: ils feront au contraire tout pour l'étouffer. C'est normal. Comment voulez-vous que l'Etat enquête sur lui-même - ou, pour être plus précis encore, la suprasociété sur la suprasociété? Au mieux, ils se défausseront sur un des leurs. C'est l'artifice éprouvé du bouc émissaire. Les médias officiels sont rompus à cet exercice. Dans le cas qui nous occupe, le bouc émissaire est tout trouvé: c'est la personne éponyme. En plus, un beau matin, ils l'ont retrouvé suicidé dans sa cellule: il offre ainsi toute garantie de sécurité. Le secret défense est bien gardé. On pense avec émotion au monument qu'ils ne manqueront pas un jour de lui ériger, avec cette inscription: "A ..., la suprasociété reconnaissante". L'intéressé n'a certes pas peu contribué au développement de cette sructure politico-criminelle, mais il ne l'a pas inventée. Que je sache, il ne s'est pas non plus recruté lui-même.

1/25/2026

Cent fleurs

C'était plutôt bon comme discours, dit le Double: je ne sais pas ce que vous en pensez. Et plutôt bien construit. Il pose en tout cas bien le problème. Sauf qu'il est hors-réalité, dit le Visiteur. Les "puissances moyennes" devraient reprendre en main leur destin, articule-t-il. Dites-moi un peu, le Double, elles feront comment, ces puissances, pour "reprendre en main leur destin"? Comptent-elles peut-être, pour les y aider, sur leurs propres dirigeants ? Tous, je vous le rappelle, ont un dossier personnel à la ... Ce sont des Gauleiter. Nul n'est irremplaçable, dit le Double. C'est peut-être ça le message. Tiens, je n'y avais pas pensé, dit le Visiteur. Je dis ça comme ça, dit le Double. J'essaye de comprendre. Si j'étais complotiste, dit l'Ecolière, ce que, bien sûr, je ne suis pas, je dirais que cela relève de la provocation. Les gens se lâchent, ensuite on les ramasse. Comme, il y a un demi-siècle, lors de la campagne des Cent fleurs, dit le Double? D'une certaine manière, dit l'Ecolière. Sauf qu'en l'occurrence, Mao est remplacé par l'Etat profond US. Je ne sais pas si l'on a beaucoup gagné au change. Et Trump dans tout cela, dit le Double? Il honore sa part du contrat, dit l'Ecolière.

12/15/2025

Plus aucune règle

Ce qu'est en fait l'UE, on le savait depuis longtemps, dit l'Avocate. Sauf que, jusqu'ici, elle s'avançait masquée: le "droit", les "valeurs", etc. Aujourd'hui, les masques tombent. Je fais bien sûr ici référence à l'affaire Baud, du nom de cet auteur de nationalité suisse résidant en Belgique, dont les avoirs bancaires ont été bloqués sur décision de l'UE. Celle-ci lui reprochait certaines de ses analyses ou prises de position. Interdiction lui est faite également de se déplacer d'un pays à l'autre. La décision est tombée d'en haut, sans que l'intéressé n'ait jamais vu le moindre juge ni seulement même été auditionné. On est donc très au-delà d'une simple atteinte à la liberté d'expression. Ce sont les règles même de l'Etat de droit qui ont été violées. Ce dont, en fait, on se rend compte, c'est qu'il n'y a plus de règles. Pour l'instant encore, ils ne mettent pas les gens en prison, mais ce devrait être l'étape suivante. L'UE est clairement aujourd'hui devenue une organisation totalitaire. Voyez aussi l'attitude de la Suisse. Au minimum, elle aurait dû interpeller l'UE, lui demander des explications: rien. Le zèle qu'elle met à protéger ses propres ressortissants victimes d'atteintes à leurs droits fondamentaux serait en lui-même aussi un sujet. Ce sont les méthodes de Trump, dit le Visiteur. Trump les a complètement déshinibés. Au-delà encore on pourrait se référer à la "stratégie du choc": celle théorisée au siècle dernier par la CIA. Je ne voudrais pas que ce que je vais dire soit mal interprété, mais tout le monde sait bien dans quel monde évoluent ces personnels, comment, en particulier, se construisent certaines carrières. Cette dernière remarque s'applique aussi bien sûr à la Suisse (peut-être même davantage encore). Dire qu'il n'y a plus de règles, c'est dire qu'il n'y a plus également de contrat social, dit le Nourrisson. On est à soi-même sa propre règle (en latin sui juris). Perso, c'est ce que je retiens surtout comme leçon. Le droit de résistance n'existe pas pour rien, dit le Visiteur.

