7/06/2026
Préliminaires
A l'évidence, ils courent à leur perte, dit le Double. Mais ils ne s'en rendent pas compte. Je parle de leurs provocations au quotidien, provocations toujours plus meurtrières, et donc aussi plus risquées (pour eux). A un moment donné, forcément, les autres vont escalader. Là, tu te trompes, dit le Visiteur. Ils s'en rendent au contraire très bien compte. Ils n'attendent même que cela. Je ne comprends pas, dit le Double. La guerre est poursuite de la politique, dit le Visiteur. Mettons que tu te confrontes à un certain nombre de problèmes: ceux, entre autres, intelligent et compétent comme tu l'es, que tu t'es ingénié à créer toi-même. Tu n'arrives pas à les résoudre. Sauf qu'en dernier recours il te reste encore une possibilité: le déclenchement d'une guerre. Tu ne résous ainsi rien, mais les problèmes disparaissent. C'est presque mieux encore. Au passage, instauration de la loi martiale, suppression de toutes les libertés (ou de ce qu'il en reste), confiscation des avoirs, etc. Bref, que du positif. La guerre comme échappatoire. C'est une première approche. Maintenant tu me dis: ils courent à leur perte. Effectivement, ils courent à leur perte. C'est l'autre face de la réalité. Tu connais la formule méphistophélique: Ich bin der Geist der stets verneint, je suis l'esprit qui toujours nie. Autrement dit, je détruis pour détruire, et tant pis si, en même temps que je nie ou détruis le monde autour de moi, je me nie ou me détruis moi-même. Exemple, les attentats du 11 septembre. Leurs auteurs n'ont pas seulement tué beaucoup de monde, eux-mêmes en ont profité pour se suicider. Sauf (et c'est ce que tu dis, en fait) que les dirigeants actuels leur ressemblent assez (et même beaucoup). Un nom vient évidemment tout de suite à l'esprit, vous voyez lequel. Un vrai terroriste, celui-là. Mais il y a aussi tous les autres: ceux, justement, dont les agissements inconsidérés te font penser qu'ils pourraient les conduire à leur perte (en même temps qu'à la nôtre, soit dit en passant). En ce sens, le 11 septembre a valeur paradigmatique. Il éclaire l'époque dans son ensemble. Pour l'instant encore, on n'en est qu'aux préliminaires. Ces deux approches se complètent l'une l'autre.
7/02/2026
Ne me dites quand même pas
Et maintenant ce sont les églises qui s'y mettent, dit le Cuisinier. A la suite d'une campagne de presse bien orchestrée, l'église ... de ... vient ainsi de suspendre un de ses pasteurs. Elle l'a également dénoncé au ministère public. L'intéressé, qui conteste les faits, parle de lynchage médiatique. On n'aurait même pas pris la peine de l'entendre. Tu as l'air surpris, dit l'Avocate. Depuis qu'elles existent, les églises ont toujours eu de très bons rapports avec le ministère public. Avec les médias aussi, soit dit en passant. Cela porte un nom: l'union du trône et de l'autel. Il y a certes des exceptions, mais elles sont rares. On peut citer Karl Barth, Dietrich Bonhoeffer, très certainement aussi le pape Pie XI, auteur de deux encycliques mémorables sur le sujet. Maintenant, qui est aujourd'hui assis sur le trône, si tu veux, je te fais un dessin. Vos comparaisons sont révoltantes, dit la Poire. La ... est un Etat de droit. Oui, bien sûr, dit l'Avocate. Vous ne pensez pas que la ... soit un Etat de droit, dit la Poire? Pour cela, il faudrait d'abord qu'elle respecte les principes généraux du droit, dit l'Avocate: ce qui n'est pas le cas. Il en a souvent été question ici même. L'habeas corpus est un préjugé sexiste, dit la Poire. Sans doute aussi la présomption d'innocence, dit l'Avocate. Ou encore la prescription. Ne me dites quand même pas que vous êtes contre la discrimination positive, dit la Poire. Attendez que je réfléchisse, dit l'Avocate. C'est un combat citoyen, dit la Poire. Oui, je sais, dit l'Avocate. Nous sommes en 1793. La loi des suspects, une petite loi à notre goût. Le ministère public, notre petite tchéka, dit le Nourrisson.