12/11/2025

Recrache

Tiens, la Vache est remontée au créneau, dit l'Auditrice: cette fois-ci pour parler de la menace russe. Quand on n'écoute pas les médias officiels et qu'on veut quand même se tenir au courant, on n'a qu'à se brancher sur la Vache: elle répète fidèlement toute cette propagande. La recrache, devrait-on dire plutôt. Les bestiaux ne font jamais ça, dit le Nourrisson. Ce qu'ils régurgitent, ils le remâchent une deuxième fois. C'est une Vache un peu spéciale, dit l'Auditrice. Elle recrache tout et tout de suite. Eh, la Vache, t'as fait quoi pour te transformer ainsi en Vache un peu spéciale? Je vais déposer plainte, dit la Vache: plainte pour discrimination. Bon, dit l'Etudiante, assez causé. On prend l'allée juste à droite. Le temps de changer d'aspect et ensuite de disparaître. Ils ont oublié d'y installer une caméra.

10/31/2025

Aussi vite

Je savais bien qu'un jour ou l'autre on en arriverait là, dit l'Avocate : mais aussi vite, je ne pensais pas. Les parois soi-disant hermétiques de leur parlement d'opérette s'étant, en réalité, révélées pleines de trous, les autorités ont ouvert une enquête: enquête pour violation du secret professionnel. Or, rends-toi compte, seuls les députés hommes ont été convoqués pour être auditionnés: tous les hommes, mais pas les femmes. Imagine un peu l'inverse: seules les députés femmes sont auditionnées et pas les hommes. Juste imagine. Leurs cris. Leurs hurlements. C'est comme quand ils célèbrent la parole des femmes, dit l'Etudiante. A priori, elles ne mentent jamais. N'est-ce pas. Il n'y a que les hommes qui mentent. De même, forcément, elles ne violent jamais le secret professionnel - cela ne leur traverserait même pas l'esprit. Parce qu'il y aurait des gens qui prétendent le contraire, dit l'Auditrice? Je n'arrive pas à y croire. Il n'y a plus aucune limite. Bref, dit la Poire, selon vous, ces personnels d'une haute moralité, sans la moindre attache partisane, libres, par ailleurs, de toute préoccupation d'ordre bassement carriériste ou seulement même opportuniste, se seraient rendus coupables de ... ? C'est très grave ce que vous dites. Vous portez atteinte à l'image de la justice.

9/30/2025

Evidence

Beaucoup pensent que ce scrutin a été truqué, dit l'Ecolière. Pour moi c'est une évidence. Mais comment le prouver? Ce sont des professionnels, dit l'Avocate. Tu ne pourras donc jamais le prouver. Mais comme tu le dis très bien, c'est une évidence. Tu peux donc très bien aussi te passer de preuves. L'évidence ne prouve rien, mais elle te dit la réalité. Toutes sortes de gens continuent à croire qu'on est en démocratie, dit l'Ecolière. Toutes sortes de gens aussi s'aveuglent eux-mêmes, dit l'Avocate. Quand on est habitué à voir le monde d'une certaine manière, on continue à le voir comme, justement, on a pris l'habitude de le voir - alors même qu'il s'est complètement transformé. Mais tu ne t'en rends pas compte. Tu crois voir certaines choses, mais c'est ton cerveau, en fait, qui les voit, parce qu'avec le temps elles s'y sont imprimées: par exemple, qu'on est en démocratie. D'autres, en revanche, tu ne les vois pas: ce dont il vient d'être question par exemple. La plupart des gens fonctionnent ainsi. L'évidence est celle que tu dis. C'est ce que tes yeux te donnent à voir. Mais beaucoup de gens ne voient pas ce que leurs yeux leur donnent à voir. Ils ont désappris à le faire.

9/27/2025

Plaisir naturel

Tiens, dit l'Ecolière, il en prend pour cinq ans. C'est beaucoup, cinq ans. Comment l'interpréter? Comme toujours, il y a plusieurs explications, dit l'Avocate. Première, les juges règlent ainsi leurs comptes. Quand il était au pouvoir, il avait dit beaucoup de mal des juges et de la justice. A tort, bien sûr. "Goût de la vengeance. Plaisir naturel de la démolition" (Baudelaire, Mon coeur mis à nu, § 5). Tout le monde défend sa corporation. Deuxième, tu te souviens peut-être de l'affaire ..., il y a quelques années. Lui, on lui reprochait ses déclarations sur l'Ukraine. Au procès, ils n'ont bien sûr jamais évoqué l'Ukraine. Autre chose, tu trouves toujours. On ne saurait exclure qu'il n'en aille ici de même. Troisième, c'est une tendance générale. Quand tu perds aujourd'hui une élection, tu as de bonnes chances, ensuite, de te retrouver derrière les barreaux. Chacun sait que si Trump avait perdu l'élection de 2024, il allait tout droit en prison - et, lui, pour de très longues années. Heureusement pour lui il ne l'a pas perdue. En revanche, ceux qui l'ont perdue se retrouvent eux-mêmes, maintenant, en difficulté. Voilà, je t'explique. Pour le reste, rien ne t'empêche de dire que nous sommes dans un Etat de droit. Chacun a sa propre définition de l'Etat de droit.

8/11/2025

Prévision

Les droits de douane de Trump s'éclairent si on les resitue dans le temps long, dit le Visiteur. Il y a plusieurs décennies déjà, Paul Virilio écrivait: "La guerre économique déclarée par les Etats-Unis à l'Europe n'est pas une simple péripétie de la libre concurrence, c'est le commencement d'une oppression qui ne s'achèvera qu'avec le sous-développement des Etats européens" (L'insécurité du territoire, Galilée, 1993, p. 158). Comme on le voit, cette prévision est en voie de réalisation. Les droits de douane de Trump viennent ici s'ajouter aux conséquences de la guerre en Ukraine pour l'économie européenne. L'élargissement à l'Est de l'OTAN a aussi été pensé et décidé pour ça. D'une manière générale, on devrait s'habituer à considérer que toutes les guerres américaines sont entre autres et en particulier dirigées contre l'Europe. Paul Virilio précise en outre: "L'intérêt que la plupart d'entre nous portons aux pays opprimés d'Amérique latine devrait orienter la vision politique, car l'exploitation outrancière des Etats sud-américains avec la complicité passive ou active des forces armées indigènes n'est en fait qu'une préfiguration de ce que devrait devenir l'Europe de la fin de ce siècle". Cela a peut-être pris un peu plus de temps que prévu, mais nous y sommes. Les similitudes ne manquent pas par ailleurs entre les gouvernants européens actuels et leurs homologues sud-américains d'il y a quarante ou cinquante ans. Paul Virilio parle de "complicité passive ou active": l'expression ne s'applique pas moins aux premiers qu'aux seconds.

7/25/2025

Evolutif

Tu opposes le rêve à la réalité, dit l'Ethnologue: sauf que l'instinct de survie ne relève pas du rêve, il relève de la réalité. Pour l'instant encore, les gens se laissent faire, mais il n'en ira pas nécessairement toujours ainsi. Il faut être attentif aux effets de seuil. Aujourd'hui ils pensent : je prends moins de risques en ne résistant pas à la violence des bandes armées qu'en lui résistant, car si je lui résistais je subirais une autre violence encore : celle des autorités elles-mêmes, qui me feraient payer cher le fait d'avoir ainsi enfreint leur interdiction de "blesser ou tuer (mes agresseurs)". Concrètement je risque de me retrouver pour un long bout de temps derrière les barreaux. C'est un calcul d'intérêt. De leur côté, les bandes armées ont tendance à repousser toujours plus loin les limites de ce qu'elles s'imaginent pouvoir faire sans trop de risques pour elles: car, justement, elles savent que leurs victimes ont interdiction de recourir à l'autodéfense. C'est aussi un calcul d'intérêt. On peut estimer que cet état de choses est stable. Il ne l'est évidemment pas. Il est évolutif. A un moment donné, les gens préféreront ne pas se laisser faire. Exactement quand? Toute la question est là. A quel moment les gens se diront-ils: ce que les bandes armées me font subir, je ne le supporte plus. Je l'ai supporté jusqu'îci, mais désormais trop c'est trop. A partir de maintenant je leur résiste. Je résiste à ces bandes que protègent et à vrai dire encouragent les autorités, et je pourrais même, le cas échéant, résister aux autorités elles-mêmes. Etc. A quel moment? On reviendra une prochaine fois sur le sujet.

7/20/2025

Métaphore

Il faudrait ici relire le Prince, dit le Visiteur. Il est paradoxal en ce contexte de faire appel à Machiavel, mais comme tu le sais il existe plusieurs utilisations possibles de Machiavel. Je me réfère en particulier au chapitre consacré à la virtù. La virtù est chez Machiavel ce qui intervient pour rééquilibrer la fortune, qui autrement régnerait sans partage. La fortune désigne le hasard, mais par extension aussi, pourrait-on dire, l'ensemble des situations réputées sans issue. L'image ici qui s'impose est celle de l'encerclement. Faire preuve de virtù, c'est briser l'encerclement. Il faut parfois l'entendre au sens propre, en quel cas briser l'encerclement signifie foncer dans le tas, comme on le voit dans le roman de Barbey d'Aurevilly, Le Chevalier des Touches, qui contient plusieurs scènes de ce genre. En fonçant dans le tas, tu romps l'encerclement. Autrement, c'est une métaphore. Dans le cas qui nous occupe, le cercle existe bel et bien, sauf que la démarche n'est pas ici centrifuge mais centripète. Mais le problème est le même. Le cercle a l'air bien fermé et verrouillé, et dans une certaine mesure il l'est, mais il te faut partir du principe qu'il ne l'est pas. Et s'il l'est quand même, tu t'arranges pour le déverrouiller. Tu l'enfonces, ou le troues. C'est en cela même que consiste la virtù. Ce sont des choses que tu découvres en les faisant. La pratique, en ce sens, précède la théorie. Mais on pourrait aussi dire l'inverse : la théorie devient elle-même une pratique. On avait déjà abordé le sujet il y a quelques semaines. A ta guise.