6/13/2026
Divers objets
Je me suis promené hier après-midi à ..., dit le Double. La ville est en état de siège, on craint de possibles débordements. Ils ont donc déployé les grands moyens. On relève en particulier la présence de personnels venus de ... voisine: ça, je ne m'y attendais pas. L'actuel préfet de ... n'a bien sûr rien à voir avec Victor-Emmanuel, duc de ..., son lointain prédécesseur, qui essaya en 1602 de s'emparer de la ville - en vain d'ailleurs. Bref, je m'emmêle un peu les pinceaux, ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu parles de débordements, dit l'Avocate. Loin de moi l'idée de dire que de tels débordements pourraient éventuellement leur servir d'alibi. D'alibi à propos de quoi, s'il te plaît? Pour quoi faire? Honnêtement je ne vois pas. On se tromperait fort aussi, bien sûr, en les soupçonnant de vouloir ainsi créer un précédent. Aujourd'hui tu t'étonnes de croiser ces perdreaux dans la rue, demain personne ne leur prêtera plus la moindre attention. On peut évidemment le dire. On peut tout dire. Mais il faut rester raisonnable. Tu viens d'évoquer ce qui s'est passé en 1602, dit le Nourrisson. Je m'interroge, quant à moi, sur le personnage de la Mère Royaume. C'est elle, à ce qu'on raconte, qui sauva la ville des envahisseurs. Elle leur balança divers objets depuis sa fenêtre. J'aime bien cette histoire, je la trouve emblématique. Elle est où, aujourd'hui, la Mère Royaume? Comment te répondre, dit l'Avocate.
5/31/2026
Extrêmes
Bref, comme toujours, on est passé d'un extrême à l'autre, dit l'Ecolière. C'est la même chose, mais à l'envers. Je parle de l'actuelle gynocratie. On peut dire ce que tu dis, dit l'Avocate. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, l'histoire n'est qu'un perpétuel recommencement, etc. On peut, mais on manque ainsi l'essentiel. Clausewitz éclaire bien le problème: "Chacun des adversaires, dit-il, fait la loi de l'autre, d'où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes" (De la Guerre, I, 1, § 3). Quand on va aux extrêmes, on ne fait pas que passer d'un extrême à l'autre: on va d'un extrême à un autre un peu plus extrême encore. René Girard parle quant à lui de rivalité mimétique. On imite l'autre en essayant de faire un peu mieux encore que l'autre. Et l'autre pareil. Il m'imite en essayant de faire un peu mieux encore que moi. D'où, justement, cette ascension aux extrêmes. En première approche, on ne saurait donc que te donner raison. Les similitudes, effectivement, sont frappantes. C'est le retour du balancier. On voit ça dans tous les domaines: celui auquel tu te réfères, en particulier, mais pas seulement. Pour autant, non, ce n'est pas la même chose. C'est bien, si tu veux, la même chose, mais en pire: autre chose, par conséquent. Tu me suis?
5/09/2026
Quintessence
Comme tu le sais, les violences ..., ... et de ... ont connu ces derniers temps un développement fulgurant, dit l'Auditrice. On n'avait jamais vu ça. Les dirigeants sont sous le choc. Ils viennent ainsi de créer un numéro vert. Tu te souviens de la formule de Zinoviev, dit l'Avocate: "Le mal des organes de répression n'est que la quintessence du bien répandu par les citoyens eux-mêmes". C'est tout? Après, ils te mettent sous bracelet électronique, dit l'Auditrice. On retrouve ici la vieille obssession des pouvoirs totalitaires, dit l'Avocate : contrôler l'ensemble du mouvement humain. Et cela sur simple décision administrative, dit l'Auditrice. Ils ne se donnent même plus la peine de te faire comparaître devant un tribunal. Parce que tu croyais peut-être qu'à Dope-City, ils respectent encore l'Etat de droit, dit l'Avocate? En quel monde vis-tu? Bref, si je vous suis bien, les violences en question ne seraient qu'un prétexte, dit l'Ecolière? Si elles n'existaient pas, etc. Comment peut-on dire des choses pareilles, dit l'Avocate. Je ne voudrais pas qu'on puisse seulement penser qu'on les pense. Je complète donc, dit l'Auditrice. Quand il t'arrive de t'exprimer sur ces questions-là, en classe par exemple, insiste bien toujours sur le fait que, pour toi, la présomption d'innocence est un préjugé ..., ..., et de ... Autrement, ils pourraient, toi aussi, te mettre sous bracelet électronique.
4/07/2026
Imprévisible
L'exception, comme vous le savez, confirme la règle, dit le Visiteur. Mais ce qui retient l'attention, ce n'est bien sûr jamais la règle, c'est l'exception. Prenez ces deux discours, l'un au mois de janvier à ..., l'autre plus récemment à ... Leurs auteurs respectifs sont des exceptions. Mais on ajoutera ce qui suit. Qui aurait seulement imaginé que l'un ou l'autre en constituerait un jour une, d'exception ? Ni l'un ni l'autre n'avait témoigné, jusque là, d'une disposition particulière à ne pas faire comme tout le monde. L'exception est imprévisible. Autre chose encore. Il est très rare, on le sait, que les dirigeants disent la vérité. Ils se dépensent au contraire beaucoup pour ne pas la dire (et je ne parle même pas de leurs médias alignés, réputés pour le soin particulier qu'ils mettent, nul non plus ne l'ignore, à toujours bien distinguer entre information objective et propagande). Sauf, justement, qu'on est ici en présence de gens qui la disent, la vérité. C'est elle, à travers eux, qui se donne à entendre. Irrésistiblement nous revient en mémoire cette affirmation de l'Evangile selon laquelle nous n'avons pas à nous soucier de ce ce que nous avons à dire, car ce que nous avons à dire nous est "donné" (Mt 10, 18). D'une certaine manière, c'est ce qui se passe ici. Ce qu'ils avaient à dire leur fut donné. C'est tellement rare que le public le ressent immédiatement.