7/14/2025

Sans résistance

Jusqu'ici ils ne faisaient que piller les magasins, dit le Double. Les domiciles privés étaient en revanche épargnés. Sauf, justement, que c'est en train de changer. Je fais bien sûr ici référence au home-jacking: ces visites domiciliaires accompagnées de violences, qui font désormais partie du quotidien. Voici les conseils des autorités: "Il est conseillé de coopérer sans résistance, de ne pas chercher à dissimuler ses biens ni à fuir ni à crier". C'est dans le Gratuit du 9 juillet dernier, p. 4. Les autorités se font par ailleurs menaçantes: si la victime blesse ou tue son agresseur elle est passible de poursuites pénales. Etc. En soi ce n'est pas nouveau, dit l'Auditrice. On en a souvent parlé ici même. Les autorités ont depuis longtemps choisi leur camp. Personnellement, je n'ai rien contre les petits chéris. Mais ils méritent bien leur nom. Tu auras relevé cette phrase, dit le Double: "Il est conseillé de coopérer sans résistance". On se croirait en 1940. Justement, dit l'Avocate. Les gens vont peut-être commencer à s'organiser. Bien sûr je rêve. Mais il n'est pas interdit de rêver.

6/19/2025

La Perse

Un peu d'histoire, dit l'Auteur. Dans un de ses livres paru en 1949, Terre inhumaine, le peintre et écrivain polonais Joseph Czapski raconte le long exode, en 1942-43, des Polonais rescapés du massacre de Katyn, qui cheminèrent des mois durant du Turkestan à la Méditerranée orientale, en passant notamment  par l'Iran. Daniel Halévy, le préfacier, résume ainsi les pages que Czapski consacre à ce dernier pays: "La Terre promise, ici, c'était la Perse, Téhéran, Meched, Chiraz au loin. (...) Et la première impression que Czapski et ses compagnons en reçoivent, le premier visage qui leur soit montré par le peuple qui les reçoit, c'est celui de la charité." Halévy ajoute: "Harrassés, affamés, les voici secourus en même temps que reçus" (Joseph Czapski, Terre inhumaine, réédition L'Age d'Homme, 1978, Préface de Daniel Halévy, p. 10). Pourquoi ces citations, dit le Collégien? On parle beaucoup ces semaines-ci, comme tu le sais, de l'Iran, dit l'Auteur. Certains ne rêvent que d'une chose: lui appliquer le même traitement qu'à la Serbie en 1999 ou à l'Irak en 2003. Si possible le rayer de la carte, en faire une terre brûlée, etc. Ils diront ensuite qu'ils défendent le droit international. Il est donc bon de rappeler ici ces choses.
 

6/17/2025

Faire quelque chose

Tu n'as pas encore parlé du tyrannicide, dit l'Ecolière. Platon, sauf erreur, en parle dans la République (Livre IX), et Aristote dans la Politique (Livre V). Je ne suis ni Platon, ni Aristote, dit le Visiteur. On peut en parler sans être ni Platon ni Aristote, dit l'Ecolière. Soit, dit le Visiteur, mais si j'en parlais, je devrais commencer par attirer ton attention sur les difficultés auxquelles on se heurte en orientant ses pas dans cette direction. Tu connais la phrase de Zinoviev, dit l'Ecolière: "Il faut risquer et faire quelque chose sans écouter les calculs théoriques" (Les hauteurs béantes, p. 470). Beaucoup de choses dans la vie ne s'expliquent pas théoriquement. Elles vont même contre la théorie. Certes, dit le Visiteur. Mais Zinoviev ne dit pas que les calculs théoriques ne servent à rien. Il dit juste que ce sont deux démarches différentes. Au fond, si je te comprends bien, tu préfères te situer au plan pratique que théorique, dit l'Ecolière. Peut-être, dit le Visiteur - mais cette préférence même a un fondement théorique.