3/10/2026
Némésis
Regarde ce qu'ils viennent de faire, dit le Double. En plus, ils s'en vantent. Ils sont très fiers d'eux-mêmes. Il ne faut pas abuser de certaines comparaisons. Mais dans le cas présent elles s'imposent d'elle-même. On est entre nous. La criminalité d'Etat a toujours été une réalité, dit l'Avocate. Sauf qu'en l'occurrence, elle est devenue systémique - ou l'inverse: c'est le système dans son ensemble qui est en train de se criminaliser. On arrive gentiment maintenant au terme du voyage. Cela étant, je ne vais pas te contredire. Au minimum, on est dans la continuité. Eadem sed aliter. C'est la même chose, mais autrement. Pas tellement, d'ailleurs. Vous ne parlez pas de leurs proxys, dit l'Auditrice. Comme vous le voyez, tous sont au garde-à-vous - tous ou presque (il y a une exception). C'est en soi aussi un sujet. On s'étonne souvent de leur servilité, dit l'Avocate. Moi, ce qui me frappe surtout, c'est leur perte du sens du réel. Eux aussi, tout comme leurs maîtres adorés, pourraient bien un jour se retrouver dans le viseur de la Némésis. C'est quoi la Némésis, dit le Nourrisson? C'est difficile à dire, dit l'Avocate. Mais quand elle s'occupe de toi, tu ne te poses pas trop de questions.
2/07/2026
Avec émotion
Le Visiteur a bien sûr raison, dit l'Ethnologue: c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Sauf que, de nos jours, ce cas de figure est courant. Prenez l'affaire ... Ils ouvrent une enquête, mais tout le monde sait très bien que cette enquête n'ira jamais jusqu'à son terme: ils feront au contraire tout pour l'étouffer. C'est normal. Comment voulez-vous que l'Etat enquête sur lui-même - ou, pour être plus précis encore, la suprasociété sur la suprasociété? Au mieux, ils se défausseront sur un des leurs. C'est l'artifice éprouvé du bouc émissaire. Les médias officiels sont rompus à cet exercice. Dans le cas qui nous occupe, le bouc émissaire est tout trouvé: c'est la personne éponyme. En plus, un beau matin, ils l'ont retrouvé suicidé dans sa cellule: il offre ainsi toute garantie de sécurité. Le secret défense est bien gardé. On pense avec émotion au monument qu'ils ne manqueront pas un jour de lui ériger, avec cette inscription: "A ..., la suprasociété reconnaissante". L'intéressé n'a certes pas peu contribué au développement de cette sructure politico-criminelle, mais il ne l'a pas inventée. Que je sache, il ne s'est pas non plus recruté lui-même.
1/25/2026
Cent fleurs
C'était plutôt bon comme discours, dit le Double: je ne sais pas ce que vous en pensez. Et plutôt bien construit. Il pose en tout cas bien le problème. Sauf qu'il est hors-réalité, dit le Visiteur. Les "puissances moyennes" devraient reprendre en main leur destin, articule-t-il. Dites-moi un peu, le Double, elles feront comment, ces puissances, pour "reprendre en main leur destin"? Comptent-elles peut-être, pour les y aider, sur leurs propres dirigeants ? Tous, je vous le rappelle, ont un dossier personnel à la ... Ce sont des Gauleiter. Nul n'est irremplaçable, dit le Double. C'est peut-être ça le message. Tiens, je n'y avais pas pensé, dit le Visiteur. Je dis ça comme ça, dit le Double. J'essaye de comprendre. Si j'étais complotiste, dit l'Ecolière, ce que, bien sûr, je ne suis pas, je dirais que cela relève de la provocation. Les gens se lâchent, ensuite on les ramasse. Comme, il y a un demi-siècle, lors de la campagne des Cent fleurs, dit le Double? D'une certaine manière, dit l'Ecolière. Sauf qu'en l'occurrence, Mao est remplacé par l'Etat profond US. Je ne sais pas si l'on a beaucoup gagné au change. Et Trump dans tout cela, dit le Double? Il honore sa part du contrat, dit l'Ecolière.